Quelle justice pour les violateurs des droits de l'homme en Iraq ? L'Envoyé de l'ONU lance la réflexion

30 juin 2003

Pour la première fois, ont été lancées aujourd'hui par le Représentant spécial de l'ONU pour l'Iraq des consultations sur la démarche à suivre pour que justice soit faite à l'égard des auteurs de violations des droits de l'homme dans ce pays.

« Il s'agit aujourd'hui d'une importante première», a déclaré (en anglais) le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Iraq, Sergio Vieira de Mello, en s'adressant aux participants de consultations organisées à sa demande, en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.

Pour la première fois, a-t-il poursuivi, « nous avons l'opportunité tous tant que nous sommes, avocats iraquiens et militants des droits de l'homme, experts internationaux et représentants de la Coalition d'identifier les principes internationaux susceptibles de nous guider dans une démarche visant à établir les responsabilités en matière de violations des droits de l'homme commises par le passé dans ce pays et à faire en sorte que justice soit faite. »

« De façon révoltante, cette nécessité n'a été que tardivement reconnue par la communauté internationale », a souligné M. Vieira de Mello qui a rappelé que, "pendant plus d'une décennie, le système des droits de l'homme de l'ONU et les organisations non gouvernementales des droits de l'homme ont enregistré les infractions graves aux droits de l'homme subies par le peuple iraquien."

Le Représentant de l'ONU a évoqué la répression politique, la suppression de la liberté d'expression, d'association, de religion, l'épuration ethnique, la privation des biens et la discrimination à l'encontre des groupes ethniques et religieux qui ont signé le régime de Saddam Hussein. Sa « seule politique qui n'ait pas été discriminatoire, a-t-il dit, a été la violation systématique et tous azimuts des droits de l'homme. »

« L'échelle du problème auquel nous sommes confrontés est accablant. Les estimations prudentes suggèrent que 300 000 personnes ont disparu », a ajouté M. Vieira de Mello qui a souligné le contraste « frappant entre ceux qui ont passé tant de temps à faire des recherches sur les crimes du précédent régime, préparant ainsi le moment où la justice deviendrait possible, et les gouvernements, dont le mien, qui, pendant toutes ces années, ont fait mine de ne pas voir ce qui se passait en Iraq. »

Exprimant sa volonté de laisser le peuple iraquien guider le processus, il a suggéré aux participants d'étudier l'intérêt de créer un Centre pour les personnes disparues, une commission nationale des droits de l'homme ou encore une commission d'experts qui effectuerait une évaluation de la situation comme cela s'est fait en ex-Yougoslavie, au Rwanda ou au Timor oriental.

M. Vieira de Mello s'est, par ailleurs, rendu samedi dernier dans la ville chiite de Nadjaf et y a rencontré quelques-uns des principaux chefs religieux chiites. Ses échanges avec l'Ayatollah Ali Mohamed Al-Sistani sur la situation dans le pays et le transfert du pouvoir à une représentation iraquienne ont été « francs », a indiqué un porte parole de l'ONU qui a précisé que M. Al-Sistani s'était dit préoccupé par la lenteur du processus.

Un peu plus tard dans la journée, l'Imam Moqtada al-Sadr affirmait au Représentant spécial que « toute formation de quelque entité que ce soit qui ne serait pas soutenue et endossée par le peuple iraquien était vouée à l'échec. »

Un point de vue exprimé de façon voisine par Mohamed Bakr Al Hakim, dirigeant du Conseil suprême de la révolution islamique en Iraq (CSRII) qui a soutenu, lors d'une entrevue ce même jour, qu'une « direction imposée échouerait et se retournerait contre ceux qui veulent l'imposer. »

M. Vieira de Mello doit également rencontrer aujourd'hui l'Iman Husain Al-Sadr, un chef religieux de Bagdad, M. Chadirji, le dirigeant de l'Union démocratique et Ahmed Chaladi, le président du Conseil national iraquien (CNI).

 

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