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Vue aérienne d'un village côtier sur une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée, entouré d'eaux turquoise.

Montée des eaux : une menace qui redessine le monde

© PNUD L'existence de zones de faible altitude comme l'île d'Aromot en Papouasie-Nouvelle-Guinée est menacée par la montée du niveau de la mer.

Montée des eaux : une menace qui redessine le monde

Par Daniel Dickinson
Climat et environnement

Le niveau de la mer monte plus rapidement qu’à aucun autre moment de l’histoire documentée. Déjà visibles, ses effets vont bien au-delà des côtes : logements détruits, terres agricoles submergées, moyens de subsistance menacés, mais aussi conséquences croissantes sur la santé, les économies, les droits humains et le patrimoine culturel.

Entre 2014 et 2023, le niveau moyen de la mer a progressé de 4,7 millimètres par an. En 2024, la hausse a atteint un record de 5,9 millimètres. Même dans le scénario climatique le plus favorable, les océans pourraient monter de 0,55 mètre d’ici à 2100. Dans le scénario le plus pessimiste, l’élévation dépasserait un mètre, souligne un rapport de l'ONU qui devait être présenté lundi par la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina J. Mohammed, lors de la 55e réunion des dirigeants du Forum des îles du Pacifique, aux Palaos.

Trois personnes plantent un jeune palétuvier sur la rive boueuse d'une rivière, au cœur d'une forêt dense et verdoyante.
© PNUD Dans le sud de Malaita, aux Îles Salomon, les villageois plantent des mangroves pour protéger le littoral.

Une hausse déjà irréversible

Le phénomène est principalement alimenté par deux mécanismes : la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que la dilatation thermique des océans à mesure qu’ils se réchauffent. Ces derniers absorbent environ 91 % de l’excès de chaleur généré par le réchauffement de la planète.

Environ 770 millions de personnes vivent aujourd’hui à moins de cinq mètres au-dessus du niveau des marées hautes. Pour elles, la montée des eaux n’est pas une menace lointaine.

Les infiltrations d’eau salée contaminent les nappes phréatiques et les terres agricoles. Les inondations endommagent les écoles, les hôpitaux et les réseaux d’assainissement. L’accès à l’eau potable devient plus difficile et les risques de maladies hydriques augmentent. La pêche et le tourisme, essentiels à de nombreuses économies côtières, sont également fragilisés.

Les déplacements de population pourraient prendre une ampleur considérable. Certaines projections évoquent jusqu’à 1,2 milliard de personnes susceptibles d’être déplacées dans le monde d’ici à 2050, à la recherche de terres plus sûres mais aussi de nouveaux moyens de subsistance.

Vue aérienne d'une rangée de cylindres en béton gris bordant une plage de sable blanc sur l'île de Dhiffushi aux Maldives, avec des palmiers et une hutte au toit de chaume en arrière-plan.
© UNICEF/ Ashwa Faheem Des cylindres de béton bordent une plage des Maldives pour la protéger de la montée des eaux.

Des pertes qui ne se mesurent pas seulement en dollars

Le coût économique est déjà considérable. Les dommages infligés aux infrastructures côtières dépassent 1.800 milliards de dollars et, sans adaptation, les pertes annuelles pourraient atteindre 1.400 milliards de dollars.

Les ports sont particulièrement exposés. Ils assurent plus de 80 % du commerce mondial et sont de plus en plus vulnérables aux inondations, menaçant les chaînes d’approvisionnement internationales.

Mais certaines pertes sont impossibles à comptabiliser. La disparition de terres ancestrales, de sites culturels et de modes de vie traditionnels peut provoquer un profond traumatisme pour les communautés concernées, en touchant à leur identité et à leur sentiment d’appartenance.

Un bâtiment détruit sur une plage après un tsunami, montrant une grave érosion côtière et des débris éparpillés sur le sable.
UN News/Daniel Dickinson À Porto Rico, dans les Caraïbes, des maisons sont englouties par la mer en raison de l'érosion côtière.

Les plus vulnérables ne sont pas les plus responsables

Les risques sont particulièrement élevés pour les petits États insulaires, certaines villes construites dans des deltas de faible altitude et les grandes métropoles côtières.

Dans certaines nations du Pacifique, le niveau relatif de la mer augmente à un rythme plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Des villes comme Dhaka, Mumbai ou Kolkata sont elles aussi fortement exposées, tout comme des mégapoles telles que Miami, New York ou Guangzhou, où les dommages potentiels aux infrastructures pourraient se chiffrer en milliers de milliards de dollars.

Cette vulnérabilité révèle une profonde inégalité : nombre des pays les plus menacés ont contribué beaucoup moins que les pays industrialisés aux émissions responsables du réchauffement climatique et disposent de ressources plus limitées pour s’adapter.

Vue de la silhouette de Guangzhou avec la tour de Canton et d'autres gratte-ciel le long de la rivière des Perles.
© Unsplash/ Piiko Des villes modernes comme Guangzhou en Chine sont confrontées à des inondations en raison de la montée des eaux.

Agir avant que l’eau ne gagne

Il est désormais impossible d’empêcher toute élévation du niveau des mers. Une partie de la hausse est déjà engagée. Mais son ampleur dépendra directement des décisions prises aujourd’hui pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le glacier Thwaites, en Antarctique, illustre les risques liés aux points de bascule climatiques. D’une superficie d’environ 190.000 km², son évolution fait l’objet d’une attention particulière en raison de son potentiel impact sur le niveau mondial des mers.

Réduire rapidement l’utilisation des combustibles fossiles reste donc essentiel. Mais l’adaptation ne peut plus attendre : systèmes d’alerte précoce, digues, restauration des mangroves et des dunes, amélioration des systèmes de surveillance et, lorsque cela est nécessaire, déplacement planifié des populations hors des zones les plus exposées.

La question est aussi juridique. La submersion progressive de certains territoires pourrait soulever des enjeux complexes concernant le statut d’État et les frontières maritimes.

Vue aérienne du glacier Thwaites en Antarctique montrant une grande partie de la plateforme de glace avec une eau d'un bleu profond en dessous.
© NASA Une image de la NASA montre une section de la calotte glaciaire de l'Antarctique occidental, connue sous le nom de glacier Thwaites, qui fond rapidement.

Investir maintenant

Les pays en développement auraient besoin de 310 à 365 milliards de dollars par an pour financer leur adaptation, alors que les financements mondiaux consacrés à cet objectif n’ont représenté qu’environ 26 milliards de dollars en 2023.

La montée du niveau de la mer n’est donc pas seulement une crise environnementale. Elle touche aux logements, à la sécurité alimentaire, à la santé, aux économies, aux droits humains et à la survie culturelle de communautés entières.

L’ampleur des dégâts n’est pas encore écrite. Elle dépendra des choix climatiques, financiers et politiques faits aujourd’hui. Pour protéger les foyers et les moyens de subsistance, mais aussi les histoires, les cultures et les identités menacées par les eaux, l’adaptation doit devenir une priorité mondiale durable.