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Une fresque murale sur un mur en béton à Tripoli représente un personnage masqué portant des lunettes de soleil et arborant le drapeau libyen.

Libye : les coupures d’électricité révèlent les failles d’un État fragmenté

MANUL Une rue de Tripoli, en Libye.

Libye : les coupures d’électricité révèlent les failles d’un État fragmenté

Paix et sécurité

Les récentes coupures d’électricité en Libye ont mis en lumière les conséquences concrètes de la fragmentation des institutions, de la mauvaise gestion des ressources publiques et d’années de sous-investissement, a alerté mardi la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour la Libye, Hanna Serwaa Tetteh, devant le Conseil de sécurité.

Après des coupures massives en juillet, qui ont perturbé l’approvisionnement en électricité et en eau de centaines de milliers de personnes, les délestages se sont poursuivis en août. Cette crise, aggravée par une vague de chaleur prolongée, a également provoqué des manifestations et une montée du mécontentement populaire.

« Le processus politique ne consiste pas seulement à combler les divergences politiques. Il s’agit de restaurer la capacité de l’État à répondre aux besoins de sa population, à gérer ses ressources de manière responsable dans le cadre d’institutions unifiées, à assurer la sécurité et à renforcer sa résilience », a déclaré Mme Tetteh.

Un pays riche en pétrole, mais en manque de courant

Le paradoxe est particulièrement frappant dans un pays qui dispose des plus importantes réserves de pétrole du continent africain. Selon les données de la Compagnie nationale libyenne de pétrole, environ un milliard de dollars sont dépensés chaque mois pour importer du carburant, alors que le réseau électrique reste vulnérable aux pénuries.

La crise énergétique est notamment liée aux pénuries de carburant, à la baisse de la disponibilité du gaz et à la fragilité du réseau électrique. L'envoyée de l'ONU a également dénoncé des éléments faisant état d’un détournement à grande échelle de carburant subventionné dans les secteurs de l’électricité et de la sécurité.

« Le détournement de carburant subventionné est un abus inacceptable des ressources publiques et les responsables doivent faire l’objet d’enquêtes et rendre des comptes », a-t-elle affirmé.

Pour l’ONU, cette situation souligne la nécessité de renforcer la surveillance, la transparence et la coordination afin que les ressources publiques servent effectivement à fournir les services essentiels à la population.

Un processus politique toujours bloqué

Pour sortir de cette fragmentation, la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) poursuit sa feuille de route visant à conduire le pays vers des élections, mettre fin aux arrangements transitoires successifs et rétablir l’unité et la légitimité des institutions nationales.

Des avancées ont été enregistrées sur certains volets. Le dialogue structuré de six mois s’est achevé le 6 juin, avec des recommandations portant notamment sur la gouvernance, l’économie, la sécurité, la réconciliation et les droits humains.

Un mécanisme plus restreint, le « Small Convening », ou comité 4+4, a également progressé sur certaines des questions les plus controversées du cadre constitutionnel et juridique des élections, ainsi que sur la reconstitution de la Commission électorale nationale suprême.

Mais l’impasse politique persiste sur plusieurs dossiers essentiels. Pour Mme Tetteh, la prochaine étape doit porter sur l’unification du gouvernement et des institutions afin de créer les conditions nécessaires à des élections inclusives et crédibles.

« Nous entrons maintenant dans une phase critique », a-t-elle dit, appelant les acteurs libyens à faire preuve de volonté politique, de responsabilité et de persévérance.

Une situation sécuritaire toujours fragile

Sur le plan sécuritaire, la situation reste précaire, notamment sur la côte occidentale, où des groupes armés rivaux sont impliqués dans des activités de trafic de drogue, de migrants et de carburant.

Le 3 août, de violents affrontements entre ces groupes à Zawiya et Sorman ont fait des morts et des blessés parmi les civils. Des drones ont également visé une raffinerie de pétrole et d’autres infrastructures essentielles à Zawiya, provoquant des dégâts et faisant craindre des incendies et des perturbations de l’approvisionnement en eau.

À Benghazi, le meurtre du général Fawzi Mansuri, responsable des renseignements militaires de l’Armée nationale libyenne, dans une attaque à la voiture piégée le 10 août, illustre également les risques persistants.

L’ONU appelle à la mise en place d’institutions de sécurité professionnelles, neutres et unifiées, capables d’exercer leur autorité dans le respect de l’État de droit.

Climat, droits humains et migrations

La crise climatique accentue également les vulnérabilités du pays. Devant le Conseil de sécurité, la militante climatique Nissa Bek a souligné que les risques environnementaux et climatiques devaient être intégrés aux efforts de prévention des conflits.

« Les changements climatiques font partie intégrante de la crise sécuritaire libyenne », a-t-elle déclaré, soulignant que les coupures d’électricité et d’eau pendant les périodes de chaleur extrême constituent aussi un enjeu de sécurité. Lors de la récente vague de chaleur, les coupures ont parfois dépassé 15 heures par jour, tandis que les températures approchaient les 50 degrés.

Pour Mme Bek, les manifestations qui ont éclaté à Tripoli et dans d’autres villes pour réclamer de l’électricité, de l’eau, des soins et du carburant traduisent une crise de confiance plus profonde envers les institutions.

L'envoyée de l'ONU a par ailleurs appelé les autorités à protéger les droits des femmes, à lutter contre les discours de haine et la désinformation, et à préserver l’espace humanitaire pour les réfugiés, demandeurs d’asile et migrants.

« Le chemin est difficile, mais des progrès sont possibles », a conclu Mme Tetteh, appelant les acteurs libyens et leurs partenaires internationaux à maintenir leurs efforts pour bâtir les institutions légitimes et efficaces dont la population a besoin.

Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct des discussions assurée par l'équipe de la Section de la Couverture des réunions des Nations Unies.