Afghanistan : les coupes dans l’aide aggravent la malnutrition infantile
La crise de la malnutrition infantile s’aggrave en Afghanistan au moment où les financements humanitaires s’effondrent. Le Programme alimentaire mondial (PAM) met en garde contre une réduction drastique des programmes nutritionnels alors que les besoins atteignent des niveaux sans précédent, exposant des millions d’enfants à la faim et à un risque accru de mortalité.
Le constat dressé par l’agence onusienne est alarmant : la malnutrition aiguë a atteint un niveau critique dans un tiers des provinces afghanes, un record qui pourrait encore s’aggraver d’ici octobre.
Douze provinces sont déjà classées en situation d’urgence nutritionnelle. Helmand, Kandahar et Ghor figurent parmi les régions où les enfants ont un besoin urgent de traitements vitaux.
À l’échelle du pays, près de 3,7 millions d’enfants devraient souffrir de malnutrition aiguë cette année. À eux s’ajoutent 1,2 million de femmes enceintes ou allaitantes, également menacées.
« Les faibles pleurs des bébés souffrant de malnutrition résonnent dans les dispensaires afghans, où des mères inquiètes - dont beaucoup sont elles-mêmes affaiblies par la faim - amènent leurs enfants, désespérées de les faire soigner », a déclaré John Aylieff, Représentant du PAM en Afghanistan, lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève.
Des milliers d’enfants privés de traitement
Le PAM redoute de ne plus être en mesure de maintenir les programmes nutritionnels destinés aux populations les plus vulnérables faute de ressources.
Chaque été, la situation nutritionnelle se détériore avec la recrudescence des maladies infectieuses, les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, ainsi que la persistance de l’insécurité alimentaire.
« Nous voyons la prochaine génération dépérir alors même que c’est la saison des récoltes, une période d’abondance. Ce n’est pas seulement déchirant, c’est inacceptable », a ajouté M. Aylieff.
Mais cette année, la crise dépasse largement les variations saisonnières. Même pendant les périodes où la nourriture est traditionnellement plus accessible, près de la moitié de la population reste confrontée à l’insécurité alimentaire.
Au premier trimestre, celle-ci a touché 47 % des Afghans. Or, rappelle le PAM, la malnutrition infantile est rarement un problème isolé : elle accroît fortement le risque de décès chez les jeunes enfants.
Selon l’agence, cette détérioration est alimentée par l’effet combiné du conflit, du chômage, de la flambée des prix des denrées alimentaires et de la réduction des financements humanitaires. En 2025, 142 centres de santé ont fermé dans le pays et plus de 13.000 enfants ont été privés de traitement nutritionnel en raison des coupes dans l’aide.
Un appel urgent aux donateurs
Les programmes encore opérationnels ont, en outre, été gravement perturbés par une pénurie de produits nutritionnels, provoquée par le conflit au Moyen-Orient et la fermeture durant neuf mois de la frontière pakistanaise. Ces perturbations ont bloqué les chaînes d’approvisionnement et fait bondir les coûts.
Conséquence : près d’un million de mères et d’enfants souffrant de malnutrition ont été privés, pendant cinq mois, de services nutritionnels essentiels.
« L’Afghanistan est déjà en proie à l’une des crises de malnutrition les plus graves et les plus persistantes au monde, et ces chiffres stupéfiants pourraient encore grimper. Cette crise pourrait dépasser toutes les prévisions antérieures et condamner d’innombrables autres enfants et mères à une mort évitable », a averti M. Aylieff.
Face au risque d’une aggravation durable de la crise, le PAM appelle à renforcer d’urgence les programmes de prévention et de traitement de la malnutrition. Mais faute de financements, ces interventions sont aujourd’hui menacées. L’agence estime avoir besoin de 540 millions de dollars au cours des six prochains mois pour poursuivre ses opérations et empêcher que la faim ne gagne encore du terrain.
Une population épuisée
Au-delà des enfants, c’est toute une population qui est plongée dans une crise humanitaire profonde, malgré une amélioration de la situation sécuritaire dans une grande partie du pays, a averti mardi le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).
« Les gens me disent qu'ils sont épuisés : épuisés par la pauvreté, la faim, les catastrophes climatiques à répétition, l'endettement et la lutte quotidienne pour nourrir leur famille », a raconté Olga Cherevko, porte-parole de l’OCHA pour l’Afghanistan, lors d’un point de presse avec des journalistes à New York.
Ces derniers mois, elle s’est déplacée à travers le pays, de Bamiyan et Herat jusqu’à Paktika, Khost et, plus récemment, au Nouristan, frappé par des crues soudaines meurtrières.
Selon Mme Cherevko, les Afghans ne réclament pas seulement une aide alimentaire. Ils demandent avant tout un emploi, des revenus et la possibilité de subvenir eux-mêmes aux besoins de leurs proches.
Elle a aussi dénoncé l’impact des restrictions visant les femmes et les filles, qui limitent leur accès à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé et à la vie publique. Lorsque les travailleuses humanitaires ne peuvent plus atteindre les femmes et les filles, « les conséquences dépassent largement les individus » et compromettent le redressement du pays.
Face à l’épuisement des financements humanitaires, Mme Cherevko a appelé la communauté internationale à ne pas confondre résilience et abandon. « Les Afghans ne demandent pas une nouvelle occasion de prouver leur résilience », a-t-elle insisté. « Ils veulent simplement vivre une vie digne et offrir un avenir meilleur à leurs enfants. »