Corée du Nord : les cas de torture, les disparitions forcées et les enlèvements sont toujours légion, selon l'ONU
Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU est gravement préoccupé par l’impunité généralisée - y compris l’absence totale de responsabilité pénale - qui persiste pour les violations des droits de l’homme susceptibles de constituer des crimes internationaux en République populaire démocratique de Corée (RPDC).
« Compte tenu de l’ampleur et de la gravité des violations, ainsi que de l’incapacité ou de la réticence de l’État à demander des comptes, il convient d’envisager des options internationales en matière de reddition des comptes, y compris le renvoi de la situation devant la Cour pénale internationale », a déclaré jeudi au Conseil des droits de l’homme, Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme.
Elle a présenté au Conseil le rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) sur la promotion de la reddition des comptes pour les violations des droits de l'homme en Corée du Nord. Le rapport couvre une période de deux ans allant du 1er novembre 2022 au 31 octobre 2024.
Faim et restrictions à la liberté d'expression
Si le rapport met l’accent sur l’obligation de rendre des comptes, il souligne également de « graves préoccupations persistantes » concernant les violations commises en RPDC, concernant notamment le droit à l’alimentation, où les politiques de l’État semblent avoir exacerbé la faim, et les restrictions sévères à la liberté d’expression.
« Malheureusement, aucun progrès significatif n'a été réalisé ces deux dernières années en faveur de la responsabilisation pénale des auteurs de violations des droits de l'homme commises en RPDC. Cependant, des progrès ont été réalisés à l'échelle internationale dans des domaines connexes », a noté la haute responsable onusienne.
Mme Al-Nashif a ainsi indiqué que le HCDH continue de constituer un répertoire central de preuves de violations des droits de l'homme en RPDC. Ce répertoire a doublé de volume au cours de la période considérée et comprend désormais des centaines de témoignages concernant plus de 1.000 victimes de violations des droits humains.
Il a permis une analyse plus approfondie des violations commises depuis de nombreuses années, notamment l’emprisonnement, la torture, la réduction en esclavage, les disparitions forcées et les enlèvements, le travail forcé à l’étranger et la traite des êtres humains.
« Notre analyse fournit des motifs raisonnables de croire que des crimes internationaux ont pu être commis en RPDC sur une période de plusieurs décennies, et qu'ils continuent d'être commis. Cependant, des enquêtes complémentaires sont nécessaires pour étayer les preuves et, en particulier, établir des liens plus clairs entre ces preuves et les personnes responsables », a ajouté Mme Al-Nashif.
Plaintes civiles
Autre progrès, bien que la responsabilité pénale soit totalement absente, plusieurs affaires civiles ont attiré l'attention sur les violations des droits humains commises par la RPDC, a-t-elle souligné.
Des groupes de victimes et des organisations de la société civile ont déposé des plaintes civiles en dommages et intérêts dans plusieurs pays. Par exemple, des Coréens d'origine vivant au Japon ont déposé des plaintes civiles pour avoir été attirés du Japon vers la RPDC sous de faux prétextes et y avoir subi des violations des droits humains.
La Haut-Commissaire adjointe a également indiqué que le HCDH explore les voies possibles pour que les responsables rendent des comptes auprès des autorités judiciaires compétentes, des organes d'enquête et des mécanismes des droits humains de l'ONU, ainsi que de la société civile.
Elle s'est aussi félicitée des initiatives non judiciaires en faveur de la reddition des comptes, notamment sous forme de commémoration et d'éducation, qui se sont multipliées au cours des deux dernières années.