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Privés de l’essentiel, les enfants palestiniens vivent dans la peur et l'anxiété

Un garçon est assis au milieu des destructions du quartier d'Al-Touam, dans le nord de la bande de Gaza.
© UNICEF/Mohammed Nateel
Un garçon est assis au milieu des destructions du quartier d'Al-Touam, dans le nord de la bande de Gaza.

Privés de l’essentiel, les enfants palestiniens vivent dans la peur et l'anxiété

Paix et sécurité

Privés d’aide humanitaire et de protection depuis deux semaines, les enfants palestiniens sont confrontés à des conditions de vie « extrêmement préoccupantes », met en garde l'agence des Nations Unies pour l'enfance.

Selon l'Unicef, la situation à Gaza et en Cisjordanie, dont Jérusalem-Est fait partie intégrante, est extrêmement inquiétante pour 2,4 millions d’enfants touchés d’une manière ou d’une autre par ce que l'agence qualifie de « conflit sans fin ».

« Certains enfants vivent dans une peur et une anxiété extrêmes, tandis que d’autres sont confrontés à de réelles conséquences, comme le refus d’assistance humanitaire et de protection, ou le déplacement, la destruction, voire la mort, et ils doivent être protégés », rapporte dans un communiqué, publié dimanche, le directeur de l’Unicef pour la région, Edouard Beigbeder, de retour d’une mission de quatre jours en Cisjordanie et à Gaza.

Des enfants près d'un bâtiment détruit à Al Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza.
© UNICEF/Eyad El Baba
Des enfants près d'un bâtiment détruit à Al Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza.

Les enfants de Gaza privés de soins vitaux

Depuis la décision israélienne, il y a plus de deux semaines, de bloquer l'acheminement de l’aide humanitaire dans l’enclave palestinienne, environ un million d’enfants sont à nouveau privés de produits de première nécessité dont ils ont besoin pour survivre.

Plus de 180.000 doses de vaccins essentiels pour protéger 60.000 enfants de moins de 2 ans, ainsi que 20 respirateurs artificiels vitaux pour les unités hospitalières de soins intensifs néonatals, sont bloqués à quelques dizaines de kilomètres de la bande de Gaza.

« Alors que l’Unicef a réussi à livrer 30 appareils respiratoires, qui aident considérablement les nouveau-nés souffrant du syndrome de détresse respiratoire aiguë et de prématurité, ces respirateurs sont essentiels pour les nourrissons ayant besoin d’une assistance respiratoire avancée », explique M. Beigbeder.

De plus, 4.000 nouveau-nés n’ont actuellement pas la possibilité d’obtenir des soins vitaux en raison des graves difficultés rencontrées par les établissements médicaux dans la bande de Gaza. « Chaque jour, des vies sont perdues faute de ces respirateurs, en particulier parmi les nouveau-nés prématurés vulnérables du nord de Gaza », déplore le haut responsable de l’Unicef.

Débloquer l’aide humanitaire

L’agence onusienne demande que ces fournitures médicales vitales pour les enfants puissent entrer dans l'enclave. L’Unicef prévient que tout retard supplémentaire dans l’acheminement de l’aide pourrait réduire à néant les progrès réalisés pour les enfants pendant le cessez-le-feu.

« Nous devons acheminer ces fournitures pour les enfants, et notamment les nouveau-nés, avant qu’il ne soit trop tard. Et nous devons impérativement maintenir les services essentiels ».

L’Unicef déplore également le sort de l’usine de dessalement d’eau de Khan Younis, seule installation alimentée en électricité depuis novembre 2024. Cette dernière est désormais déconnectée et ne fonctionne plus qu’à 13 % de sa capacité, privant ainsi des centaines de milliers de personnes d’eau potable et de services d’assainissement.

Un enfant joue devant sa maison détruite dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie.
© UNRWA/Kazem Abu-Khalaf
Un enfant joue devant sa maison détruite dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie.

La souffrance des enfants en Cisjordanie

En Cisjordanie, plus de 200 enfants palestiniens et trois enfants israéliens ont été tués depuis octobre 2023, le chiffre le plus élevé jamais enregistré sur une période aussi courte au cours des deux dernières décennies.

À Jénine et dans le nord de la Cisjordanie, plus de 35.000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer pour trouver refuge ailleurs dans les territoires occupés de Palestine.

L’éducation de près de 12.000 enfants a été fortement perturbée en raison des récents déplacements de population. « Les enfants de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, sont souvent exposés aux barrages routiers et à l’absence de fournitures scolaires », souligne M. Beigbeder.

« À Jénine, j’ai rencontré de nombreuses mères et enfants déplacés dans des abris. Ils m’ont fait part de leurs souffrances dues à la violence, à la peur et à la perturbation de l’éducation. Ils ont expliqué qu’ils ne demandaient pas la charité, mais simplement le respect de leurs droits et la possibilité de retourner chez eux », rapporte le direction régional de l’Unicef.

Épuisement des stocks et flambée des prix 

Lors d'un point de presse à New York, Farhan Haq, le porte-parole adjoint du Secrétaire général de l'ONU, a mis l’accent sur l'épuisement des stocks d'aide disponibles à Gaza, après plus de deux semaines sans approvisionnement dans la bande.

Farhan Haq, porte-parole adjoint du Secrétaire général de l'ONU, lors d'un point de presse à New York.
Nations Unies
Farhan Haq, porte-parole adjoint du Secrétaire général de l'ONU, lors d'un point de presse à New York.

Selon M. Haq, le Programme alimentaire mondial (PAM) signale par ailleurs que la fermeture par Israël des points de passage vers Gaza a entraîné une augmentation de 200 % des prix du gaz par rapport au mois de février. Principale source d’énergie dans l’enclave, le gaz n'est désormais disponible que sur le marché noir, a-t-il ajouté.

Le porte-parole adjoint a également mentionné les conséquences négatives de la crise de liquidités à Gaza, particulièrement dans le nord du territoire et dans la ville de Khan Younis, dans le sud de la bande. « Les commerçants sont incapables de se réapprovisionner ou de payer leurs fournisseurs », a-t-il dit.

L'ONU continue de fournir des services vitaux

Au cours des deux dernières semaines, M. Haq a indiqué que l’ONU et ses partenaires avaient dépisté plus de 3.000 enfants souffrant de malnutrition à Gaza. Seul un petit nombre de cas de malnutrition aiguë ont été recensés, a-t-il précisé, tout en ajoutant que la situation risquait de s'aggraver en cas de poursuite de l'interruption de l'aide.

Par ailleurs, le porte-parole adjoint a indiqué que plus de 270.000 enfants avaient été inscrits au programme éducatif de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) à Gaza, où ils apprennent les mathématiques, les sciences, l'arabe et l'anglais. 

Grâce à des centaines de conseillers scolaires et d'assistants, les enfants bénéficient également d'une aide psychologique d'urgence et d'activités récréatives.

Déplacement en Cisjordanie 

Dans le nord de la Cisjordanie, M. Haq a rapporté que des centaines de familles avaient été déplacées dans les camps de réfugiés de Tulkarem et de Nur Shams ces derniers jours, suite à un raid des forces israéliennes. 

« Nos partenaires signalent que la plupart des résidents de Nur Shams ont quitté le camp », a-t-il dit.

M. Haq a signalé que les partenaires humanitaires de l’ONU dans le nord de la Cisjordanie fournissaient à l’heure actuelle une assistance psychologique aux enfants pour les aider à faire face aux conséquences de l'opération militaire en cours et former les adultes à leur accompagnement.