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Des enfants marchent dans un quartier de Zabadani, dans la région rurale de Damas, en Syrie.

Les Syriens ont désormais une « opportunité historique » de construire un avenir pacifique, affirme Guterres

© UNICEF/Johnny Shahan Des enfants marchent dans un quartier de Zabadani, dans la région rurale de Damas, en Syrie.

Les Syriens ont désormais une « opportunité historique » de construire un avenir pacifique, affirme Guterres

Paix et sécurité

Après 14 ans de guerre brutale et la chute du régime dictatorial, le peuple syrien peut aujourd'hui saisir une occasion historique de construire un avenir stable et pacifique, a déclaré dimanche le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres.

Alors que des informations continuent d'émerger de la capitale syrienne, Damas, où les forces d'opposition ont annoncé ce dimanche 8 décembre à la télévision publique syrienne la chute du Président Bachar Al-Assad, le chef de l'ONU a affirmé dans un communiqué : « L'avenir de la Syrie est une question que les Syriens doivent déterminer ».

Il reste beaucoup à faire pour assurer une transition politique ordonnée vers des institutions renouvelées, a déclaré M. Guterres, indiquant que son Envoyé spécial, Geir Pedersen, travaillera avec tous les Syriens à cette fin.

Appel renouvelé à éviter la violence

Entre-temps, le Secrétaire général a renouvelé son appel au calme et à éviter la violence en cette période sensible, tout en protégeant les droits de tous les Syriens, sans distinction. Il a également rappelé que l'inviolabilité des locaux et du personnel diplomatiques et consulaires doit être respectée dans tous les cas, conformément au droit international.

« Nous aurons besoin du soutien de la communauté internationale pour faire en sorte que toute transition politique soit inclusive et globale et qu'elle réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien, dans toute sa diversité », a dit le Secrétaire général, soulignant que « la souveraineté, l'unité, l'indépendance et l'intégrité territoriale de la Syrie doivent être restaurées ».

Les Nations Unies, a-t-il souligné, honoreront la mémoire de ceux qui ont supporté le poids de ce conflit qui dure depuis 14 ans.

« Nous restons déterminés à aider les Syriens à construire un pays où la réconciliation, la justice, la liberté et la prospérité sont des réalités partagées par tous. C'est la voie vers une paix durable en Syrie », a conclu le chef de l’ONU.

« Soutenir les Syriens dans leur cheminement vers un avenir inclusif »

Selon l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, les derniers développements à Damas marquent « un tournant dans l’histoire de la Syrie, une nation qui a enduré près de 14 ans de souffrances incessantes et de pertes indicibles ». 

Geir Pedersen souligne le souhait clairement exprimé par des millions de Syriens que des accords de transition stables et inclusifs soient mis en place à Damas.

À cette fin, les institutions syriennes doivent continuer de fonctionner afin que le peuple syrien puisse commencer à « tracer la voie pour répondre à ses aspirations légitimes et restaurer une Syrie unifiée, avec sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale, d’une manière qui puisse bénéficier du soutien et de l’engagement de l’ensemble de la communauté internationale ».

Des groupes rebelles ont annoncé dimanche dans une allocution à la télévision publique syrienne la chute du « tyran » Bachar Al-Assad, assurant avoir libéré tous les prisonniers « injustement » détenus, appelant citoyens et combattants à préserver les propriétés de l’Etat.

Des images de pourparlers entre le gouvernement syrien et l'opposition à Genève (Archives)
Photo ONU/Violaine Martin Des images de pourparlers entre le gouvernement syrien et l'opposition à Genève (Archives)

Donner la priorité au dialogue, à l’unité et au respect du droit international

Aujourd'hui nous attendons avec un espoir prudent l'ouverture d'un nouveau chapitre, celui de la paix, de la réconciliation, de la dignité et de l'inclusion pour tous les Syriens

En à peine plus de dix jours, et à la surprise générale, les rebelles emmenés par les islamistes de Hayat Tahrir Al-Cham (HTC) se sont emparés des principales villes de Syrie et ont fait chuter le Président Bachar Al-Assad.

« Ce chapitre sombre a laissé de profondes cicatrices, mais aujourd'hui nous attendons avec un espoir prudent l'ouverture d'un nouveau chapitre, celui de la paix, de la réconciliation, de la dignité et de l'inclusion pour tous les Syriens », a affirmé le diplomate onusien.

M. Pedersen a ainsi exhorté tous les Syriens à donner la priorité au dialogue, à l’unité et au respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme alors qu’ils cherchent à reconstruire leur société, ajoutant qu’il est prêt à soutenir le peuple syrien dans son cheminement « vers un avenir stable et inclusif, décidé et façonné par le peuple syrien ».

D’autant que les défis à relever restent immenses. « Nous entendons ceux qui sont anxieux et inquiets. Pourtant, le moment est venu d’embrasser la possibilité d’un renouveau. La résilience du peuple syrien offre une voie vers une Syrie unie et pacifique ».

Après la chute du pouvoir du Président Assad, l’émissaire de l’ONU a exprimé une fois de plus sa plus profonde solidarité à tous ceux qui ont supporté « le poids de la mort, de la destruction, de la détention et d’innombrables violations des droits de l’homme ».

Un nouveau chapitre porteur d’espoir et d’opportunités

Pour les personnes déplacées, ce moment renouvelle la vision d’un retour dans les maisons perdues. Pour les familles séparées par la guerre, le début des retrouvailles est porteur d’espoir. « Pour les personnes injustement détenues et les familles des détenus et des disparus, l’ouverture des portes des prisons nous rappelle que la justice finira par s’imposer », a-t-il fait valoir.

A cet égard, M. Pedersen dit avoir entendu de nombreux Syriens, y compris des groupes armés et des membres de la société civile, des femmes et des hommes, et a pris note des déclarations publiques soulignant la volonté de protéger leurs concitoyens et les institutions de l’État contre les représailles et les préjudices.

« Permettez-moi de me faire l’écho de ces déclarations et de lancer un appel clair et sans ambiguïté à tous les acteurs armés sur le terrain pour qu’ils maintiennent une bonne conduite, la loi et l’ordre, protègent les civils et préservent les institutions publiques », a insisté M. Pedersen, invitant tous les acteurs « à construire une Syrie où la justice, la liberté et la prospérité sont des réalités partagées. Une façon de rappeler que ce « nouveau chapitre » doit être « porteur d’espoir et d’opportunités pour chaque Syrien ».

« Plus jamais ça »

A son tour, la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie a estimé qu’il s’agit d’ »un nouveau départ historique » et exhorté les nouvelles autorités à rompre le cycle de la violence et à ouvrir une nouvelle ère respectueuse des droits.

« Il est temps de donner enfin la priorité aux aspirations des Syriens et de placer le pays sur la voie d'un avenir stable, prospère et juste qui garantisse les droits de l'homme et la dignité dont son peuple est privé depuis si longtemps », a déclaré dimanche la Commission.

« Le peuple syrien devrait pouvoir considérer ce moment historique comme la fin de décennies de répression organisée par l'État », a dit Paulo Sérgio Pinheiro, président de la Commission.

« La libération de prisonniers après des décennies de détention arbitraire dans la tristement célèbre prison de Sednaya, à l'extérieur de Damas, est une scène que des millions de Syriens n'auraient pas pu imaginer il y a quelques jours », a souligné M. Pinheiro. « Il incombe aux responsables actuels de veiller à ce que de telles atrocités ne se reproduisent plus jamais entre les murs de Sednaya ou de tout autre centre de détention en Syrie ».

Sur l'ensemble du territoire rapidement repris par les groupes armés menés par Hay'at Tahrir Al-Cham (HTS), ces derniers jours ont vu la libération de milliers de prisonniers qui ont enduré des années, voire des décennies, de détention au secret. Cela devrait apporter un immense soulagement aux personnes libérées et à leurs familles et donner de l'espoir à ceux qui attendent toujours des nouvelles des dizaines de milliers d'êtres chers disparus.

Préserver les preuves de violations et de crimes

Pendant des décennies, Sednaya et d'autres centres de détention tristement célèbres ont été synonymes de peur, de perte, de souffrance et de cruauté. Les cellules où les détenus étaient maltraités sont désormais ouvertes, de même que les salles d'interrogatoire où ils étaient torturés avec des méthodes cruelles que la Commission a documentées pendant des années.

« Tout au long de la guerre, les familles ont été exposées à de graves dangers et ont payé des sommes exorbitantes en pots-de-vin à des fonctionnaires corrompus pour obtenir des nouvelles de leurs proches détenus. Aujourd'hui, dans les vidéos qui viennent d'être diffusées de l'intérieur des centres de détention, nous voyons des salles avec des rangées d'étagères remplies de ces dossiers. Le HTS et les autres groupes armés qui prennent maintenant le contrôle des centres de détention doivent faire très attention à ne pas perturber les preuves de violations et de crimes », a déclaré la commissaire Lynn Welchman.

« La longue et difficile recherche des disparus de Syrie a maintenant une chance de progresser de manière exponentielle. Nous appelons les États membres à continuer de soutenir les associations de familles syriennes et la nouvelle institution des Nations Unies dédiée à ce travail », a affirmé la commissaire Hanny Megally.

« Dans l'intervalle, nous espérons que les autorités veilleront à ce que toutes les personnes libérées d'une détention arbitraire et illégale bénéficient rapidement d'un soutien pour assurer le regroupement familial et un soutien médical et psychologique approprié », a ajouté Mme Megally.

Des survivants du séisme reçoivent des repas chauds du PAM à Alep, en Syrie (Archives).
© PAM/Hussam Al Saleh Des survivants du séisme reçoivent des repas chauds du PAM à Alep, en Syrie (Archives).

Le PAM a prépositionné des vivres

Sur le plan humanitaire, les agences humanitaires des Nations Unies sont prêtes à fournir une assistance aux populations dans le besoin. Le Programme alimentaire mondial (PAM) indique avoir prépositionné des vivres. L’agence onusienne s’est engagée à rester sur place et à fournir de l’aide aux Syriens dans le besoin à travers le pays.

« Nous sommes déterminés à rester et à tenir nos promesses. À Alep, nous avons distribué des repas prêts à consommer, Nous appelons à la protection des civils et au respect du droit international humanitaire », a dit sur le réseau social X, Carl Skau, Directeur exécutif adjoint du PAM, appelant à la protection des civils et des travailleurs humanitaires.

Selon le Coordinateur humanitaire des Nations Unies pour la Syrie, la situation humanitaire « continue de se détériorer » avec de nombreux déplacés « cherchant refuge dans le nord-est et d’autres piégés dans les zones de la ligne de front, incapables de s’échapper ».

« Les victimes civiles, y compris les femmes et les enfants, continuent d’augmenter, soulignant le besoin urgent d’une action humanitaire coordonnée », a déclaré Adam Abdelmoula, appelant toutes les parties à protéger les civils et les travailleurs humanitaires, et à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire.

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), plus de 300.000 personnes ont été dû fuir le nord-ouest de la Syrie ces derniers jours à la suite de l’offensive soudaine et massive dans les zones contrôlées par le gouvernement, menée par Hayat Tahrir al-Sham (HTS), qui est sanctionné par le Conseil de sécurité de l’ONU en tant que groupe terroriste.