Syrie : « Il n’existe pas de solution militaire à ce conflit », insiste l’envoyé de l’ONU
L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Geir O. Pedersen a prévenu mardi le Conseil de sécurité que la situation dans ce pays, qui connaît un regain d’affrontements depuis la semaine dernière, est « dangereuse » et s’est inquiété d’une aggravation de la crise.
« La semaine dernière, nous avons assisté à des changements spectaculaires sur les lignes de front en Syrie, modifiant radicalement un statu quo qui était en grande partie en place depuis plus de quatre ans. La situation est extrêmement fluide et dangereuse », a expliqué M. Pedersen dans un exposé devant les membres du Conseil.
Une vaste bande de territoire est passée sous le contrôle d’acteurs non étatiques, notamment du groupe terroriste Hayat Tahrir Al-Cham, inscrit sur la liste du Conseil de sécurité, et de groupes d’opposition armés, dont l’Armée nationale syrienne. Ces groupes contrôlent désormais de facto un territoire abritant quelque 7 millions de personnes, y compris Alep – la deuxième plus grande ville de Syrie, a-t-il précisé.
Désescalade nécessaire et horizon politique crédible
L’Envoyé spécial a réclamé une désescalade. « J’appelle toutes les parties à respecter leurs obligations en vertu du droit international, à protéger les civils et les infrastructures civiles et à permettre un passage sûr aux Syriens fuyant la violence », a-t-il dit, soulignant qu’une nouvelle escalade militaire risque de provoquer des déplacements massifs et des pertes civiles.
Il a estimé que cette désescalade doit s’accompagner d’un horizon politique crédible pour le peuple syrien.
« Les parties syriennes et les principales parties prenantes internationales doivent s’engager sérieusement dans des négociations significatives et substantielles pour trouver une issue au conflit », a-t-il affirmé, appelant à un engagement politique urgent et sérieux – entre les parties prenantes syriennes et internationales – pour éviter les effusions de sang et se concentrer sur une solution politique.
Il a indiqué avoir eu des conversations téléphoniques avec l’ensemble des parties syriennes et les principales parties prenantes internationales, « en demandant instamment une action concrète et immédiate sur ces deux fronts, notamment de la part du gouvernement syrien, de l’opposition syrienne, de la Turquie, de la Russie, de l’Iran, des États-Unis et des acteurs arabes et européens ».
M. Pedersen a précisé qu’il serait dans la région dans les prochains jours pour une série de réunions de haut niveau.
La Syrie en danger
En conclusion, l’envoyé de l’ONU a rappelé qu’il « n’existe pas de solution militaire à ce conflit ». « Si nous ne voyons pas une désescalade et une évolution rapide vers un processus politique sérieux, impliquant les parties syriennes et les principaux acteurs internationaux, alors je crains que nous assistions à une aggravation de la crise », a-t-il ajouté.
Selon lui, « la Syrie sera en grand danger de division, de détérioration et de destruction supplémentaires. Les conséquences pour la souveraineté, l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie, ainsi que pour le bien-être et les aspirations du peuple syrien, pourraient être graves ».
La brutalité des années passées ne doit pas se répéter
« La brutalité des années passées ne doit pas se répéter, sinon la Syrie sera entraînée sur une nouvelle trajectoire d’atrocités », a averti mardi la Commission d’enquête des Nations Unies sur la Syrie, appelant toutes les parties « à rompre avec leurs habitudes et à veiller à protéger et à respecter les civils, leurs droits humains et les conventions de Genève ».
Selon les enquêteurs de l’ONU, les parties belligérantes doivent respecter strictement le droit international et protéger les civils, alors que les hostilités se sont considérablement intensifiées depuis le 27 novembre et menacent de s’étendre à de nouvelles régions de ce pays du Moyen-Orient.
Au cours du week-end, des groupes armés non étatiques menés par Hay’at Tahrir Al-Cham ont pris le contrôle de vastes zones, y compris la plus grande ville de Syrie, Alep. Les premiers rapports suggèrent que les combats pourraient s’étendre à d’autres parties du pays.
Le sort des minorités et des prisonniers de guerre
Dans le même temps, des rapports parus dans la presse notent que le gouvernement et ses alliés préparent une éventuelle contre-attaque, ce qui laisse présager que les civils qui souffrent déjà d’années de conflit, d’effondrement économique et de groupes armés et de forces de sécurité prédateurs, seront à nouveau pris entre deux feux.
L’équipe dirigée par Paulo Sérgio Pinheiro entend enquêter sur les attaques signalées qui touchent les infrastructures civiles dans la ville d’Alep, y compris au moins un hôpital et une résidence universitaire, ainsi que sur les frappes aériennes signalées sur la ville d’Idleb et d’autres zones civiles densément peuplées.
En outre, la Commission d’enquête surveille de près le traitement des civils, y compris les minorités et les prisonniers de guerre, à mesure que les forces d’opposition progressent dans les zones contrôlées par le gouvernement. La situation est également « instable » dans le nord d’Alep, où les forces de l’armée nationale syrienne ont pris le contrôle de zones à population kurde.
Des incidents extrêmement préoccupants
Pour sa part, le chef des droits de l’homme de l’ONU s’est dit extrêmement préoccupé par l’escalade des hostilités dans le nord-ouest de la Syrie depuis le 27 novembre. Une situation qui aggrave encore les souffrances endurées par des millions de civils.
« C’est tragique, car beaucoup vivent dans la misère depuis le début du conflit, il y a près de 14 ans », a déploré dans un communiqué, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.
Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) indique avoir recensé un certain nombre d’incidents extrêmement préoccupants qui ont fait de nombreuses victimes civiles, dont un grand nombre de femmes et d’enfants, à la suite d’attaques menées à la fois par Hayat Tahrir al-Cham (HTS) et par les forces pro-gouvernementales. Les hostilités entraînent la destruction et l’endommagement de biens civils, notamment d’établissements de santé, de bâtiments abritant des institutions dédiées à l’éducation et de marchés alimentaires.
Les services du Haut-Commissaire Türk sont en train de vérifier les attaques meurtrières qui touchent les civils.
Par exemple, le 29 novembre, quatre civils ont été tués suite à de multiples frappes terrestres de HTS sur une zone abritant les dortoirs des étudiants de l’université d’Alep dans le quartier de Hamdaniyah. Selon les informations recueillies par le HCDH, toutes les victimes étaient des étudiants de l’université et, par la suite, de nombreux autres étudiants ont fui le complexe universitaire.
Protéger les civils et permettre l’acheminement de l’aide
Le 1er décembre, 22 civils ont été tués, dont trois femmes et sept enfants, et au moins 40 autres ont été blessés à la suite de multiples frappes aériennes menées par les forces pro-gouvernementales à Idlib. Selon les informations reçues, de multiples frappes aériennes ont touché un marché local et cinq zones résidentielles de la ville.
La plupart des victimes se trouvaient dans les rues près de leurs maisons et sur le marché au moment des frappes aériennes. Les attaques aériennes ont également causé des dommages importants aux maisons civiles, aux magasins, au marché local, à la mosquée Al-Hayat et à l’école primaire Al-Fatih.
Le Haut-Commissaire exhorte toutes les parties à désamorcer la situation, à protéger les civils et à permettre l’acheminement de l’aide vitale à ceux qui en ont besoin. En outre, Il appelle les tierces parties influentes à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir le respect du droit humanitaire international, promouvoir le dialogue et empêcher que la violence actuelle n’exacerbe les souffrances du peuple syrien et n’enflamme davantage les tensions régionales.
« Nous rappelons à toutes les parties leurs obligations et responsabilités en vertu du droit international des droits de l’homme et du droit humanitaire : les civils et les infrastructures civiles doivent être protégés », a affirmé lors d’un point de presse à Genève, Jeremy Laurence, porte-parole du HCDH.