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En Iran, les femmes et les jeunes filles sont tenues par la loi de respecter un code vestimentaire en dehors de leur domicile.

Iran : l’ONU alarmée par le redéploiement de « patrouilles de moralité » pour arrêter les femmes non voilées

© Unsplash/Omid Armin
En Iran, les femmes et les jeunes filles sont tenues par la loi de respecter un code vestimentaire en dehors de leur domicile.

Iran : l’ONU alarmée par le redéploiement de « patrouilles de moralité » pour arrêter les femmes non voilées

Femmes

Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU s’est préoccupé, vendredi, des informations faisant état de femmes iraniennes violemment chassées des rues par la police dans le cadre de la répression concernant le port du hijab.

« Nous avons reçu des informations selon lesquelles la police en uniforme et en civil en Iran exerce une répression violente dans tout le pays contre les femmes et les jeunes filles dans le cadre des lois strictes sur le hijab - ainsi que contre les hommes qui les soutiennent », a déclaré lors d’un point de presse à Genève, Jeremy Laurence, porte-parole du HCDH.

Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), des rapports font état d’arrestations et de harcèlements généralisés de femmes et de jeunes filles, souvent âgées de 15 à 17 ans. 

Un nouvel organe chargé de faire appliquer les lois sur le hijab

Des rapports des médias et des vidéos non authentifiées ont montré ces derniers jours des témoignages poignants de femmes traînées dans les rues d’Iran et détenues par les services de sécurité. 

Le 21 avril, le chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de Téhéran a annoncé la création d’un nouvel organe chargé de faire appliquer les lois sur le hijab obligatoire, ajoutant que les membres du CGRI avaient été formés pour le faire « de manière plus sérieuse » dans les espaces publics. 

Selon des ONG, les règles relatives au hijab ont été brutalement appliquées depuis la mi-avril. 

Cette nouvelle campagne aurait été baptisée Noor (« lumière » en persan), et entend imposer des règles plus strictes du pays en matière de hijab, qui imposent à toutes les femmes de se couvrir la tête en public.

En outre, des rapports indiquent que des centaines d’entreprises ont été fermées de force parce qu’elles n’appliquaient pas les lois sur le hijab obligatoire, et que des caméras de surveillance sont utilisées pour identifier les conductrices qui ne respectent pas les lois.

Une jeune fille portant le hijab en Iran passe en courant devant une peinture murale indiquant, en persan, "Dieu aime les enfants qui disent leur 'namaz' [prières]". ( Archive)
UNICEF/Aslan Arfa
Une jeune fille portant le hijab en Iran passe en courant devant une peinture murale indiquant, en persan, "Dieu aime les enfants qui disent leur 'namaz' [prières]". ( Archive)

Un projet de loi pour promouvoir la chasteté et le hijab

 « Le Haut-Commissaire Volker Türk appelle le gouvernement iranien à éliminer toutes les formes de discrimination et de violence fondées sur le sexe, notamment en révisant et en abrogeant les lois, les politiques et les pratiques préjudiciables, conformément aux normes internationales en matière de droits de l’homme », a ajouté M. Laurence. 

Les services du Haut-Commissaire Türk sont également très préoccupés par le fait qu’un projet de loi intitulé « Soutenir la famille en promouvant la culture de la chasteté et du hijab » - qui impose des peines encore plus sévères - est sur le point d’être approuvé par le Conseil des gardiens de la Constitution. 

La dernière version du projet de loi n’a pas été rendue publique, mais une version antérieure stipule que les personnes reconnues coupables d’avoir enfreint le code vestimentaire obligatoire risquent jusqu’à dix ans d’emprisonnement, la flagellation et des amendes. 

« Ce projet de loi doit être abandonné », a insisté le porte-parole, rappelant que les châtiments corporels constituent une forme de peine ou de traitement cruel.

Peine de mort pour le rappeur Toomaj Salehi

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Par ailleurs, le Haut-Commissariat s’est inquiété du sort du rappeur Toomaj Salehi condamné à mort cette semaine par le tribunal révolutionnaire d’Ispahan. 

Il a été reconnu coupable et condamné pour « corruption sur terre » en raison des opinions qu’il a exprimées dans le cadre des manifestations nationales de 2022 à la suite du décès de Jina Mahsa Amini. 

La Haut-Commissaire demande instamment aux autorités d’annuler la condamnation de Toomaj Salehi et appelle à sa libération immédiate et inconditionnelle. Toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé leur liberté d’opinion et d’expression, y compris l’expression artistique, doivent être libérées. 

Hier jeudi, dix experts de l’ONU se sont « alarmés » par la condamnation à mort de ce rappeur populaire, soutien du mouvement de contestation contre le pouvoir.

Selon l’ONU, neuf hommes ont déjà été exécutés dans le cadre des manifestations de 2022.

Face à cette situation, le chef des droits de l’homme de l’ONU demande instamment à Téhéran de cesser immédiatement d’appliquer la peine de mort et d’instaurer un moratoire sur son application.