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L’OMS alarmée par la situation dramatique du système de santé à Gaza

Un agent de santé soigne des enfants blessés à Gaza.
© WHO
Un agent de santé soigne des enfants blessés à Gaza.

L’OMS alarmée par la situation dramatique du système de santé à Gaza

Paix et sécurité

Une catastrophe humanitaire se déroule actuellement dans la bande de Gaza, avec un système de santé qui s’effondre « très rapidement », a alerté mardi l’Agence sanitaire mondiale des Nations Unies.

« Ce n’est pas seulement 85% de la population qui a été déplacée. Beaucoup d’entre eux ont été déplacés plusieurs fois ici à Rafah, où je me trouve », a déclaré lors d’un point de presse virtuel à Genève, Sean Casey, Coordinateur des équipes médicales d’urgence de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Gaza.

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Il a décrit une situation avec des abris spontanés partout, des gens dormant sous des bâches, sous des tentes de fortune, dans des abris très encombrés.

« Mais en même temps, nous voyons cette catastrophe humanitaire se dérouler sous nos yeux. Nous voyons le système de santé s’effondrer très rapidement », a-t-il ajouté. Dans plusieurs zones de Gaza, des hôpitaux ferment, des patients n’ont pas accès aux établissements de santé.

Hostilités et ordres d’évacuation entravent l’accès aux hôpitaux

De plus, le personnel de santé est contraint de fuir. « Il y a deux jours à peine, j’étais à l’hôpital Al-Aqsa, dans la zone centrale. À mon arrivée, le directeur de l’hôpital nous a dit qu’au cours des trois ou quatre jours précédant notre arrivée, il avait perdu 70% de son personnel », a décrit le Coordinateur, relevant que ces derniers avaient fui avec leurs familles, craignant que des ordres d’évacuation soient donnés dans la région.

Ce soir-là, les hostilités se sont intensifiées autour de l’hôpital et des centaines de patients, ceux qui étaient assez bien pour fuir ou qui avaient des soignants, des gens qui les aidaient à partir, sont partis et ont fui vers le sud, et une grande partie du personnel est également partie.

Alors que le nombre des victimes augmente, la capacité à les traiter continue d’être menacée. Les hostilités et les ordres d’évacuation dans la zone intermédiaire et à Khan Younis à Gaza entravent l’accès aux hôpitaux pour les patients et les ambulances, et compliquent considérablement la tâche de l’OMS qui doit se rendre dans ces hôpitaux pour apporter des fournitures et du carburant.

L’OMS ne peut accéder au nord de Gaza depuis deux semaines

L’hôpital européen de Gaza, le complexe médical Nasser et Al-Aqsa se trouvent à proximité des zones d’évacuation. Selon l’OMS, ces trois hôpitaux sont une planche de salut dans le sud, où vivent environ 2 millions de personnes.

« La restriction des flux de fournitures et de l’accès, ainsi que l’évacuation du personnel médical de nombreux hôpitaux par crainte pour sa sécurité, conduisent à un désastre et rendront de plus en plus d’hôpitaux non fonctionnels, comme on l’a vu dans le nord du pays », a affirmé pour sa part, le Dr Rik Peeperkorn, Représentant de l’OMS pour le territoire palestinien occupé, exhortant la communauté internationale à ne permettre un tel scénario.

C’est dans ce climat préoccupant que l’OMS a du mal à accéder au nord de Gaza depuis deux semaines. Depuis le 26 décembre, l’agence onusienne a été contrainte d’annuler six missions prévues. « Notre équipe est prête à intervenir, mais nous n’avons pas reçu les autorisations nécessaires pour procéder en toute sécurité », a détaillé le Dr Peeperkorn.

Par ailleurs, l’intensification des hostilités entrave les opérations de l’OMS dans le sud. Dans ces conditions, l’OMS réitère son appel à l’accès.

« Accès, accès, accès - non seulement pour l’acheminement des fournitures humanitaires à Gaza, mais aussi pour l’aide humanitaire et les travailleurs à l’intérieur de Gaza, afin que nous puissions atteindre les gens où qu’ils se trouvent », a fait valoir le Dr Peeperkorn.

Une femme porte un enfant alors qu’elle se dirige vers le sud de Gaza.
© UNICEF/Eyad El Baba
Une femme porte un enfant alors qu’elle se dirige vers le sud de Gaza.

L’OMS s’inquiète du sort de 66 agents de santé toujours détenus

Sur un autre plan, 21 des 36 hôpitaux ne fonctionnent pas. Seule une quinzaine d’hôpitaux fonctionnent partiellement (9 dans le sud, 6 dans le nord). L’OMS a également recensé 590 attaques contre les soins de santé dans le territoire palestinien occupé depuis le 7 octobre.  Plus de 300 attaques dans la bande de Gaza ont fait 606 morts. Les attaques ont touché 94 établissements de santé (dont 26 hôpitaux endommagés sur 36) et 79 ambulances (dont 41 ont été endommagées).

Par ailleurs, l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU s’est également dit préoccupée du sort d’au moins 66 agents de santé qui sont toujours détenus. Le ministère de la Santé, l’OMS et le Croissant-Rouge palestinien ne disposent d’aucune information sur le lieu de détention de ces travailleurs de la santé.

A noter que 1,9 million de gens soit près de 85% de la population totale de Gaza, sont des déplacés, dont certaines plusieurs fois, étant donné que des familles sont forcées de fuir à plusieurs reprises.  Près de 1,4 million de déplacés sont hébergés dans 155 infrastructures de l’agence des Nations Unies chargée des réfugiés palestiniens, l'UNRWA, qui ont dépassé leur capacité d’accueil.