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Une experte de l’ONU appelle la RCA à prévenir et punir la traite des femmes et des enfants

Marceline (à gauche) et une amie en République centrafricaine. Marceline est une survivante de violences commises en période de conflit en RCA. (archives)
Rena Effendi
Marceline (à gauche) et une amie en République centrafricaine. Marceline est une survivante de violences commises en période de conflit en RCA. (archives)

Une experte de l’ONU appelle la RCA à prévenir et punir la traite des femmes et des enfants

Droits de l'homme

La République centrafricaine (RCA) doit intensifier ses efforts pour prévenir la traite des femmes et des enfants, a souligné ce jeudi une experte indépendante des droits humains des Nations Unies.

De retour d’une visite de 7 jours dans le pays, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la traite des personnes Siobhán Mullally a déclaré que le recrutement d'enfants par des groupes armés et les enlèvements à des fins de mariage d'enfants et de mariage forcé, ainsi que d'esclavage sexuel, restaient très préoccupants en RCA.

L'experte s'est notamment rendue à Bria, où se trouve le plus grand camp de personnes déplacées du pays, et s'est entretenue avec des personnes qui ont fui les vagues successives de violence.

Elle a félicité le gouvernement et les communautés d'accueil pour leur accueil des réfugiés et des personnes déplacées, et a appelé la communauté internationale à apporter son soutien pour prévenir les risques de traite.

Elle a aussi appelé au renforcement de la présence et du rôle des autorités étatiques en dehors de la capitale Bangui, à la mise en œuvre effective des lois visant à lutter contre la traite et à l'accès à la justice pour les victimes, ainsi qu'à la lutte contre l'impunité.

« Élargir l’accès à l’éducation »

« Je salue la volonté politique du Président et du gouvernement de lutter contre la traite des êtres humains, mais je souligne que les autorités doivent renforcer les mesures de prévention et améliorer la protection et le soutien aux victimes, y compris les victimes de la traite liée au conflit », a-t-elle déclaré dans un communiqué émis à l'issue de sa visite. 

Mme Mullally a appelé à la poursuite des actions visant à prévenir la traite à des fins d'exploitation, y compris la traite liée au conflit, à garantir l'assistance et la protection aux victimes et l’application du principe de responsabilité. Se félicitant de l'engagement constructif avec le gouvernement au cours de sa visite, l'experte de l'ONU a également rencontré des activistes féministes, des femmes leaders, des leaders communautaires et des avocats.

« L'impact continu du conflit, du changement climatique et des déplacements, combiné à l'insécurité alimentaire et à l'accès limité à l'éducation, augmente considérablement les risques de traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants », a dit Mme Mullally. Pour prévenir la traite des enfants, la RCA doit élargir l'accès à l'éducation et renforcer les systèmes de protection de l'enfance, a relevé l’experte. 

Loi globale et plan d’action

Si elle a salué les mesures importantes prises pour renforcer la responsabilité en matière de traite des personnes - notamment l'adoption d'une loi globale et d'un plan d'action – elle a toutefois observé que l'inégalité entre les sexes et les risques élevés de traite à des fins de mariage d'enfants et de mariage forcé, d'esclavage sexuel et de servitude domestique touchaient particulièrement les femmes et les filles.  

Une prévention efficace de la traite nécessite des mesures de lutte contre la pauvreté et d'autonomisation des femmes et des filles, « notamment par l'éducation, l'accès à des moyens de subsistance et à un travail décent, et la protection sociale », a-t-elle poursuivi.

La République centrafricaine reste l'un des pays les plus pauvres du monde, malgré d'importantes ressources naturelles.

NOTE :

Les Rapporteurs spéciaux font partie des procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand groupe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations Unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations nationales spécifiques, soit de questions thématiques dans toutes les parties du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations Unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et travaillent à titre individuel.