L'actualité mondiale Un regard humain

Yémen : le transfert de pétrole d'un navire en décomposition devrait commencer la semaine prochaine

Le superpétrolier FSO Safer a été abandonné au large du port yéménite de Hodeïda en mer Rouge après le déclenchement de la guerre civile dans le pays en 2015.
© Holm Akhdar
Le superpétrolier FSO Safer a été abandonné au large du port yéménite de Hodeïda en mer Rouge après le déclenchement de la guerre civile dans le pays en 2015.

Yémen : le transfert de pétrole d'un navire en décomposition devrait commencer la semaine prochaine

Aide humanitaire

Le transfert de pétrole brut du pétrolier délabré Safer échoué au large des côtes du Yémen devrait commencer au début de la semaine prochaine, a déclaré lundi un haut responsable humanitaire des Nations Unies au Conseil de sécurité.

Transportant plus de 1,1 million de barils de pétrole, le superpétrolier FSO Safer a été abandonné au large du port yéménite de Hodeïda en mer Rouge après le déclenchement de la guerre civile dans le pays en 2015. Depuis lors, le navire s'est considérablement détérioré en l'absence de tout entretien ou maintenance, suscitant la crainte d'une catastrophe environnementale majeure.

Selon David Gressly, Coordinateur résident et humanitaire des Nations Unies pour le Yémen, le navire Nautica s'apprête à quitter Djibouti. Il s'amarrera le long du Safer et le transfert une fois commencé prendra environ deux semaines.

« L'achèvement du transfert de navire à navire du pétrole d'ici le début du mois d'août sera un moment où le monde entier pourra pousser un soupir de soulagement », a déclaré M. Gressly, ajoutant que « la pire catastrophe humanitaire, environnementale et économique causée par une marée noire massive aura été évitée ».

Une fois le pétrole déchargé, la prochaine étape critique comprendra la livraison et l'installation d'une bouée d'amarrage, fixée au fond marin et à laquelle sera attaché le navire de remplacement. La bouée doit être en place d'ici septembre.

Soutenu par un financement d’États membres, du secteur privé et du grand public, qui a contribué 300.000 dollars par le biais d'une campagne de financement participatif, l'ONU a levé environ 118 millions de dollars sur le budget estimé de 148 millions de dollars pour cette opération.

La vaste coalition qui travaille à prévenir la catastrophe comprend également des groupes environnementaux, dont Greenpeace et, au Yémen, Holm Akhdar ; ainsi que plusieurs entités des Nations Unies.

La situation reste « fragile et difficile » au Yémen

Lors d'une réunion distincte des 15 membres du Conseil de sécurité lundi, l'Envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a appelé les parties belligérantes à réaliser une « percée sérieuse » dans les discussions actuelles pour enfin mettre fin au conflit entre une coalition internationale qui soutient le gouvernement reconnu et les rebelles houthis.

Il a déclaré que malgré une période de calme relatif, la situation au Yémen reste fragile et difficile, et que le pays « ne peut pas se permettre une paix saisonnière ».

L'Envoyé spécial a souligné la nécessité pour les parties au conflit de « faire de nouveaux pas audacieux vers une paix durable et juste ». « Cela signifie la fin du conflit avec la promesse d’une gouvernance nationale et locale responsable, d’une justice économique et environnementale et des garanties d'égalité de citoyenneté pour tous les Yéménites, quels que soient leur sexe, leur religion, leur origine ou leur race », a-t-il dit.

Dans son exposé, M. Grundberg a décrit un plan d'action comprenant un arrêt immédiat des provocations militaires et un cessez-le-feu durable à l'échelle nationale et la prise en compte des priorités économiques à plus long terme.

Il a ajouté que les parties doivent convenir d'une voie claire pour relancer un processus politique intra-yéménite, sous les auspices de l'ONU.

Un garçon portant un bidon d'eau dans le quartier Ala'amaseer de la ville d'Aden, au Yémen, le 29 avril 2020.
© UNICEF
Un garçon portant un bidon d'eau dans le quartier Ala'amaseer de la ville d'Aden, au Yémen, le 29 avril 2020.

Des besoins humanitaires toujours élevés

La Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d'urgence, Joyce Msuya, a prévenu les membres du Conseil de sécurité que les besoins humanitaires au Yémen resteront élevés dans un avenir prévisible.

En 2023, les agences de secours visent à atteindre 17,3 millions de personnes, sur un nombre impressionnant de 21,6 millions de personnes ayant besoin d'aide, a-t-elle déclaré, ajoutant qu'à mi-parcours de l'année, le plan de réponse humanitaire pour le Yémen n'est financé qu'à 29%.

« Alors que le processus politique progresse, nous devons rester vigilants et actifs sur le front humanitaire. Avec un meilleur financement et un meilleur accès, nous pouvons étendre notre portée et améliorer la protection des civils - mais nous avons également besoin d'un soutien pour les mesures visant à améliorer l'économie du Yémen », a-t-elle conclu.

Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda

Par ailleurs, le Conseil de sécurité a décidé lundi à l’unanimité de proroger jusqu’au 14 juillet 2024 le mandat de la Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH) qui est de faciliter l’application de l’Accord sur la ville de Hodeïda et les ports de Hodeïda, de Salif et de Ras Issa, comme le prévoit l’Accord de Stockholm.

En adoptant la résolution 2691 (2023), le Conseil déclare par ailleurs son intention d’examiner le mandat de la Mission et d’y apporter toute modification rendue nécessaire par l’évolution de la situation sur le terrain, notamment un cessez-le-feu durable à l’échelle du pays. 

Conclu le 13 décembre 2018 entre le gouvernement yéménite et les rebelles houthistes, l’Accord de Stockholm prévoit notamment un cessez-le-feu dans la province de Hodeïda et un redéploiement mutuel des forces de la ville de Hodeïda et des trois ports qui étaient sous contrôle houthiste.