Les inégalités en matière de santé entraînent de nombreux décès prématurés chez les personnes handicapées

Dmitry Kuzuk milite pour les droits des personnes handicapées en Moldavie.
PNUD Moldavie / Ion Buga
Dmitry Kuzuk milite pour les droits des personnes handicapées en Moldavie.

Les inégalités en matière de santé entraînent de nombreux décès prématurés chez les personnes handicapées

Santé

Le risque de décès prématuré et de maladie est plus élevé pour de nombreuses personnes handicapées que pour d’autres personnes dans la société, selon un nouveau rapport par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).  

Publié vendredi à la veille de la Journée internationale des personnes handicapées, le  Rapport mondial sur l’équité en santé pour les personnes handicapées (Global report on health equity for persons with disabilities) montre qu’en raison d’inégalités systémiques et persistantes en matière de santé, de nombreuses personnes handicapées courent le risque de mourir beaucoup plus tôt – jusqu’à 20 ans plus tôt –, que les personnes qui n’ont aucun handicap. 

De même, elles sont davantage susceptibles de développer des maladies chroniques, le risque étant jusqu’à deux fois plus élevé pour l’asthme, la dépression, le diabète, l’obésité, les maladies buccodentaires et les accidents vasculaires cérébraux. Or, bon nombre des différences que l’on observe dans les résultats en matière de santé ne peuvent s’expliquer par la pathologie ou l’incapacité sous-jacentes, mais bien par des facteurs évitables, iniques et injustes. 

Ce rapport montre que ce sont désormais 1,3 milliard de personnes qui vivent avec un handicap important dans le monde (soit 1 personne sur 6). Ce chiffre prouve bien à quel point il importe de faire en sorte que les personnes handicapées participent pleinement et effectivement à tous les aspects de la société et d’intégrer les principes d’inclusion, d’accessibilité et de non-discrimination dans le secteur de la santé.

Les facteurs injustes

Le rapport souligne la nécessité d’agir rapidement pour corriger les formidables inégalités en matière de santé induites par des facteurs injustes et iniques au sein des systèmes de santé. Ces facteurs, qui expliquent en grande partie les différences observées dans les résultats en matière de santé entre les personnes handicapées et celles qui n’ont pas de handicap, peuvent prendre plusieurs formes : 

  • une attitude négative de la part des prestataires de soins de santé, 
  • des renseignements sur la santé présentés d’une manière qui ne peut être comprise, 
  • des difficultés pour accéder à un centre de santé en raison de l’environnement matériel, du manque de transport ou d’obstacles financiers. 

« Les systèmes de santé devraient aplanir les difficultés auxquelles se heurtent les personnes handicapées et non s’y ajouter », a déclaré le Directeur général de l’OMS, le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Ce rapport met en lumière les inégalités auxquelles font face les personnes handicapées lorsqu’elles tentent d’accéder à des soins dont elles ont besoin. L’OMS s’est engagée à soutenir les pays en leur fournissant les orientations et les outils dont ils ont besoin pour faire en sorte que toutes les personnes handicapées aient accès à des services de santé de qualité ». 

Sachant qu’environ 80% des personnes handicapées vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire où les services de santé sont limités, il pourrait être difficile de s’attaquer aux inégalités dans ce domaine. Pourtant, même avec des ressources limitées, on peut faire beaucoup. 

Des actions ciblées et globales

Le rapport décrit 40 mesures que les pouvoirs publics devraient prendre dans le secteur de la santé. Il s’agit de mesures pour lesquelles les moyens requis sont différents et qui vont de la mise en conformité des infrastructures matérielles à la formation des agents de santé et d’aide à la personne. 

Garantir l’équité en santé pour les personnes handicapées aura également des avantages plus larges et peut faire progresser les priorités mondiales en matière de santé de trois façons :

  • l’équité en santé pour tous est essentielle à la réalisation de la couverture sanitaire universelle,
  • des interventions de santé publique ouvertes à tous, qui sont administrées de manière équitable auprès de différents secteurs de la société, peuvent contribuer à la santé des populations, et
  • la promotion de l’équité en santé pour les personnes handicapées est un élément central de tous les efforts visant à protéger tout le monde dans les situations d’urgence sanitaire. 

« Lutter contre les inégalités en matière de santé pour les personnes handicapées profite à tout le monde », a déclaré la Dre. Bente Mikkelsen, Directrice du Département Maladies non transmissibles à l’OMS. « Les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies non transmissibles, les migrants et les réfugiés, ou d’autres populations souvent oubliées des services, peuvent bénéficier d’approches qui ciblent les difficultés persistantes rencontrées lorsqu’il s’agit de tenir compte du handicap dans le secteur de la santé ». 

Des filles handicapées jouent au basket en République démocratique du Congo.
© UNOCHA/Maxime Nama
Des filles handicapées jouent au basket en République démocratique du Congo.

Rendre le monde accessible et équitable

La Journée internationale des personnes handicapées met l’accent cette année sur le rôle que joue l’innovation pour rendre le monde accessible et équitable. 

« Notre monde traverse toute une série de crises, dont les personnes handicapées ressentent les effets de manière disproportionnée. Il nous faut des solutions radicales si nous voulons sauver les objectifs de développement durable et ne laisser personne de côté », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un message.  

Selon lui, les secteurs public et privé doivent collaborer davantage pour élaborer à l’intention des personnes handicapées des stratégies qui soient les leurs. « La pierre angulaire de cette coopération doit être la participation active des personnes handicapées, dans toute leur diversité, et leur pleine inclusion dans les prises de décisions », a-t-il dit. 

Il a noté que l’innovation et la technologie peuvent être de puissants outils d’inclusion. Elles peuvent améliorer l’accès à l’information, à l’éducation et à la formation continue, ou encore permettre aux personnes handicapées de participer au marché du travail et à la société en général, à égalité avec les autres. « Mais pour que la technologie tienne ses promesses, il nous faut réduire la fracture numérique et protéger les droits humains dans l’espace numérique », a souligné le chef de l’ONU. 

« Aujourd’hui, 14 ans après l’adoption de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, en faisons-nous assez ? », s’est interrogée pour sa part la Directrice générale de l'Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Audrey Azoulay. 

Selon elle, « l’obstacle, ce n’est pas le handicap mais l’accessibilité. Voilà pourquoi l’UNESCO œuvre à favoriser l’inclusion des personnes handicapées dans l’ensemble de ses domaines de compétence ». 

« Par exemple, nous nous efforçons de rendre l’éducation plus accessible, notamment par le biais de lignes directrices pour des ressources éducatives ouvertes et inclusives. Nous sommes également déterminés à favoriser l’accès universel à l’information, notamment grâce aux indicateurs de l’universalité de l’Internet », a ajouté la cheffe de l’UNESCO.