La Conseillère spéciale de l’ONU pour la prévention du génocide alarmée par l’escalade de la violence en RDC

De nombreuses familles se sont réfugiées sur le site de Kanyaruchinya pour personnes déplacées dans la province du Nord-Kivu suite aux combats dans l'est de la RDC.
© UNICEF/Jospin Benekire
De nombreuses familles se sont réfugiées sur le site de Kanyaruchinya pour personnes déplacées dans la province du Nord-Kivu suite aux combats dans l'est de la RDC.

La Conseillère spéciale de l’ONU pour la prévention du génocide alarmée par l’escalade de la violence en RDC

Droit et prévention du crime

A l’issue d’une visite en République démocratique du Congo (RDC) du 10 au 13 novembre 2022, la Conseillère spéciale des Nations Unies pour la prévention du génocide, Alice Wairimu Nderitu s’est déclarée mercredi profondément alarmée par l'escalade de la violence dans la région des Grands Lacs où un génocide - le génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda - s'est produit.

« La violence actuelle est un signe avant-coureur de la fragilité de la société et la preuve de la présence persistante des conditions qui ont permis à la haine et à la violence à grande échelle d'éclater en un génocide dans le passé », a-t-elle dit dans un communiqué de presse.

Sa visite faisait suite à une mission de niveau technique de son bureau qui a établi que les indicateurs et éléments déclencheurs d’atrocités étaient présents en RDC, notamment la diffusion de discours de haine et l’absence de mécanismes indépendants pour y faire face ; la politisation de l'identité ; la prolifération des milices locales et autres groupes armés à travers le pays ; les attaques généralisées et systématiques, y compris des violences sexuelles, contre en particulier les Banyamulenge sur la base de leur appartenance ethnique et de leur allégeance présumée aux pays voisins ; et les tensions intergroupes.

Violences intercommunautaires dans l’ouest

La Conseillère spéciale est également profondément préoccupée par les violences intercommunautaires en cours dans l'ouest de la RDC entre les communautés ethniques Suku, Mbala, Yansi, Songe, Luba, Kongo, Yaka et Teke. Plusieurs personnes ont été blessées et tuées, de nombreuses maisons pillées et incendiées et les forces armées congolaises (FARDC) ont été attaquées.

Alice Wairimu Nderitu, Conseillère spéciale pour la prévention du génocide.

« Dans l'est de la RDC, la violence actuelle découle principalement de la crise des réfugiés qui a entraîné la fuite de nombreux individus impliqués dans le génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda vers l'est de la RDC, formant des groupes armés tels que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) qui est toujours active dans l'est de la RDC », a indiqué Alice Wairimu Nderitu. « En réponse à la présence de ce groupe armé, de nouveaux groupes armés se sont formés et l'échec à traduire les acteurs armés non étatiques en est la conséquence que nous constatons maintenant ».

La Conseillère spéciale a noté que pour trouver une solution au conflit en cours dans l'est de la RDC, il faudrait s'attaquer aux causes sous-jacentes de la violence et tirer les leçons du passé.

« Les abus qui se produisent actuellement dans l'est de la RDC, y compris le ciblage de civils en raison de leur appartenance ethnique ou de leur affiliation présumée aux parties belligérantes, doivent cesser. Notre engagement collectif à ne pas oublier les atrocités passées constitue une obligation d'empêcher qu'elles ne se reproduisent », a-t-elle souligné.

Elections en 2023

Réitérant sa déclaration du 17 juin 2022 publiée conjointement avec la Haute-Commissaire aux droits de l'homme de l'époque, Michelle Bachelet, la Conseillère spéciale s'est dit particulièrement préoccupée par l'impact sur les civils de la récente recrudescence des hostilités entre le groupe armé M23 et les FARDC.

Alice Wairimu Nderitu a déclaré que la situation tant à l'Est qu'à l'Ouest du pays était particulièrement alarmante alors que la RDC se préparait aux élections nationales de 2023.

Au cours de la visite en RDC, elle a souligné son soutien continu au renforcement des mécanismes de prévention existants, tels que l'opérationnalisation du Comité national de la RDC pour la prévention et la répression du crime de génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité et de toutes les formes de discrimination.

La Conseillère spéciale a réitéré que si la responsabilité première de prévenir les atrocités criminelles incombe à la RDC en tant qu'État, toutes les parties au conflit violent doivent travailler de toute urgence à la recherche d'une solution politique qui apportera une paix globale et durable à la RDC en s'attaquant aux causes profondes des divisions et de la violence.