Haïti : le nombre de cas suspects de choléra a presque doublé en une semaine

Une femme souffrant du choléra est soignée dans un hôpital à Port-au-Prince, en Haïti.
© UNICEF/Odelyn Joseph
Une femme souffrant du choléra est soignée dans un hôpital à Port-au-Prince, en Haïti.

Haïti : le nombre de cas suspects de choléra a presque doublé en une semaine

Santé

Alors que le choléra continue de se propager en Haïti et que le nombre de cas suspects a presque doublé en une semaine, le département de l’Ouest continue de rapporter le plus grand nombre de cas de choléra, a annoncé mercredi la branche panaméricaine de l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU.

Ce département recense désormais plus de 90% de tous les cas suspects enregistrés (sans compter les 368 cas suspects de la prison de Port-au-Prince). Les communes de Cité-Soleil et Port-au-Prince représentent les deux tiers de tous les cas suspects rapportés dans le département de l’Ouest.

Selon le bureau régional des Amériques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’expansion géographique est toutefois notable. Des cas sont confirmés dans quatre départements (Artibonite, Centre, Grand-Anse et Ouest).

Trois autres départements rapportent des cas suspects. « Des cas suspects continuent d’être étudiés dans d’autres départements, notamment dans les Nippes, avec 40 cas suspects », a détaillé l’OMS.

Plus de 6.800 cas suspects, 653 confirmés et 114 décès liés au choléra

Depuis la notification des deux premiers cas confirmés de choléra dans l’agglomération de Port-au-Prince le 2 octobre 2022, le ministère de la Santé publique et de la Population de Haïti, a rapporté un total de 6.814 cas suspects dans 7 départements du pays.

Dans ce lot figurent 653 cas confirmés, 5.628 cas suspects hospitalisés et 144 décès enregistrés, selon un décompte effectué le 6 novembre 2022.

Cela représente une augmentation de 64% des cas confirmés et de 62% des décès  par rapport à la mise à jour du 1er novembre 2022.

Dans la prison de Port-au-Prince, une épidémie de choléra a été enregistrée qui a permis d’identifier 368 cas suspects à ce jour, dont 14 cas confirmés et 14 décès.

Par ailleurs, sur un total de 1.585 échantillons analysés par le Laboratoire national de santé publique, 639 ont été confirmés, soit un taux de positivité de 40%.

Des personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti. (archives)
© OIM Haiti/Monica Chiriac
Des personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti. (archives)

Les enlèvements et les affrontements entre gangs en hausse

Cette hausse des cas de choléra intervient alors que « les kidnappings et les affrontements entre gangs sont en hausse même si le climat social semble s’apaiser ».

« Les kidnappings sont, par ailleurs, en hausse, ainsi que les décès et déplacements causés par des heurts entre gangs », a indiqué dans son dernier rapport de situation, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Les affrontements entre le gang « 400 Mawozo » et la bande à Vitélhomme dans le quartier Village de Noailles à Croix-des-Bouquets ont ainsi causé la mort d’au moins 16 personnes dont sept pour la seule journée du 17 octobre. Ce qui porte le nombre total de décès dans la commune de Croix-des-Bouquets à 71 entre le 10 et le 21 octobre selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme.

Dans le même temps, 12 viols ont été rapportés. En outre, 200 personnes ont fui auprès de communautés hôtes depuis le 12 octobre,.

Au cours des dernières semaines, trois journalistes ont également été la cible d’attaques. Le dernier meurtre a été perpétré 30 octobre 2022, quand le journaliste Romelson Vilcin a été assassiné au Commissariat de Delmas 33 en couvrant l’arrestation de son confrère Robeste Dimanche, qui était en garde à vue.

« Selon le Réseau national de défense des droits humains, au moins 19 journalistes ont été assassinés ou blessés depuis janvier 2022 en Haïti », indique OCHA.

D’une manière générale, si l’on note un nombre plus réduit de mouvements sociaux (barricades, manifestations) à travers le pays, Haïti reste grandement affecté par les activités des gangs, particulièrement actifs au cours des dernières semaines. Les activités de gangs entravent les déplacements via les principales routes nationales du pays.

L'UNICEF distribue des articles de secours aux personnes vulnérables de Cité Soleil, en Haïti.
PAM/Theresa Piorr
L'UNICEF distribue des articles de secours aux personnes vulnérables de Cité Soleil, en Haïti.

L’OMS et l’UNICEF livrent 14 tonnes de fournitures essentielles

Face à cette situation humanitaire préoccupante et la propagation de l’épidémie de choléra, les Nations Unies et leurs partenaires intensifient leur aide à Haïti.

L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le bureau régional pour les Amériques de l’OMS, continue de soutenir le ministère de la Santé haïtien dans la surveillance épidémiologique, a déclaré Stéphanie Tremblay, une porte-parole de l’ONU.

L’OPS, qui a signalé que l’épidémie s’était propagée la semaine dernière au-delà de la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince, distribue du matériel médical et des produits thérapeutiques aux 20 centres de traitement du choléra en activité dans le pays, a précisé Mme Tremblay.

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’OMS ont déclaré avoir transporté environ 14 tonnes de fournitures essentielles de Panama City (Panama), à Port-au-Prince pour la réponse au choléra, a-t-elle ajouté.

De plus, le Programme alimentaire mondial (PAM) a atteint, depuis la mi-septembre, plus de 71.000 personnes avec diverses aides, distribuant près de 600.000 dollars en espèces et 530 tonnes de nourriture. Le PAM a livré plus de 43.000 repas chauds aux personnes déplacées dans les sites d’hébergement et les centres de traitement du choléra à Port-au-Prince.

L’agence onusienne a également fourni du carburant à 24 de ses partenaires humanitaires. Le service aérien humanitaire des Nations Unies a effectué plus de 200 missions pour contribuer à l’effort d’intervention dans ce pays des Caraïbes.