Haïti : la communauté internationale doit agir immédiatement pour éviter une tragédie, alerte l'ONU

Des personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti (photo d'archives).
© IOM Haiti/Monica Chiriac
Des personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti (photo d'archives).

Haïti : la communauté internationale doit agir immédiatement pour éviter une tragédie, alerte l'ONU

Droits de l'homme

La communauté internationale doit agir immédiatement pour éviter une tragédie à Haïti, a mis en garde jeudi le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, relevant que des solutions urgentes à cette « crise prolongée et multiforme » doivent être trouvées.

Selon le Bureau des droits de l’homme de l’ONU, la violence armée incessante a précipité la descente d’Haïti dans la pire situation des droits de l’homme et humanitaire depuis des décennies.

La violence des gangs continue de s’étendre dans la capitale Port-au-Prince et dans d’autres régions du pays.

« Les enlèvements et les violences sexuelles commis par des membres de gangs sont utilisés comme armes pour affliger la population et semer la peur », a déclaré dans un communiqué, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk.

Plus de 71 personnes tuées, des femmes violées

En un peu plus d’une semaine à la mi-octobre, plus de 71 personnes ont été tuées, une douzaine de femmes ont été violées et des centaines d’habitants ont été contraints de fuir leur domicile, à la suite de guerres territoriales entre gangs rivaux à Croix-des-Bouquets, l’une des principales communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, selon le Service des droits humains du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).

Pour l’ONU, il y a un besoin urgent de s’attaquer aux causes profondes de l’inégalité et de la violence, y compris la corruption systématique et l’impunité endémique qui ont paralysé le développement du pays pendant des décennies.

La violence des gangs à Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, a forcé des milliers de femmes et d'enfants à fuir leurs domiciles (photo d'archives).
BINUH/Boulet-Groulx
La violence des gangs à Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, a forcé des milliers de femmes et d'enfants à fuir leurs domiciles (photo d'archives).

Une situation humanitaire désastreuse

« Le gouvernement doit s’engager fermement à renforcer le secteur judiciaire et d’autres mécanismes de reddition des comptes, notamment en créant des pôles judiciaires spécialisés pour lutter contre les crimes financiers et liés aux gangs », a indiqué le chef des droits de l'homme.

Plus largement, des gangs lourdement armés ont bloqué, au cours des deux derniers mois,  l’accès au principal terminal pétrolier et aux ports maritimes du pays, entravant gravement l’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux médicaments. Dans ces conditions, l’insécurité alimentaire est en hausse, avec un nombre record de 4,7 millions de personnes souffrant de faim aigüe – soit près de la moitié de la population.

« Des gens sont tués par armes à feu, ils meurent parce qu’ils n’ont pas accès à l’eau potable, à la nourriture, aux soins de santé, les femmes sont violées collectivement en toute impunité. Les niveaux d’insécurité et la situation humanitaire désastreuse ont été dévastateurs pour le peuple haïtien », a ajouté M. Türk.

Des personnes tuées lors de manifestations depuis août

« Haïti est au bord du gouffre », a-t-il fait valoir, relevant que la communauté internationale ne peut pas répéter les erreurs du passé. Bien que la lutte urgente contre la violence soit une priorité, les services du Haut-Commissaire estiment que le relèvement futur d’Haïti nécessite une action urgente pour s’attaquer aux causes profondes de cette crise multiforme.

Haïti est au bord du gouffre - Volker Türk

A ce sujet, la dernière résolution 2653 (2022) du Conseil de sécurité, établissant un régime de sanctions contre les gangs et imposant également un embargo ciblé sur les armes, est « une étape importante ».

Sur le terrain, des centaines de milliers de personnes manifestent depuis fin août pour protester contre les politiques gouvernementales, la hausse du coût de la vie et l’insécurité croissante. Selon les informations reçues, au moins 54 personnes ont été tuées lors de manifestations, dont la plupart seraient dues à un usage disproportionné de la force par des policiers.

La violence politique a également été documentée avec les meurtres d’éminents dirigeants politiques et de journalistes.

Une femme souffrant du choléra est soignée dans un hôpital à Port-au-Prince, en Haïti.
© UNICEF/Odelyn Joseph
Une femme souffrant du choléra est soignée dans un hôpital à Port-au-Prince, en Haïti.

L'épidémie de choléra a fait des dizaines de morts

Cet appel du chef des droits de l’homme de l’ONU intervient en pleine crise sécuritaire et d’épidémie de choléra. À ce jour, 2.600 cas suspects de choléra ont été signalés, dont la moitié étant des enfants, et ont fait des dizaines de morts.

Face à l’insécurité, mais aussi la crise humanitaire liée au choléra et au blocage de certains points stratégiques, le chef des droits de l’homme invite les pays à ne pas refouler des citoyens haïtiens. « Il est clair que les violations systématiques des droits en Haïti ne permettent pas actuellement le retour sûr, digne et durable des Haïtiens dans le pays », a-t-il averti.

« J’encourage également les gouvernements de la région à veiller à ce que tous les Haïtiens aient accès à un statut juridique, à une protection et à des services de soutien, quelles que soient les raisons pour lesquelles ils quittent leur pays », a insisté Volker Türk.

S’abstenir de tout retour forcé d’Haïtiens

Au milieu d’une crise humanitaire et sécuritaire dévastatrice en Haïti, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a également appelé, jeudi, les États de la région et au-delà à suspendre le retour forcé des Haïtiens dans leur pays.

« Compte tenu de cette situation très troublante, je lance un appel à tous les États pour qu’ils soient solidaires d’Haïti et les exhortent à ne pas renvoyer les Haïtiens dans un pays extrêmement fragile », a déclaré le Haut-Commissaire pour les réfugiés, Filippo Grandi.

Pour le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), le renvoi forcé de personnes vers un lieu où elles risquent d’être persécutées, torturées ou de subir d’autres préjudices graves ou irréparables équivaudrait à un « refoulement ». Cela est explicitement interdit par le droit international des réfugiés et des droits de l’homme.

La capitale haïtienne Port-au-Prince.
PNUD Haiti/Borja Lopetegui Gonzalez
La capitale haïtienne Port-au-Prince.

Mettre en place des dispositions de séjour jusqu'à que la situation s'améliore

Selon l’agence onusienne, le droit international interdit également les expulsions collectives et la détention arbitraire qui y est associée.

Le HCR appelle donc les États à mettre fin aux retours forcés de ressortissants haïtiens dont les demandes d’asile ont été rejetées avant les événements récents. Cela inclut les personnes qui n’avaient peut-être pas besoin de protection internationale auparavant, mais pour qui le changement de circonstances en Haïti présente de nouveaux motifs de demande d’asile.

Compte tenu de la situation catastrophique actuelle, l’agence onusienne encourage les gouvernements à veiller à ce que les Haïtiens aient accès à des services de protection et de soutien, quelles que soient les raisons pour lesquelles ils ont quitté leur pays.

Pour ceux qui ne sont pas éligibles à la protection des réfugiés, cela peut se faire par l’octroi d’une protection complémentaire, d’une protection temporaire, d’une admission humanitaire ou d’autres dispositions de séjour légal jusqu’à ce que la situation sécuritaire en Haïti permette des retours sûrs.