L’automatisation de l’agriculture au service de la transformation des systèmes agroalimentaires

Des agriculteurs de Kaffrine, au Sénégal, inspectent des machines agricoles.
Photo: FAO/Swiatoslaw Wojtkowiak
Des agriculteurs de Kaffrine, au Sénégal, inspectent des machines agricoles.

L’automatisation de l’agriculture au service de la transformation des systèmes agroalimentaires

Développement économique

L’automatisation de l’agriculture peut jouer un rôle important en rendant la production alimentaire plus efficace et plus respectueuse de l’environnement, indique l’édition 2022 de la Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, l’un des rapports phares publiés chaque année par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Cependant, son adoption disparate peut également aggraver les inégalités, surtout si elle reste inaccessible aux petits producteurs et à d’autres groupes marginalisés comme les jeunes et les femmes.

L’édition 2022 du rapport de la FAO porte sur la façon dont l’automatisation des systèmes agroalimentaires peut contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable et contient des recommandations à l’intention des décideurs sur la manière de maximiser les avantages et de minimiser les risques.

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« L'automatisation est la clé. Nous avons déjà vu que la mécanisation, qui fait partie de l'automatisation, a changé le visage de l'agriculture au cours du siècle dernier », a indiqué Andrea Cattaneo, Economiste principal de la FAO.

27 études de cas du monde entier

Les auteurs du rapport ont examiné 27 études de cas du monde entier donnant des exemples de technologies à différents stades d’évolution et adaptées aux divers niveaux de revenu et échelles de production des agriculteurs.

Ils ont étudié les facteurs ayant mené à l’adoption de ces technologies et ont mis en avant plusieurs obstacles empêchant leur utilisation, en particulier par les petits producteurs. Sur la base de cette analyse, ils suggèrent de mettre en place des politiques pour faire en sorte que l’automatisation de l’agriculture soit inclusive et contribue à des systèmes agroalimentaires durables et résilients.

« La question essentielle n’est pas de savoir s’il faut ou non se tourner vers l’automatisation, mais comment celle-ci doit être mise en œuvre dans la pratique », a indiqué le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu, ajoutant qu’il est important que cette évolution s’opère de façon inclusive et favorise la durabilité.

L’automatisation peut remédier aux pénuries de main-d’œuvre et rendre la production agricole plus résiliente et plus productive, améliorer la qualité des produits, accroître l’efficience d’utilisation des ressources, favoriser l’emploi décent et améliorer la durabilité environnementale.

La FAO explique que le progrès technologique et l'augmentation de la productivité sont essentiels pour sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté, de la faim, de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition.

L’automatisation encore très inégale

Une équipe d'experts du ministère de l'agriculture collabore avec la FAO pour utiliser des drones afin de recueillir des données visuelles sur les cultures de riz récemment endommagées dans la ville de Magalang, dans la province de Pampanga (Philippines).
©FAO/Veejay Villafranca
Une équipe d'experts du ministère de l'agriculture collabore avec la FAO pour utiliser des drones afin de recueillir des données visuelles sur les cultures de riz récemment endommagées dans la ville de Magalang, dans la province de Pampanga (Philippines).

L’évolution technologique s’est accélérée à un rythme impressionnant au cours des deux derniers siècles.

Aujourd’hui, une nouvelle révolution est en marche, et celle-ci fait appel aux technologies numériques : l’intelligence artificielle, les drones, la robotique, les capteurs et les systèmes mondiaux de navigation par satellite, ainsi que les appareils portatifs tels que les téléphones mobiles et les appareils intelligents connectés à l'Internet, (aussi appelé Internet des objets) connaissent une multiplication fulgurante.

L’économie du partage représente aussi une autre évolution importante. Les services de partage d’actifs en Afrique et en Asie, par exemple, sur le même principe que celui de l’application de transport privé avec chauffeur Uber, permet aux agriculteurs à la tête d’une petite ou moyenne exploitation d’accéder à du matériel coûteux, comme les tracteurs, sans avoir à l’acheter.

Mais le recours à l’automatisation est très inégal selon les pays et à l’intérieur de ceux-ci, et il est particulièrement limité en Afrique subsaharienne. Ainsi, en 2005, le Japon utilisait déjà plus de 400 tracteurs par millier d’hectares de terres arables, contre seulement 0,4 pour le Ghana.

De plus, certaines technologies n’ont pas dépassé le stade du prototype, tandis que d’autres voient leur diffusion entravée par le manque d’infrastructures rurales propices – connectivité et réseau d’électricité, par exemple –, en particulier dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire.

Le rapport indique aussi que certaines technologies – telles que les grosses machines motorisées – peuvent avoir des répercussions négatives sur l’environnement en concourant à la monoculture et à l’érosion des sols. Cependant, l’évolution récente des plus petites machines aide à résoudre ces problèmes.

Pour un changement technologique responsable

Des panneaux solaires sont entretenus dans une ferme de l'île Maurice.
PNUD/Stephane Belleros
Des panneaux solaires sont entretenus dans une ferme de l'île Maurice.

Sur la base de cette analyse, la publication propose une série de recommandations politiques centrées sur l'idée d'un changement technologique responsable.

L'investissement dans les infrastructures, l'éducation et la formation, la recherche et le développement, ainsi que le soutien aux processus d'innovation privés, font partie de ces actions. L'objectif est d'anticiper l'impact des technologies sur les personnes et l'environnement tout en promouvant des processus d'innovation inclusifs qui mettent l'accent sur les besoins des petits producteurs, des femmes et des jeunes.

Enfin, le rapport répond aux inquiétudes largement partagées que suscitent les effets préjudiciables, notamment les suppressions d’emplois et l’augmentation du chômage, qui peuvent découler d’un changement technologique permettant d’économiser de la main-d’œuvre. Bien que les auteurs concluent que ces inquiétudes sont excessives, ils conviennent que l’automatisation de l’agriculture peut entraîner une augmentation du chômage lorsque la main-d’œuvre rurale est abondante et que les salaires sont bas.

Dans de tels contextes, le rapport indique que les décideurs publics doivent éviter de subventionner l’automatisation, et s’attacher plutôt à créer un environnement propice à son adoption, tout en apportant une protection sociale aux travailleurs les moins qualifiés, qui risquent le plus de perdre leur emploi pendant la phase de transition.