Tchad : l'ONU condamne l’usage meurtrier de la force contre les manifestants

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.
Photo ONU/Violaine Martin
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.

Tchad : l'ONU condamne l’usage meurtrier de la force contre les manifestants

Droits de l'homme

Des affrontements meurtriers entre la police et des manifestants protestant contre la mainmise de l’armée sur le pouvoir ont éclaté au Tchad jeudi, faisant au moins 50 morts, dont des membres des forces de sécurité, mais aussi plus de 500 arrestations. Les Nations Unies ont condamné l’usage meurtrier de la force contre les manifestants et demandé l’ouverture d’une enquête impartiale.

« Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, déplore l’usage létal de la force contre les manifestants dans plusieurs villes du Tchad, y compris les meurtres par balles réelles », a déclaré lors d’une conférence de presse de l’ONU à Genève, Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

Les services du Haut-Commissaire indiquent avoir reçu également des rapports de violence de la part des manifestants suite à la répression létale, y compris des attaques contre des biens. Ils appellent au calme et demandent à toutes les parties de faire preuve de retenue après les affrontements de jeudi entre police et manifestants, réunis à l’appel de l’opposition contre le maintien au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby Itno.

L’ONU demande la libération immédiate des manifestants arrêtés

« Les autorités ont déclaré qu’une cinquantaine de personnes ont été tuées et près de 300 blessées lors des manifestations de jeudi contre la prolongation de 24 mois de la transition », a ajouté Mme Shamdasani, relevant que le bureau onusien a été informé que l’une des personnes tuées était un journaliste.

Face à ce bilan lourd, l’ONU appelle donc toutes les institutions publiques concernées à mener des enquêtes impartiales, rapides et efficaces sur les violations des droits de l’homme qui ont pu être commises, notamment sur le recours apparent à une force inutile ou disproportionnée pour disperser les manifestations.

Pour l’ONU, toutes les forces de défense et de sécurité doivent s’abstenir de recourir à la force contre les manifestants pacifiques. Il s’agit ainsi de veiller à ce que la force ne soit utilisée que si elle est strictement nécessaire et, le cas échéant, dans le plein respect des principes de légalité, de précaution et de proportionnalité.

Par ailleurs, les services du Haut-Commissaire Volker Türk font état d’au moins 500 personnes, qui ont été arrêtées après les manifestations dans la capitale tchadienne, N'Djaména et d’autres villes de ce pays d’Afrique centrale. « Toutes les personnes détenues pour avoir exercé leur droit de réunion pacifique doivent également être libérées rapidement », a fait valoir la porte-parole du HCDH.

Garantir l’exercice des droits à la réunion pacifique et à la liberté d’opinion

Le Bureau du HCDH au Tchad a reçu des informations de plusieurs sources selon lesquelles, tôt dans la matinée du 20 octobre, plusieurs centaines de manifestants, principalement des jeunes, ont commencé à manifester à N’Djamena, et que les forces de sécurité intérieure ont utilisé des gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles pour disperser les manifestants.

« Nous rappelons au Tchad qu’il est tenu par les obligations qui lui incombent en vertu du droit international des droits de l’homme de protéger et de respecter les droits de l’homme, notamment le droit à la vie, et de garantir l’exercice des droits à la réunion pacifique et à la liberté d’opinion et d’expression », a fait remarquer Mme Shamdasani.

Les Nations Unies expriment également leur solidarité avec la population touchée par les graves inondations dans le pays, et appellent les partenaires internationaux à continuer de fournir une assistance au Tchad.