Au Sommet mondial de la santé, 2,54 milliards de dollars sont promis pour mettre fin à la polio

Un nouveau-né de 13 jours reçoit le vaccin contre la poliomyélite dans la ville de Gadab, dans la province de Karachi Sindh, au Pakistan.
UNICEF/Asad Zaidi
Un nouveau-né de 13 jours reçoit le vaccin contre la poliomyélite dans la ville de Gadab, dans la province de Karachi Sindh, au Pakistan.

Au Sommet mondial de la santé, 2,54 milliards de dollars sont promis pour mettre fin à la polio

Santé

À l’occasion du Sommet mondial de la santé à Berlin, en Allemagne, 2,54 milliards de dollars ont été promis pour financer la Stratégie 2022-2026 de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP).

Ce financement soutiendra les efforts mondiaux visant à surmonter les derniers obstacles à l’éradication de la poliomyélite, à vacciner 370 millions d’enfants par an au cours des cinq prochaines années et à poursuivre la surveillance de la maladie dans 50 pays, a précisé l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans un communiqué de presse.

« Aucun endroit n’est sûr tant que la poliomyélite n’a pas été éradiquée partout. Tant que le virus existe encore quelque part dans le monde, il peut se propager, y compris dans notre propre pays. Nous avons aujourd’hui la possibilité réelle d’éradiquer complètement la poliomyélite, et nous voulons la saisir ensemble », a déclaré Svenja Schulze, ministre allemande de la Coopération économique et du développement.

La polio endémique au Pakistan et en Afghanistan

Le poliovirus sauvage est endémique dans deux pays seulement : le Pakistan et l’Afghanistan. Toutefois, alors qu’en 2021, six cas seulement avaient été enregistrés, on en compte 29 depuis le début de l’année, quelques nouveaux cas détectés dans le sud-est de l’Afrique étant liés à une souche originaire du Pakistan.

En outre, les flambées dues à des poliovirus circulants dérivés de souches vaccinales (PVDVc), des variants du poliovirus qui peuvent apparaître lorsque la couverture vaccinale est insuffisante, continuent de se propager dans certaines régions d’Afrique, d’Asie et d’Europe : de nouvelles flambées ont ainsi été détectées ces derniers mois aux États-Unis, en Israël et au Royaume-Uni.

« Les nouveaux cas de poliomyélite détectés cette année dans des pays jusqu’ici exempts de la maladie nous rappellent avec force que si nous n’atteignons pas notre objectif d’éradiquer la poliomyélite dans tous les pays, elle risque de réapparaître à l’échelle mondiale », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. « Nous sommes reconnaissants aux donateurs, nouveaux et plus anciens, pour le soutien qu’ils apportent en faveur de l’éradication, mais la stratégie 2022-2026 reste loin d’être pleinement financée. Nous devons nous souvenir des défis considérables que nous avons relevés pour aller aussi loin dans la lutte contre la poliomyélite, maintenir le cap et mener à bien cette tâche une bonne fois pour toutes », a-t-il ajouté.

À un moment difficile pour les pays du monde entier, les gouvernements et les partenaires ont pris l’initiative de démontrer leur détermination collective à éradiquer une maladie humaine pour la deuxième fois seulement dans l’histoire.

Outre les promesses déjà faites, les nouveaux engagements viennent notamment de la Fondation Bill et Melinda Gates (1,2 milliard de dollars), de Rotary International (150 millions de dollars), de Bloomberg Philanthropies (50 millions de dollars), des Etats-Unis (114 millions de dollars), de l’Allemagne (72 millions d’euros) et de la France (50 millions d’euros).

Un bébé est vacciné contre la polio dans l'Etat de Borno, au Nigéria.
UNICEF/UN036155/Page
Un bébé est vacciné contre la polio dans l'Etat de Borno, au Nigéria.

4,8 milliards de dollars nécessaires

L’événement organisé à Berlin constitue la première grande occasion pour les donateurs de s’engager à apporter les 4,8 milliards de dollars nécessaires à la mise en œuvre complète de la stratégie 2022-2026.

Si la Stratégie est entièrement financée et que l’éradication est réalisée, on estime qu’elle permettra d’économiser, sur le siècle, quelque 33,1 milliards de dollars en coûts de santé par rapport au coût de la lutte contre les flambées. En outre, le soutien continu dont bénéficiera l’IMEP lui permettra de fournir aux communautés mal desservies des services de santé supplémentaires et d’administrer des vaccins contre d’autres maladies.

« Les enfants méritent de vivre dans un monde exempt de poliomyélite, mais comme cette année nous l’a clairement montré avec cruauté, tant que nous n’aurons pas atteint chaque communauté et vacciné chaque enfant, la menace de la poliomyélite persistera », a affirmé Catherine Russell, Directrice générale de l’UNICEF. « L’UNICEF remercie ses donateurs pour leur générosité et pour les promesses de dons faites aujourd’hui, qui nous aideront à éradiquer la poliomyélite. Lorsque nous investissons dans la vaccination et les systèmes de santé, nous investissons dans un avenir plus sûr et plus sain pour tous, et partout ».

Outre le financement de l’IMEP annoncé aujourd’hui, un groupe international réunissant plus de 3.000 scientifiques, médecins et experts en santé publique de premier plan a publié une déclaration approuvant la stratégie 2022-2026 et appelant les donateurs à continuer de s’engager en faveur de l’éradication et à faire en sorte que l’IMEP soit intégralement financée.

Le groupe met en avant les nouvelles tactiques figurant dans la stratégie du programme, comme la poursuite du déploiement du nouveau vaccin antipoliomyélitique oral de type 2 (nVPO2), qui lui donnent confiance dans la capacité de l’IMEP à mettre fin à la maladie.

Cinq cent millions de doses de nVPO2 ont déjà été administrées dans 23 pays, et les données recueillies sur le terrain ne cessent de prouver qu’il s’agit d’un outil prometteur pour enrayer plus durablement les flambées de PVDVc de type 2. Le groupe affirme en outre que le soutien à l’éradication renforce considérablement les systèmes de vaccination et la préparation aux pandémies dans le monde - rappelant le soutien fourni par l’IMEP à la riposte à la COVID-19 - et exhorte les dirigeants des pays d’endémie et des pays touchés par la poliomyélite à rester engagés dans des activités élargies de vaccination et de surveillance de la maladie.

« Le Pakistan a accompli des progrès incroyables dans la lutte contre la poliomyélite, mais des problèmes récents permettent au virus de persister », a déclaré le Dr Zulfi Bhutta, Président du Child Global Health à l’Hôpital pour enfants malades, au Canada. « Comme n’importe quel virus, celui de la poliomyélite ne connaît pas de frontières ; la poursuite de sa transmission menace les enfants du monde entier. Non seulement il est urgent d’enrayer cette maladie, mais c’est à notre portée ».