Le chef du HCR lance un appel urgent pour soutenir davantage les réfugiés

Des réfugiés soudanais de l'Etat du Nil bleu vivant dans le camp de Doro dans l’Etat du Haut Nil, au Soudan du Sud. Photo UNHCR/V. Tan
Photo UNHCR/V. Tan
Des réfugiés soudanais de l'Etat du Nil bleu vivant dans le camp de Doro dans l’Etat du Haut Nil, au Soudan du Sud. Photo UNHCR/V. Tan

Le chef du HCR lance un appel urgent pour soutenir davantage les réfugiés

Migrants et réfugiés

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) devra procéder à des « coupes sévères », ce qui aggravera la situation des réfugiés et personnes déplacés internes, à moins qu’elle ne reçoive immédiatement des fonds supplémentaires, a déclaré son chef lundi.

« Si nous ne recevons pas au moins 700 millions de dollars supplémentaires, en particulier pour nos opérations les plus sous-financées, d’ici la fin de l’année, nous serons obligés de procéder à des coupes sévères, avec des conséquences négatives et parfois dramatiques pour les réfugiés et les communautés d’accueil », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, à l’ouverture de la 73e session du Comité exécutif du HCR.

Dans un discours prononcé devant les États membres à Genève, le chef de l’agence onusienne a rappelé qu’avec la guerre en Ukraine et les autres crises ayant déplacé de force plus de 100 millions de personnes dans le monde, le budget du HCR a grimpé pour atteindre plus de 10 milliards de dollars.

Des problèmes condamnant les réfugiés et les communautés hôtes à de nouvelles difficultés

J’ai le regret de vous informer que, pour la première fois depuis le début de mon mandat, je suis préoccupé par la situation financière du HCR 

Si des ressources « suffisantes » ne sont pas affectées à toutes les interventions, les agences humanitaires seront contraintes à condamner les réfugiés et les communautés hôtes à de nouvelles difficultés, à la perte d’espoir et au risque de poursuite de leur voyage. « Car nous ne pouvons pas prêter attention uniquement à la dernière crise en date au détriment des autres », a insisté le chef du HCR.

En attendant, plusieurs crises sont largement sous-financées. Si l’aide internationale a été importante dans les années qui ont suivi le déplacement initial des réfugiés rohingyas, le plan d’intervention conjoint n’est financé qu’à hauteur de 30%. « Ce qui laisse présager des coupes sombres dans les programmes de toutes les agences des Nations Unies et des ONG opérant au Bangladesh, à moins que les donateurs ne fournissent d’urgence une aide supplémentaire », a alerté M. Grandi.

Des personnes déplacées par le conflit au Tigré sont rassemblées sur un site dans la région d'Afar, en Ethiopie.
© HCR/Alessandro Pasta
Des personnes déplacées par le conflit au Tigré sont rassemblées sur un site dans la région d'Afar, en Ethiopie.

Des déficits financiers dans de nombreux pays

Les opérations en Éthiopie ne sont aujourd’hui financées qu’à 46%, alors qu’après la reprise des hostilités en septembre, les conditions humanitaires se détériorent à nouveau. L’Ouganda, qui accueille plus de 1,5 million de réfugiés, est confrontée à un « énorme déficit financier ».

Au Sahel où « les gens ont été soumis à une violence extrême ainsi qu’à l’urgence climatique », le manque de financement empêche les humanitaires de fournir des abris et autres services.

« Et n’oublions pas les millions de réfugiés et de déplacés syriens - à peu près le même nombre que les Ukrainiens déplacés. Le manque de financement affectant les opérations de soutien aux Syriens est particulièrement inquiétant », a dit le chef du HCR.

Plus globalement, les conflits restent le principal facteur de déplacement forcé. Au Myanmar, plus d’un million de personnes ont été déracinées à l’intérieur du pays depuis la prise du pouvoir par l’armée en février dernier.

L'hiver va rendre les conditions de vie difficile pour de nombreuses personnes dans l'est de l'Ukraine.
© UNHCR/Anastasia Vlasova
L'hiver va rendre les conditions de vie difficile pour de nombreuses personnes dans l'est de l'Ukraine.

Le HCR inquiet de l’impact de l’hiver en Ukraine

Au Sahel et dans un pays comme le Burkina Faso, plus de 325.000 personnes ont fui leur foyer rien que cette année. C’est l’un des nombreux indicateurs très inquiétants reflétant l’instabilité au Sahel, qui déplace des personnes non seulement à l’intérieur de leur pays, mais aussi au-delà, notamment vers les États côtiers, l’Afrique du Nord et l’Europe.

Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie a porté la réponse d’urgence à de nouveaux niveaux, car elle a précipité la crise de déplacement la plus importante et la plus rapide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. « Les déplacements se poursuivent et près de huit mois plus tard, des vies et des infrastructures civiles sont inexcusablement détruites », a détaillé le Haut-Commissaire.

De quoi inquiéter le HCR sur l’impact du froid de l’hiver sur les quelque 6,2 millions de personnes déplacées en Ukraine. « Aujourd’hui, c’est un autre jour d’angoisse pour le peuple ukrainien. En ce moment même, mes collègues me rapportent des frappes horribles sur des centres urbains à Kyïv, Dnipro, Lviv, Zaporijjia, Chernihiv, Odesa, et ailleurs », a conclu le chef du HCR.