Haïti : la réapparition du choléra met 1,2 million d’enfants en danger, selon l'UNICEF

Distribution de produits d'hygiène en Haïti
© UNICEF/Jonathan Crickx
Distribution de produits d'hygiène en Haïti

Haïti : la réapparition du choléra met 1,2 million d’enfants en danger, selon l'UNICEF

Santé

Après trois ans sans un seul cas signalé, la résurgence du choléra en Haïti en proie à la violence menace le bien-être et la santé de 1,2 million d’enfants vivant dans la capitale haïtienne, Port-au- Prince, a averti l’UNICEF.

Alors que le pays est aux prises avec des affrontements entre groupes armés et de violentes manifestations contre la hausse des prix, sept décès ont été signalés et cinq cas positifs sont confirmés. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), 60 autres cas suspects sont en cours d’investigation dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Médecins Sans Frontières (MSF) a également signalé récemment le décès d’un enfant de trois ans.

Avec la montée de la violence et de l’insécurité, bon nombre des familles haïtiennes les plus vulnérables n’ont d’autre choix que de boire et d’utiliser de l’eau insalubre.

« Le choléra peut facilement se propager comme une traînée de poudre à travers Haïti si les gens continuent à n’avoir aucun accès ou un accès limité aux services de santé, d’eau et d’hygiène de base en raison de l’insécurité », déclaré Bruno Maes, Représentant de l’UNICEF en Haïti.

Cette flambée intervient alors que les plus vulnérables souffrent d’un manque d’accès critique aux services de base notamment en matière de santé, et d’eau potable, hygiène et assainissement (EPAH).

« Les familles ne peuvent pas acheter du savon pour se laver les mains, les ordures ne sont pas ramassées dans les rues, les hôpitaux sont fermés ou incapables de fonctionner. Tous ces ingrédients ont fait d’Haïti une bombe à retardement pour le choléra. Maintenant, il a explosé », a ajouté M. Maes.

L’UNICEF pré-positionne des tablettes de purification d’eau

Sur le terrain, l’UNICEF a prépositionné un stock d’urgence pour appuyer le gouvernement haïtien à répondre à la résurgence du choléra. Il s’agit notamment de 755.000 tablettes de purification d’eau pour desservir 15.000 personnes pendant 15 jours.

Outre du savon pouvant servir 14.000 personnes pendant un mois, l’agence onusienne a entreposé 20 réservoirs souples de 10 mètres cubes, 10 réservoirs souples de 5 mètres cubes et 30 réservoirs.

Une commande de 80 fûts de chlore de 45 kg – 3.600 kg au total - a été passée pour aider la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA) à chlorer l’eau de Port-au-Prince, à désinfecter les ménages touchés et à approvisionner les centres de santé dans les zones affectées.

La recrudescence du choléra survient alors que les troubles sociaux et la violence envahissent le pays, restreignant ou retardant la prestation des services de base, y compris dans les hôpitaux et par les installations d’approvisionnement en eau. En conséquence, 17 des 22 principales structures sanitaires risquent de fermer faute de carburant. 50.000 enfants et nouveau-nés pourraient ne pas recevoir de soins médicaux dans les semaines à venir.

Les trois quarts des principaux hôpitaux d’Haïti ne fournissent pas de services réguliers

De plus, les trois quarts des principaux hôpitaux d’Haïti ne fournissent pas de services réguliers en raison de la crise du carburant, de l’insécurité et des pillages. « Pour réduire les risques d’une épidémie majeure, notre préoccupation la plus urgente n’est pas seulement d’acheter et de livrer de l’eau potable, du chlore et du savon, mais de trouver des moyens d’atteindre les familles les plus pauvres dans les zones contrôlées par les gangs », a fait valoir le Représentant de l’agence onusienne.

Pour sa part, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) note que le mouvement de protestation sociale que connait Haïti depuis le 12 septembre semble s’inscrire dans la durée. Malgré certains jours d’accalmie, les principales villes du pays connaissent régulièrement des protestations.

Celles-ci prennent la forme de mouvements de grève ou le déploiement de barricades et l’organisation de manifestations parfois violentes (scènes de pillage de banque, supermarchés et bâtiments publics).

« Des tirs sont également rapportés à l’abord des barricades et dans les quartiers contrôlés par les gangs », a souligné dans son dernier rapport de situation l’OCHA, ajoutant que « l’accès au terminal de Varreux, principal point d’entrée du carburant dans le pays, est toujours bloqué malgré les tentatives de la Police nationale haïtienne pour libérer l’accès ».