Haïti : promouvoir la paix, prévenir les violences et renforcer la résilience des communautés

18 septembre 2022

Pour aider les pays touchés par un conflit violent (ou à risque de l’être) à maintenir la paix, prévenir les violences, renforcer les services de justice, consolider l'État de droit et les institutions sécuritaires et développer la résilience des groupes de population les plus vulnérables, l’ONU a créé un fonds spécial appelé Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix.

Ce fonds, qui promeut plus particulièrement le rôle des femmes et des jeunes dans le travail de consolidation de la paix en leur permettant d’y prendre une part significative, a commencé à opérer en Haïti en 2019 pour aider le Gouvernement haïtien à rétablir la sécurité et la stabilité dans le pays en répondant à un certain nombre de besoins identifiés par ses services.

Voici cinq choses que vous devez savoir sur le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix à l’approche de la Journée internationale de la paix, qui est célébrée le 21 septembre de chaque année.

Promouvoir la paix 

Le Fonds pour la consolidation de la paix a commencé à être opérationnel à l'échelle mondiale en 2006. Il a été qualifié par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, d’« instrument indispensable pour promouvoir la résilience et le travail de prévention ».

Entre 2006 et 2021, le Fonds pour la consolidation de la paix a alloué 1,67 milliard de dollars à 65 pays pour soutenir leurs efforts de paix. Le travail réalisé grâce à ces financements est globalement axé sur la mise en œuvre et la pérennisation d’accords de paix, la promotion du dialogue et de la coexistence pacifique et le rétablissement des services de base qui peuvent contribuer à la construction de sociétés pacifiques. Haïti a reçu dans ce cadre environ 20 millions de dollars pour exécuter neuf projets.

La violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti, terrorise la population.
PNUD Haiti/Borja Lopetegui Gonzalez
La violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti, terrorise la population.

Montée de la violence, de l’instabilité et de l’insécurité

C’est principalement en raison de la situation d'instabilité et d'insécurité, qui est un problème de longue date en Haïti alimenté par des inégalités profondes, que le gouvernement a demandé le soutien du Fonds pour la consolidation de la paix.

L'assassinat du Président d’Haïti en juillet 2021 et la survenue d’un tremblement de terre dévastateur dans le sud du pays un mois plus tard ont encore aggravé la situation sécuritaire avec la présence et l'influence croissantes des bandes organisées.

La situation a empiré plus particulièrement dans la capitale Port-au-Prince au cours de l'année écoulée, avec la montée de la violence en bande organisée favorisée par la prolifération d’armes et de munitions illicites. Le nombre de cas d'enlèvements avec demande de rançon a lui aussi augmenté. 

Dans la commune de Cité Soleil, l'un des quartiers les plus pauvres de la capitale, 99 personnes ont été tuées et 133 autres blessées en juillet dernier au cours d'une semaine d'affrontements particulièrement violents entre des gangs qui se disputaient le contrôle du territoire. Des centaines d’habitations ont été détruites et des milliers de personnes ont fui vers des communes plus sûres avec, pour beaucoup d’entre elles, l’aide de l’ONU. 

Edwin*, animateur à Cité Soleil dans une association de jeunes soutenue financièrement par le Fonds pour la consolidation de la paix, a expliqué avoir été témoin de violents affrontements dans les rues : « Je me couche et me réveille au son des coups de feu et c’est très stressant », a-t-il raconté. Les membres de son association sont des jeunes issus de quartiers où des gangs rivaux sévissent. « Nous voulons nous faire entendre à l’extérieur de Cité Soleil, car si personne ne nous entend, rien ne changera », a-t-alerté. 

L'ONU soutient la réouverture des écoles comme le Lycée national de La Saline.
ONU Haiti/Jonathan Boulet-Groulx
L'ONU soutient la réouverture des écoles comme le Lycée national de La Saline.

Sans paix, pas de développement

La violence en bande organisée n'est qu'une manifestation concrète parmi d’autres de l'insécurité et de la tension qui règnent dans le pays. Mais celles-ci se traduisent par d'innombrables autres problèmes dans la vie des Haïtiens. À Cité Soleil, par exemple, la violence a perturbé la scolarité d’environ 95.000 écoliers inscrits au total dans plus de 300 écoles. 

Plus de 2.500 personnes ont dû demander l'aide de l'ONU pour fuir la commune. Le blocage par les gangs des routes qui mènent vers le sud a empêché les gens de circuler librement et les prestataires de services de se déplacer dans les deux sens. De ce fait, les agriculteurs ont eu du mal à transporter leurs produits jusqu’au marché de Port-au-Prince et les intervenants mobilisés pour venir en aide aux populations touchées par le séisme dans la péninsule Sud ont eu de la difficulté à acheminer l'aide humanitaire et les matériaux nécessaires pour la reconstruction. 

« Faire reculer la violence et les conflits, permettre aux personnes d’accéder aux services de justice et créer un climat de paix et de stabilité durable sont les priorités du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix », a déclaré Ulrika Richardson, la Coordonnatrice résidente des Nations Unies et Coordonnatrice humanitaire en Haïti. « C'est en nous appuyant sur le leadership d'un large éventail d'acteurs locaux et nationaux que nous envisageons d'accompagner Haïti dans la construction d'une société pacifique et prospère pour tous les Haïtiens ». 

Sans la stabilité, la sécurité et la justice, faire des progrès sur le plan économique est presque impossible. C’est ce que montre malheureusement de façon de plus en plus évidente le déclin continu de l'économie haïtienne, un déclin dont les effets sont particulièrement cruels pour les personnes et les communautés les plus vulnérables et les plus marginalisés de la société.

Le Fonds pour la consolidation de la paix finance des initiatives destinées à prévenir la violence en politique, en particulier celle dirigée contre les femmes, et notamment les actes de violence perpétrés dans des contextes électoraux.
© UNICEF/Roger LeMoyne
Le Fonds pour la consolidation de la paix finance des initiatives destinées à prévenir la violence en politique, en particulier celle dirigée contre les femmes, et notamment les actes de violence perpétrés dans des contextes électoraux.

Réduire les fractures

Le Fonds pour la consolidation de la paix a joué un rôle particulièrement important en Haïti après la clôture de la mission de maintien de la paix de l'ONU, la MINUSTAH, en 2017. Il constitue l'une des rares ressources dont dispose l'ONU pour intensifier les efforts dans les domaines précédemment couverts par la Mission et dans ceux qui requièrent un regain de mobilisation.

Le Fonds a axé ses financements sur un certain nombre d’objectifs prioritaires, dont celui de la réduction des violences communautaires, pour lequel il a misé essentiellement sur le développement et la valorisation de la participation des populations, en particulier des jeunes, au niveau local. Son action a en outre consisté en la promotion de la cohésion sociale ainsi que de la santé mentale, en particulier pour les femmes et les filles. Le Fonds finance par ailleurs des interventions destinées à prévenir la violence en politique, notamment celle perpétrée dans des contextes électoraux, en mettant l'accent sur la protection et l'autonomisation des femmes. 

Parmi les autres priorités du Fonds figure le renforcement du système judiciaire à travers la fourniture d’une aide juridique aux populations vulnérables et le renforcement de la coordination entre les acteurs judiciaires et le système pénal.

Des détenus dans une prison en Haïti.
BINUH
Des détenus dans une prison en Haïti.

Soutenir les populations les plus vulnérables

Mécanisme de financement centré sur l’intérêt de la population, le Fonds pour la consolidation de la paix a permis de réaliser des avancées significatives.

À l'âge de 15 ans, Renel* a été mis en détention sans avoir eu droit à un procès. Il est resté en détention pendant trois ans dans une prison des Cayes après avoir été accusé à tort par un commerçant de lui avoir volé deux canards. Son cas a attiré l'attention de l’ONU, qui a confié son dossier à un bureau d'aide juridique créé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la mission politique des Nations Unies en Haïti (le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti, ou BINUH) et le Ministère haïtien de la Justice et de la Sécurité publique, avec un financement du Fonds pour la consolidation de la paix.

Renel a finalement été libéré de sa détention provisoire en même temps que 67 autres personnes accusées d'autres infractions.

« Les enfants devraient être à l'école, pas en prison », a-t-il commenté.

Sylvie, pour sa part, fait partie d’une association soutenue financièrement par le Fonds pour la consolidation de la paix dans le quartier de Martissant, un quartier où sévissent des gangs. Son association s’emploie à prévenir et à résoudre les conflits au niveau de la commune et met l’accent plus particulièrement sur l’autonomisation des femmes et la lutte contre les violences sexuelles. 

« La situation ne se résoudra peut-être pas demain », a-t-elle reconnu, avant d’ajouter : « Mais nous avons bon espoir que les choses changeront à plus long terme ».

* Noms d'emprunts utilisés pour protéger l'identité des personnes interrogées.

***Cet article a été écrit à l’origine en anglais par Daniel Dickinson, Point focal communication au Bureau de la Coordonnatrice résidente des Nations Unies en Haïti, et traduit en français par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des activités de développement (BCAD), qui assure le secrétariat du Groupe des Nations Unies pour le développement durable (GNUDD).

Pour en savoir plus sur l'action menée par l'ONU en Haïti, consultez le site Haiti.UN.org.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.