Clôture de la 76e session de l’Assemblée générale : face aux défis persistants, l’ONU souhaite incarner l’espoir

Abdulla Shahid (à droite), Président de la 76e session de l'Assemblée générale, remet le marteau à Csaba Kőrösi, Président de la 77e session. A gauche, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres.
Photo ONU/Evan Schneider
Abdulla Shahid (à droite), Président de la 76e session de l'Assemblée générale, remet le marteau à Csaba Kőrösi, Président de la 77e session. A gauche, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres.

Clôture de la 76e session de l’Assemblée générale : face aux défis persistants, l’ONU souhaite incarner l’espoir

À l’ONU

Lors de la clôture de la 76ème session de l’Assemblée générale lundi, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a reconnu les défis croissants que rencontre la communauté internationale, mais rappelé que ces difficultés légitiment plus que jamais le rôle diplomatique et pragmatique des Nations Unies.

Abdullah Shahid, Président de la 76eme Assemblée générale, s’est, quant à lui, dit fier de son bilan accompli pendant une année marquée encore par la pandémie et l’émergence de nouveaux conflits, appelant à garder « un espoir qui n’a rien d’un optimisme aveugle », tandis que son successeur, le diplomate hongrois Csaba Kőrösi, entend promouvoir des solutions interconnectées et mesurables aux problèmes mondiaux, fondées sur la « solidarité, la durabilité et la science ».

« Comme la précédente, cette session de l’Assemblée générale a été marquée par des défis croissants », a déclaré António Guterres lors de son discours marquant la clôture de la 76ème session, avant d’ajouter que si « la route devant nous promet d’être difficile et imprévisible », l’ONU, à l’aide de ses outils favoris, la diplomatie, la négociation et le compromis, « peut continuer à apporter son soutien aux populations et aux communautés dans le monde entier ».

Une année écoulée sombre

Le chef de l’ONU a initié son allocution par un bilan réaliste, et sombre, de l’année écoulée, citant d’abord les défis économiques internationaux, illustrés par la hausse des prix, l’érosion du pouvoir d’achat et « le spectre d’une récession mondiale », et les inquiétudes d’ordre sanitaire causées par une pandémie « qui ne veut pas se déclarer vaincue », au moment où apparait une nouvelle urgence sanitaire avec la variole du singe. Mentionnant aussi la litanie des catastrophe climatiques récentes, il a rappelé son émotion lors de son récent voyage au Pakistan, quand il a réalisé que les zones inondées équivalaient à trois fois la taille de son pays natal, le Portugal.

Son discours a passé en revue d’autres défis, en particulier « les conflits féroces qui mettent chaque jour en danger des millions de vies », l’aggravation de la pauvreté et des inégalités néfastes au redressement et au développement, ainsi qu’un système financier en « faillite morale » qui pénalise les pays en développement et bloque leur avancée vers un redressement durable, « tandis que l’urgence climatique, met, littéralement, le feu à la planète ».

Le Secrétaire général, saluant le Président de la 76ème session de l’Assemblée générale, Abdullah Shahid, des Maldives, a loué son immense talent à conduire l’Assemblée pendant une période sans précédent, tout en apportant à l’institution une vision novatrice sur les questions d’égalité des genres, d’action climatique, et la perspective unique des petits Etats insulaires. Outre pour son rôle dans les consultations entre Etats membres dans l’élaboration du Programme commun, António Guterres a félicité le Président Shahid pour avoir mené à bien sa « Présidence de l’Espoir », fondée sur l’effort solidaire face aux défis.

Prestation de serment

En présentant le successeur d’Abdullah Shahid, le diplomate hongrois Csaba Kőrösi, qui a prêté serment lundi matin pour assumer la présidence de la 77ème session de l’Assemblée générale, le Secrétaire général a rappelé que cette prochaine session continuera « plus que jamais, à mettre à l’épreuve le système international et la cohésion, comme la confiance, entre les Etats Membres », mais, en signe d’optimisme et d’engagement, a rappelé que malgré les incertitudes, le recours à la diplomatie, à la négociation et au compromis peuvent paver la route vers un avenir meilleur pour tous, et raviver la foi dans les Nations Unies et le système multilatéral, « qui restent le meilleur espoir de l’Humanité ».

Dans son discours de clôture de la 76ème session, le Président Abdulla Shahid n’a pas manqué de remercier tous les collaborateurs et partenaires, du Secrétaire général, dont il a loué les qualités d’homme d’Etat, de pragmatiste, de diplomate et de négociateur silencieux et attentionné, à la Vice-Secrétaire générale Amina Mohammed et au Président de l’ECOSOC Collen Kelapile, jusqu’aux quatre chauffeurs affectés à ses déplacements, rappelant le rôle essentiel du Secrétariat, « véritable colonne vertébrale de l’Organisation ».

Avec les 103 réunions plénières tenues sous sa présidence, source de 307 résolutions et 140 décisions, Abdulla Shahid a fait le bilan d’une « Présidence de l’Espoir » dont les cinq rayons d’espoir visaient la convalescence de la Covid-19, la reconstruction de la durabilité, la réponse au besoins de la planète, le respect des droits de tous, et la revitalisation des Nations Unies.

Abdulla Shahid, Président de la 76e session de l'Assemblée générale, à la clôture de cette session.
Photo ONU/Evan Schneider
Abdulla Shahid, Président de la 76e session de l'Assemblée générale, à la clôture de cette session.

« On célèbre rarement nos victoires »

Le Président partant, citoyen des Maldives, a rappelé, ses efforts pour finaliser l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle  pour les petits Etats insulaires en développement et son rôle dans 650 rencontres de collectes d’idées et de coordination visant à mieux financer les opérations de maintien de la paix, non sans faire valoir aussi l’ouverture de l’Assemblée générale à la société civile, illustrée par les « Morning Dialogues », rencontres quotidiennes d’experts attentifs à la place des femmes dans le diplomatie, devenus, à sa grand fierté, le préalable à la résolution historique célébrant la journée internationale de la femme.

Tout à son bilan, et faisant ainsi écho au propos du Secrétaire général sur les atouts de l’ONU face aux défis mondiaux, Abdulla Shahid s’est réjoui d’avoir vu grandir le rôle et l’autorité morale de l’Assemblée générale, rappelant à cette occasion la session extraordinaire d’urgence convoquée, pour la première fois en 40 ans, pour traiter du conflit en Ukraine, et la résolution exigeant, chaque fois qu’un membre du Conseil de Sécurité oppose son veto, une réunion de l’Assemblée générale destinée à débattre des mérites de cette décision.

« Souvent, on critique les Nations Unies pour ses carences et ses failles, mais on célèbre rarement nos victoires » a-t-il déploré, rappelant ses efforts pour assurer l’égalité des genres à l’aide d’un Conseil consultatif sur cette question ; les invitations aux femmes chef d’Etat durant la semaine de haut niveau, et la proportion de femmes, 55%, dans les effectifs de son propre bureau.

Abdulla Shahid n’a pourtant pas nié les défis persistants qui menacent la communauté internationale : la Covid-19, les nouveaux conflits qui s’ajoutent aux anciens toujours dépourvus de solutions, l’appauvrissement et le dénuement causés par l’économie mondiale et la perturbation des chaines d’approvisionnement, l’urgence climatique et les discours de haine clivants, le désespoir des migrants et des communautés marginalisées. Mais il a rappelé que « la véritable crise serait de perdre l’espoir, un espoir qui n’a rien d’un optimisme aveugle ou d’une ignorance béate mais qui revient au contraire à reconnaître et affirmer son potentiel ».

Si nous pouvons lancer de super télescopes dans l’espaces, ne sommes-nous pas capables de réparer les dommages infligés à notre propre planète, de rendre nos économies plus durables ? » a-t-il demandé. « Si nous pouvons éviter une troisième guerre mondiale et maintenir un système multilatéral pendant 76 ans, ne pouvons-nous pas amender les Nations Unies quand elles font défaut ? »

Csaba Kőrösi, Président de la 77e session de l'Assemblée générale, devant la presse.
Photo ONU/Manuel Elias
Csaba Kőrösi, Président de la 77e session de l'Assemblée générale, devant la presse.

Le prochain Président s'engage à continuer la réforme des Nations Unies

Son successeur Csaba Kőrösi s’est, lui, engagé à « continuer la réforme et la transformation des Nations Unies en renforçant la coopération par la confiance », décrivant le mot d’ordre de sa présidence comme celle « des solutions par la solidarité, la durabilité et la science », et annonçant pour thème central du prochain débat général de l’Assemblée : « Un tournant décisif : les solutions transformatrices à des défis interconnectés ».

« Mon rôle sera de bâtir des ponts et de m’assurer de l’impact du travail de l’Assemblée générale », a-t-il dit, décrivant un programme intégré où la paix et la sécurité, les droits de l’homme et la durabilité se conjuguent et se renforcent mutuellement. « Chacun d’entre eux doit être soutenu, ou ils échoueront tous », a-t-il déclaré.

Csaba Kőrösi a présenté ses priorités, qui impliquent d’asseoir les principes de la Charte, de « produire des progrès significatifs et mesurables en matière de durabilité, de privilégier les solutions intégrées et systémiques, de promouvoir le rôle de la science dans les décisions et d’accroitre la solidarité face aux crises à venir ».

Le nouveau Président de l’Assemblée générale s’est engagé à initier des consultations et des collaborations entre les organes de l’ONU, les Etats membres, élargis à la société civile, aux jeunes, aux institutions scientifiques, aux entreprises et institutions financières ainsi qu’aux organisations confessionnelles.

« J’accomplirai ma tâche de manière inclusive, transparente et ouverte », a-t-il promis. La première réunion plénière de la 77ème session aura lieu demain, mardi 13 septembre.