A Genève, l’ONU appelle l’Union européenne à éviter un retour aux énergies fossiles

La Haute-Commissaire par intérim aux droits de l’homme, Nada al-Nashif (photo d'archives)
UN Photo/Jean Marc Ferré
La Haute-Commissaire par intérim aux droits de l’homme, Nada al-Nashif (photo d'archives)

A Genève, l’ONU appelle l’Union européenne à éviter un retour aux énergies fossiles

Droits de l'homme

Face à la crise énergétique créée par l’invasion russe en Ukraine, les Nations Unies ont appelé lundi l’Union européenne à éviter de se tourner vers les énergies fossiles, déplorant cette volonté de « retour en arrière ».

La Haute-Commissaire par intérim, Nada Al-Nashif, a achevé son discours d’ouverture de la 51e session du Conseil des droits de l’homme en évoquant rapidement les conséquences énergétiques de la guerre en Ukraine.

« Face à la flambée des prix de l’énergie, qui menace de toucher les plus vulnérables à l’approche de l’hiver, certains Etats membres de l’Union européenne (UE) se tournent vers des investissements dans les infrastructures et l’approvisionnement en combustibles fossiles », a déclaré Nada Al-Nashif.

« Si cette impulsion est compréhensible, je demande instamment à l’UE et à ses Etats membres de prendre en considération les conséquences à long terme d’un renforcement des infrastructures liées aux combustibles fossiles », a-t-elle poursuivi.

Pas de place pour un retour en arrière

En effet, avec le conflit ukrainien, plusieurs pays dans le monde ont été touchés par la hausse des cours mondiaux de l’énergie. Une situation qui a poussé certains pays à recourir à nouveau au charbon.

Mme Al-Nashif a au contraire appelé les Européens à accélérer le développement des projets d’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. « Il n’y a pas de place pour le retour en arrière face à la crise climatique actuelle », a-t-elle fait valoir.

Plus largement, la Cheffe des droits de l’homme par intérim a encouragé tous les États à rechercher un résultat ambitieux lors de la prochaine conférence sur le climat, la COP27, notamment en ce qui concerne la prise en compte des pertes et dommages et le respect et l’augmentation des engagements en matière de financement climatique.

« L’urgence du moment nous pousse à agir » - Nada Al-Nashif

A ce sujet, elle s’est penchée sur le sort de toutes les personnes touchées par les inondations dévastatrices au Pakistan. Plus de 33 millions de personnes sont touchées, avec des dommages considérables - et potentiellement irréversibles - aux habitations, aux infrastructures et à l’agriculture.

« Combien d’autres tragédies de ce type faudra-t-il avant que l’urgence du moment nous pousse à agir », s’est-elle interrogée, relevant que les mois à venir seront un test critique pour la volonté politique.

Par ailleurs, les graves conséquences socio-économiques de la guerre persistent dans le monde. Il s’agit notamment « des graves pénuries de carburant et des menaces pour la sécurité alimentaire dans certains des pays les plus pauvres ». Elle a ainsi appelé au plein respect de l’accord historique conclu en juillet entre la Russie, l’Ukraine, les Nations Unies et la Turquie.

Selon la Haute-Commissaire par intérim, cet accord a permis la reprise des expéditions de céréales et d’autres denrées alimentaires à partir des ports ukrainiens. Elle exhorte donc la communauté internationale à veiller à ce que la nourriture parvienne aux personnes dans le besoin.

Début 2022, l'ONU a aidé à réinstaller des personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti (photo d'archives).
© IOM Haiti/Monica Chiriac
Début 2022, l'ONU a aidé à réinstaller des personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti (photo d'archives).

Des niveaux « insupportables » de violence des gangs à Haïti

Plus globalement, plusieurs situations dans le monde continuent de susciter de graves préoccupations en matière de droits de l’homme, nécessitant une action urgente. Outre la situation préoccupante en Libye, en Tunisie, en Somalie ou en Iraq, la Cheffe des droits de l’homme par intérim a évoqué la Russie.

Dans ce pays, « l’intimidation, les mesures restrictives et les sanctions à l’encontre des personnes qui expriment leur opposition à la guerre en Ukraine compromettent l’exercice des libertés fondamentales garanties par la Constitution, notamment les droits à la liberté de réunion, d’expression et d’association », a-t-elle dit.

S’agissant de Haïti, le HCDH n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme sur « les niveaux insupportables de violence et les violations des droits de l’homme qui y sont associées, impliquant des gangs lourdement armés - ainsi que sur la nécessité urgente de soutenir les institutions de l’État pour mettre un frein à cette violence ».

« La récente décision du Conseil de sécurité des Nations unies de prolonger et de renforcer le mandat du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes et contre la contrebande d’armes est une étape importante », a-t-elle dit.

Mme Al-Nashif a appelé la communauté internationale à intensifier son engagement pour aider à contenir le fléau de la violence, son impact sur la population et ses retombées potentielles sur la région.

Pour la Haute-Commissaire par intérim, la reddition des comptes devrait inclure « un mécanisme de surveillance solide de la police et la création de groupes de travail judiciaires spécialisés pour lutter contre les crimes sexuels, financiers et de violence urbaine liés aux gangs ».