Mère et enfant au centre de santé pour la malnutrition, Somalie

Somalie : 730 enfants morts et 1,5 million d'autres menacés de malnutrition aiguë depuis le début de l’année

© UNICEF/Sebastian Rich
Mère et enfant au centre de santé pour la malnutrition, Somalie

Somalie : 730 enfants morts et 1,5 million d'autres menacés de malnutrition aiguë depuis le début de l’année

Aide humanitaire

Plus de 1,5 million d’enfants sont menacés de malnutrition aiguë cette année en Somalie, pays au bord de la famine. Ils courent des risques très élevés de mourir, a averti mardi le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Selon l’agence onusienne, près de la moitié de la population des moins de cinq ans sont ainsi susceptibles de souffrir de malnutrition aiguë. Parmi eux, 385.000 auront besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë sévère. 

Ces chiffres sont sans précédent. Il s’agit d’une crise de malnutrition, une situation qui a atteint des niveaux de crise - Wafaa Saeed, Représentante de l’UNICEF en Somalie

« Ces chiffres sont sans précédent », a alerté depuis la Somalie, Wafaa Saeed, Représentante de l’UNICEF en Somalie, lors d’une conférence de presse de l’ONU à Genève.

Pour les Nations Unies, il s’agit d’une crise de malnutrition, une situation qui a atteint des « niveaux de crise ».

D’ores et déjà, quelque 730 enfants sont morts dans les centres d’alimentation et de nutrition du pays entre janvier et juillet de cette année, mais les chiffres pourraient être plus élevés, car de nombreux décès ne sont pas signalés.

« Nous nous inquiétons de la malnutrition, dont les chiffres, comme je l’ai dit précédemment, sont sans précédent », a souligné la Représentante de l’UNICEF.  

Ibrahim, âgé de huit mois et souffrant de malnutrition, se fait mesurer la circonférence de son bras par un médecin dans un hôpital de Mogadiscio, en Somalie.
© UNICEF/Omid Fazel
Ibrahim, âgé de huit mois et souffrant de malnutrition, se fait mesurer la circonférence de son bras par un médecin dans un hôpital de Mogadiscio, en Somalie.

Malnutrition aiguë sévère chez les enfants combinés à des épidémies mortelles

La Somalie est au bord de la famine, avait d’ailleurs alerté lundi le chef de l’agence humanitaire de l’ONU, dans un « ultime avertissement » avant une catastrophe dans ce pays de la Corne de l’Afrique en proie à une sécheresse historique.

« La famine frappe à la porte. Aujourd’hui est un ultime avertissement », a lancé Martin Griffiths, le chef du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), lors d’une conférence de presse depuis la capitale somalienne Mogadiscio.

« Vous avez entendu hier les avertissements concernant une famine imminente dans les zones de la région de Bay entre octobre et décembre de cette année », a ajouté Mme Saeed.  Pour l’UNICEF, cela souligne l’ampleur de la crise à laquelle la Somalie est confrontée et la nécessité urgente d’accroître rapidement l’aide.  

Bay n’est pas la seule région confrontée à cette profonde crise humanitaire. Selon l’UNICEF, 74 districts à travers la Somalie sont touchés, parmi lesquels l’ONU a classé 12 par ordre de priorité comme nécessitant un soutien urgent.

Avec cette crise alimentaire et climatique, les Nations Unies s’inquiètent des épidémies. « L’histoire de la Somalie montre que lorsque des niveaux élevés de malnutrition aiguë sévère chez les enfants se combinent à des épidémies mortelles, la mortalité infantile augmente de façon spectaculaire, avec des conséquences tragiques », a fait valoir l’UNICEF.

Une mère et ses cinq enfants dans une tente de fortune dans un camp de déplacés à Luuq, en Somalie, en mars 2022.
Photo ONU/Fardosa Hussein
Une mère et ses cinq enfants dans une tente de fortune dans un camp de déplacés à Luuq, en Somalie, en mars 2022.

900.000 enfants risquent d’abandonner l’école

Les épidémies ont d’ailleurs connu un pic entre janvier et juillet, avec au moins 8.400 cas présumés de diarrhée aqueuse aiguë (DLA)/choléra. Environ 13.000 cas présumés de rougeole ont aussi été reportés, 78% sont des enfants de moins de 5 ans.

De plus, l’UNICEF parle d’une crise de l’eau. Dans toute la Somalie, 4,5 millions de personnes ont besoin d’un approvisionnement d’urgence en eau, et ce chiffre devrait augmenter à mesure que la sécheresse s’aggrave. 

Dans certaines régions, le prix de l’eau a augmenté de 55 à 85% depuis janvier 2022. « Quelle que soit la quantité de nourriture ingérée par un enfant souffrant de malnutrition, il ne se rétablira pas si l’eau qu’il boit n’est pas saine », a détaillé Mme Saeed.

S’agissant de l’éducation, plus de 3 millions d’enfants en âge d’être scolarisés ont été directement affectés par la sécheresse et 900.000 risquent d’abandonner l’école. La moitié d’entre eux sont des filles. « Nous avons vu en 2017 que 90% des enfants qui ont perdu l’accès à l’éducation ne sont jamais retournés à l’école », a affirmé la Représentante de l’UNICEF.

Distribution d'eau dans une zone affectée par la sécheresse, en Somalie.
© IOM Somalia 2022/ Ismail Osma
Distribution d'eau dans une zone affectée par la sécheresse, en Somalie.

Une hausse du nombre d’enfants séparés et non accompagnés

L’agence onusienne a également constaté une hausse du nombre d’enfants séparés et non accompagnés. Depuis janvier, leur nombre a augmenté de plus de 80% par rapport à l’année dernière. 

En juillet, 223.000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère avaient été traités et 1 million de personnes avaient reçu de l’eau potable (30% de l’objectif fixé pour 2022). Près de 1,2 million d’enfants ont été vaccinés contre la rougeole. 

Il s’agit de la troisième sécheresse en Somalie en une décennie. La première sécheresse, en 2011, a tué environ 260.000 personnes, dont de nombreux enfants. Les pires effets de la deuxième, en 2017, ont été atténués parce que les systèmes d’alerte précoce se sont déclenchés, les donateurs ont acheminé l’aide rapidement, les institutions gouvernementales étaient aussi plus solides et les organisations opérationnelles sur le terrain étaient plus nombreuses.

Une mère et son enfant passent devant des carcasses de chèvres et de moutons à Luuq, en Somalie, le 21 mars 2022.
Photo ONU/Fardosa Hussein
Une mère et son enfant passent devant des carcasses de chèvres et de moutons à Luuq, en Somalie, le 21 mars 2022.
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La FAO est venue en aide à plus de 333.000 ménages

« Nous avons besoin d’un changement radical pour empêcher que la famine ne se reproduise, en veillant à ce que les donateurs engagent des financements à long terme pour aider les familles à renforcer leur résilience face aux effets du changement climatique », a fait remarquer la Représentante de l’UNICEF. 

De son côté, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a déjà pris des mesures pour convertir le soutien qu’elle apporte actuellement à ces communautés rurales en une aide en espèces, parallèlement à la fourniture d’aliments, de soins et d’eau pour le bétail.

Selon l’agence onusienne, chaque dollar investi dans la protection des moyens de subsistance en milieu rural permet d’économiser environ 10 dollars en aide alimentaire pour les familles déplacées. 

Depuis le début de l’année, la FAO a atteint plus de 333.000 ménages avec de l’argent liquide et une aide aux moyens d’existence. Mais l’ampleur de l’aide actuellement fournie et le financement de la communauté internationale ne sont pas encore suffisants pour protéger les personnes les plus à risque, regrette l’UNICEF.

20,5 millions de personnes confrontées à une crise alimentaire grave dans la Corne de l’Afrique

Des niveaux de sécheresse sans précédent, la montée en flèche des prix des denrées alimentaires, les conflits et la Covid-19 ont forcé plus d’un million de personnes - principalement des femmes et des filles - à quitter leur maison, leurs terres, leur mode de vie et à s’installer dans des camps. Le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence est passé de 4,1 millions au début de 2022 à 7,1 millions de personnes entre juin et septembre 2022.

Les personnes confrontées à la famine et à la faim extrême en Somalie aujourd’hui sont en grande majorité des éleveurs et des familles rurales. Or la nutrition de leurs enfants est inextricablement liée à la santé et à la productivité de leurs animaux. Et depuis un an, ces animaux meurent à un rythme effarant.

Au total, 20,5 millions de personnes sont confrontées à une crise alimentaire grave et totalement évitable dans la Corne de l’Afrique.