Huit ans après l'attaque de Daech, l'ONU renouvelle son engagement envers la communauté yézidie

3 août 2022

Tous les efforts doivent être faits pour soutenir la communauté des Yézidis en Iraq, ont déclaré les Nations Unies ce mercredi, marquant les huit années depuis que le groupe extrémiste Daech a lancé un assaut brutal contre cette minorité religieuse.

Daech, également connu sous le nom d’EIIL (Était islamique en Iraq et au Levant), a mené une campagne génocidaire contre les Yézidis, dont la patrie historique est la ville de Sinjar, dans le nord du pays. 

Les atrocités commises comprennent des violences sexuelles, des exécutions de masse, des conversions forcées ainsi que d'autres crimes.  

Traumatisme et persévérance

« Alors que nous commémorons cette page traumatisante de l'histoire iraquienne, nous renouvelons notre engagement en faveur de la paix et de la stabilité pour les Yézidis et le peuple de Sinjar », a déclaré le bureau de l'ONU en Iraq dans un communiqué.

« Nous saluons la résilience des Yézidis à préserver leur culture et leur patrimoine malgré les tentatives de l’EIIL de les effacer, et malgré les innombrables défis auxquels la communauté continue de faire face. Nous n'oublierons pas ceux qui ont été tués, blessés ou traumatisés, ni ceux qui sont toujours portés disparus : leur recherche doit se poursuivre jusqu'à ce que ce chapitre douloureux soit clos », a ajouté le Bureau.

Huit ans après le début des atrocités, des milliers de Yézidis n'ont toujours pas retrouvé leurs familles et leurs proches. Beaucoup continuent de souffrir de stress post-traumatique après des années de captivité, de torture, de violences sexuelles et d'esclavage, ainsi que de traitements profondément inhumains. 

Un nombre incalculable d'entre eux s'efforcent encore d'accepter la perte de proches bien-aimés, voire de leur famille entière. 

​​​​​​​Vue du camp de réfugiés de Kabarto, où vivent aujourd'hui de nombreux Yézidis contraints de fuir la ville de Sinjar, prise par Daech le 3 août 2014Reza / Webistan
Reza / Webistan
​​​​​​​Vue du camp de réfugiés de Kabarto, où vivent aujourd'hui de nombreux Yézidis contraints de fuir la ville de Sinjar, prise par Daech le 3 août 2014Reza / Webistan

Une patrie toujours instable 

« De nombreux Yézidis restent déplacés de leurs lieux d'origine. En raison de tensions persistantes, leur terre ancestrale de Sinjar est toujours privée de la stabilité nécessaire pour reconstruire leur vie sans peur ni intimidation », indique le communiqué.  

L'ONU a souligné que la paix, le développement et la responsabilité étaient essentiels à l'épanouissement de la communauté yézidie, tout en mettant en avant le rôle du gouvernement Iraqien. 

« Il doit être clair qu'il est de la responsabilité de chacun de travailler sans relâche pour s'assurer que la détresse actuelle des Yézidis prenne fin maintenant et que tous les efforts soient faits pour fournir aux habitants de Sinjar des opportunités pour un avenir meilleur », affirme la déclaration.

« L'État doit protéger tout le monde. Son autorité est le garant de chaque citoyen de ce pays, quelle que soit son affiliation politique, sa religion ou son groupe ethnique. Aucun Yézidi, ni aucun autre Iraqien, ne doit être un pion dans une compétition de pouvoir local ou régional », a souligné le Bureau.  

En octobre 2020, les autorités Iraqiennes et le gouvernement régional du Kurdistan, au nord, ont signé un accord sur le statut du district de Sinjar. 

Depuis la défaite militaire de Daech, les victimes et les survivants ont été confrontés à des obstacles dus à la discorde sur les dispositifs de sécurité, la fourniture de services publics et l'absence d'une administration unifiée.

L'Accord de Sinjar doit être pleinement mis en œuvre, a déclaré le Bureau de l'ONU, ajoutant que « des structures stables de gouvernance et de sécurité sont essentielles. Cela permettra aux personnes déplacées de rentrer enfin chez elles, d'accélérer les efforts de reconstruction et d'améliorer la prestation des services publics ».

Un élan pour la responsabilité

L'ONU continuera à promouvoir la responsabilisation pour les crimes commis par Daech contre les Yézidis, notant que « la liberté et la justice vont de pair avec la paix et le développement ».

L'équipe de l'ONU chargée d'enquêter sur les crimes commis par Daech, connue sous le nom d'UNITAD, a appelé ce mercredi à accroitre l’élan en faveur des poursuites.

« Depuis la commémoration de l'année dernière, nous constatons des progrès sous la forme de précédents juridiques, tels que des poursuites pour crime de génocide dans les tribunaux allemands ; l'ouverture et les fouilles de fosses communes supplémentaires à Qeni et Hardan, au Sinjar ; tandis que le travail se poursuit pour identifier les des victimes supplémentaires », ont-ils constaté.

De nombreuses familles yézidies ont fui leurs maisons et se sont réfugiées dans le camp de Bajet Kandala pour personnes déplacées dans le nord de l'Iraq. (archives)
© UNICEF/Lindsay Mackenzie
De nombreuses familles yézidies ont fui leurs maisons et se sont réfugiées dans le camp de Bajet Kandala pour personnes déplacées dans le nord de l'Iraq. (archives)

Courage et résilience

Le Conseiller spécial et chef de l'UNITAD, Christian Ritscher, a souligné que cet élan était surtout inspiré par le courage et la résilience des Yézidis eux-mêmes, en Iraq et dans le monde entier.

Le courage et la persévérance des femmes et des filles yézidis, en particulier, sont exceptionnels et inspirent l'humilité, a-t-il dit, ajoutant que leur soif de justice alimentait les efforts d'enquête.  

M. Ritscher a rappelé une visite à Sinjar en mai, où il a rencontré de jeunes Yézidis « brillants ».

« J'ai été véritablement inspiré par la constance et la persistance de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes ayant survécu à une horreur inimaginable à se manifester, à parler de la gravité des brutalités subies, ainsi que par leur confiance et leur foi en la justice », a-t-il déclaré.

Les jeunes femmes et hommes de la communauté yézidie méritent d'être reconnus pour ce qu'ils ont enduré et continuent d'endurer, mais leur capacité à se relever, à se développer et à prendre leur avenir en main est véritablement impressionnante.
-Christian Ritscher, chef de l'UNITAD

« Les jeunes femmes et hommes de la communauté yézidie méritent d'être reconnus pour ce qu'ils ont enduré et continuent d'endurer, mais leur capacité à se relever, à se développer et à prendre leur avenir en main est véritablement impressionnante », a dit M. Ritscher.

Soutien international pour la justice

Selon un message posté sur Twitter, M. Ritscher était mercredi à Stuttgart, en Allemagne, où il a rencontré Nadia Murad, la lauréate du prix Nobel  et survivante yézidie qui milite depuis longtemps en faveur de la justice pour sa communauté.

L'UNITAD estime que l'élan vers la justice et la responsabilité continuera de s'amplifier grâce au soutien unanime de la communauté internationale, qui soutient fermement la poursuite de la responsabilité des crimes commis par Daech. 

Le gouvernement iraquien et de nombreux pays ont montré un soutien indéfectible à leurs enquêtes tout au long de l'année dernière. 

En novembre dernier, un tribunal régional en Allemagne a prononcé la première condamnation d'un membre de Daech pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide. L'UNITAD a soutenu les procureurs en s'engageant auprès des témoins en Iraq et en aidant à confirmer la nature frauduleuse des documents présentés par la défense.

M. Ritscher a déclaré qu'à mesure que les efforts de collaboration se développent, les victimes et les survivants se rapprocheront de la justice qu'ils méritent tant.

« Grâce aux partenariats entre les autorités nationales, l'UNITAD, les communautés touchées et les organisations non gouvernementales, nous pouvons surmonter les nombreux obstacles qui se dressent devant la justice pour les crimes commis par Daech », a-t-il déclaré.

 

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