Zoom sur la leishmaniose, une maladie parasitaire se renforçant mutuellement avec le VIH (OMS)

1 août 2022

Le 7e Congrès mondial sur la leishmaniose se tient actuellement à Carthagène, en Colombie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), participante, a récemment émis de nouvelles recommandations relatives aux sujets atteints à la fois par cette maladie parasitaire et par le VIH : un cocktail mortifère, devenu un défi de santé publique majeur dans certains pays comme en Inde et en Éthiopie.

Les co-infections par la leishmaniose et le VIH ont ralenti la gestion et l'élimination de la leishmaniose viscérale, les personnes infectées par le VIH étant particulièrement vulnérables à la maladie. Les deux maladies se renforcent mutuellement, en faisant s’écrouler le système immunitaire du patient. Elles entraînent une morbidité plus grave, du fait, entre autres, d’options thérapeutiques limitées et de taux de rechute plus élevés, et posent d'importants problèmes cliniques et de santé publique, selon l'OMS.

Signalée pour la première fois au milieu des années 1980 dans le sud de l'Europe, cette co-infection est désormais documentée dans 45 pays. Des taux élevés sont signalés au Brésil, en Éthiopie et en Inde. Les patients co-infectés sont vulnérables non seulement à d'autres maladies concomitantes comme la tuberculose et la méningite cryptococcique, mais aussi, à des degrés divers, à la stigmatisation et à des problèmes de droits de l'homme.

Des parasites transmis par la piqûre d'insectes appelés phlébotomes

En juin, l'OMS a publié une nouvelle directive avec des recommandations de traitement spécifiques à chaque région concernant la leishmaniose viscérale chez les patients co-infectés par le VIH. Ces recommandations visent spécifiquement la leishmaniose viscérale, très active en Afrique de l'Est et en Asie du Sud-Est.

Selon l’Institut français Pasteur, les leishmanioses sont des maladies parasitaires provoquant des affections cutanées ou viscérales très invalidantes, voire mortelles, si elles ne sont pas traitées. Elles sont dues à différents parasites du genre Leishmania, transmis par la piqûre d'insectes communément appelés phlébotomes.

La leishmaniose viscérale, ou « kala azar » ou « maladie noire », est causée par différentes espèces de Leishmania, dans des zones géographiques distinctes. En Afrique de l'Est (Éthiopie, Sud-Soudan et Soudan) et en Asie du Sud-Est (Bangladesh, Inde et Népal), elle est causée par le parasite Leishmania donovani, et a un cycle « anthroponotique » : autrement dit, l'homme est l'unique réservoir du parasite.

« Des schémas thérapeutiques optimaux spécifiques à chaque région sont nécessaires car la virulence du parasite et la sensibilité aux médicaments diffèrent », déclarait au mois de juin le Dr Saurabh Jain, responsable médical du programme mondial de lutte contre la leishmaniose au Département de lutte contre les maladies tropicales négligées de l'OMS. « De plus, très peu d'études ont été menées dans le passé dans des régions d'endémie de la leishmaniose autres que l'Europe, ce qui a rendu difficile la formulation de recommandations adaptées à des contextes géographiques spécifiques. »

Nouvelles directives et meilleur traitement

Les recommandations de l’OMS sont fondées sur les résultats d'études menées en Inde par Médecins sans frontières et ses partenaires, ainsi qu’en Éthiopie par d’autres partenaires. Elles devraient permettre d'accroître l'accès au traitement, d'améliorer ses résultats et de bénéficier ainsi aux programmes nationaux de lutte contre les maladies tropicales négligées, le VIH, la tuberculose et les maladies à transmission vectorielle. 

En Inde, jusqu'à 5 à 7 % des patients atteints de leishmaniose viscérale sont infectés par le VIH - le taux le plus élevé d'Asie du Sud ; une proportion importante d'entre eux souffre également d'une autre comorbidité mortelle, à savoir la tuberculose.

Les nouvelles directives de l’OMS sont une mise à jour des précédentes recommandations de 2010. Elles étaient basées sur des preuves limitées, extrapolées principalement à partir de l'expérience des pays du bassin méditerranéen, où la zoonose Leishmania infantum est la principale espèce de parasite responsable. 

Le traitement recommandé consistait en des injections quotidiennes d'amphotéricine B liposomale (AmBisome) sur une période allant jusqu'à 38 jours.

Cependant, les résultats des études menées en Éthiopie et en Inde ont montré que le nouveau schéma thérapeutique associant l'amphotéricine B liposomale et la miltefosine par voie orale donnait de meilleurs résultats. En Inde, le résultat du traitement était supérieur, avec une survie sans rechute de 96 %, contre 88 % pour le traitement standard. 

« Nous nous félicitons des nouvelles recommandations ainsi que des indicateurs clés pour le suivi des résultats des patients co-infectés, car cela pourrait accélérer les efforts visant à éliminer le kala azar en tant que problème de santé publique », a déclaré Roderico H. Ofrin, représentant de l'OMS en Inde.

En Éthiopie, une coinfection en hausse

En Éthiopie, la coinfection leishmaniose viscérale-VIH a augmenté de 20 à 30 % depuis le début des années 1980 : on y trouve le taux de coinfection le plus élevé au monde. Bien que ce taux ait quelque peu diminué, la coinfection reste néanmoins un défi de santé publique majeur. Le nouveau traitement combiné a montré une efficacité accrue (88 %) par rapport au traitement standard actuel (55 %).

« Les différents médicaments et régimes utilisés jusque là étaient moins efficaces et s'accompagnaient d'une toxicité, d'une rechute et d'une mortalité élevées », a déclaré M. Tesfahun Bishaw Mengistie, responsable de la leishmaniose au sein de la Direction de la prévention et du contrôle des maladies, rattachée au Ministère fédéral de la Santé de l’Éthiopie. « Nous nous félicitons des nouvelles recommandations, car elles garantissent une meilleure prise en charge de cette affection complexe ».

 

 

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