Présidentielle au Kenya : des experts de l’ONU appellent à un scrutin apaisé et contre les discours de haine

21 juillet 2022

A l’approche des élections générales au Kenya, des experts indépendants des Nations Unies ont appelé ce jeudi les acteurs politiques à s’abstenir de toute violence ou discours de haine, mais surtout à favoriser un environnement propice à des élections pacifiques.

Alors que Nairobi se prépare à organiser des élections générales le 9 août prochain, ils indiquent avoir noté « des tensions politiques et de la violence pendant la période de campagne ». Celle-ci est marquée par « des incitations  et discours de haine de la part de certains candidats ou de leurs partisans ».

Un tel atmosphère risque « dangereusement d’allumer ou d’attiser les flammes de la violence », ont mis en garde les experts indépendants onusiens. « Toutes les personnes impliquées dans le processus électoral doivent s’engager à adopter un comportement pacifique avant, pendant et après les élections. Les candidats et les partis politiques doivent s’abstenir d’utiliser un langage incendiaire susceptible d’entraîner des violences et des violations des droits de l’homme, notamment à l’encontre des groupes ethniques », ont déclaré les experts.

Les élections kényanes ont été à plusieurs reprises marquées par des violences

A ce sujet, ils ont insisté sur l’importance de créer un environnement propice à la tenue d’élections pacifiques et inclusives qui répondront aux aspirations des Kenyans. Une façon d’attirer l’attention sur le fait de pouvoir voter le 9 août prochain « sans craindre la violence ». Et pour rester « au cœur de la gouvernance démocratique », les discours de haine, toute menace verbale ou en ligne, toute intimidation ou violence à l’encontre des candidats et électeurs doivent être prévenus.

 Une rue du bidonville de Mathare à Nairobi, au Kenya (archives).
© Julius Mwelu/ ONU-Habitat
Une rue du bidonville de Mathare à Nairobi, au Kenya (archives).

Cette alerte des experts indépendants onusiens intervient alors que plusieurs observateurs redoutent des tensions. Les élections kényanes ont été à plusieurs reprises marquées par des violences, notamment ethniques, dans l'histoire récente, comme en 2007-2008, qui avaient fait plus de 1.100 morts et des milliers de déplacés.

« Les autorités doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les violations des droits de l’homme pendant les élections actuelles, notamment en veillant à ce que les responsables rendent des comptes », ont fait valoir les experts, relevant que « les auteurs de violations des droits de l’homme commises lors d’élections passées n’avaient pas été traduits en justice.

Le « rôle crucial » de la société civile, des observateurs électoraux et des journalistes

Par ailleurs, les experts ont exhorté les autorités à veiller à ce que la société civile, les défenseurs des droits de l’homme, les observateurs électoraux et les journalistes puissent mener à bien leur travail légitime sans intimidation ni représailles. Ces observateurs « jouent un rôle crucial pendant les élections pour contribuer à un processus électoral libre et inclusif et à la crédibilité des résultats », ont précisé les experts.

Se félicitant de l’engagement des autorités à s’abstenir d’interrompre les communications pendant la période électorale, les experts ont préconisé également le maintien de l’accès à Internet et des télécommunications pour protéger l’espace civique. « L’application des directives de gestion de la sécurité des élections, qui facilitent, respectent et protègent les droits de l’homme et les libertés fondamentales, sera essentielle pour garantir le droit à la participation politique », ont-ils ajouté.

Cette déclaration a été endossée par une dizaine d’experts indépendants dont Clément Nyaletsossi Voule, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique; Mary Lawlor, Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l’homme ; ou Irene Khan, Rapporteuse spéciale sur le droit à la liberté d’opinion et d’expression.

NOTE :

Les Rapporteurs spéciaux et Experts indépendants font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand groupe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations Unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations spécifiques à des pays, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et siègent à titre individuel.

 

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