Situation des femmes en Afghanistan : l’ONU exhorte les Talibans à changer de cap

1 juillet 2022

Les autorités de facto en Afghanistan doivent supprimer sans délai les restrictions à la liberté de mouvement des femmes afghanes, notamment leur obligation d'avoir un chaperon masculin et de se couvrir le visage, et leur permettre de pouvoir exercer un travail, a réclamé vendredi Michelle Bachelet, la Haute-Commissaire aux droits de l'homme.

Les Talibans au pouvoir en Afghanistan doivent respecter leurs obligations en matière de droits humains, a exhorté Michelle Bachelet lors d’une réunion d’urgence organisée ce vendredi à Genève.

En plus d'être juste, c'est aussi une question de « nécessité pratique » : dans un contexte de crise économique et de séisme meurtrier, la contribution des femmes à l'activité économique est en effet « indispensable ».

Cela implique l'accès à l'éducation, la liberté de mouvement et la protection contre la violence, a rapporté la Haute-Commissaire, qui a demandé aux Talibans de fixer une date précise pour l'ouverture des écoles secondaires pour les filles, de garantir « un enseignement de qualité, sans discrimination », ainsi que des ressources pour les enseignants.

Prise de contact avec d’autres pays de culture musulmane

En tant qu'autorités de facto exerçant un contrôle effectif, « les Talibans sont les premiers responsables des obligations légales de l'Afghanistan en vertu des traités internationaux », notamment l'obligation d'éliminer la discrimination à l'égard des femmes et de garantir le droit des femmes à une participation égale à la vie publique. 

Dans ce contexte, Mme Bachelet a encouragé ce vendredi les autorités de facto à prendre contact auprès de pays de culture musulmane ayant une expérience de la promotion des droits des femmes et des filles, tels que garantis par le droit international.

La récente visite d'une délégation de l'Organisation de coopération islamique (OCI) constitue, selon elle, une étape importante à cet égard.

Rétablir des mécanismes indépendants pour protéger les victimes de violences sexistes 

Exprimant sa sympathie et sa solidarité au peuple afghan meurtri par le récent séisme qui « aggrave une situation déjà désespérée », « en particulier pour les femmes et les filles », Mme Bachelet a aussi appelé à  rétablir dans le pays des mécanismes indépendants pour recevoir les plaintes du public et protéger les victimes de violences sexistes. 

« Si certaines de ces préoccupations sont antérieures à la prise du pouvoir par les talibans en août 2021, les réformes de l'époque allaient dans le bon sens, il y avait des améliorations et de l'espoir.

Or depuis que les Talibans ont pris le pouvoir, les femmes et les filles connaissent le recul de leurs droits le plus important et le plus rapide depuis des décennies. Leur avenir sera encore plus sombre, à moins que quelque chose ne change, rapidement », a-t-elle martelé.

« Oppression institutionnalisée et systématique »

Les autorités de facto rencontrées lors de la visite de Mme Bachelet dans le pays en mars dernier avaient déclaré qu'elles respecteraient leurs obligations en matière de droits humains, dans la mesure où elles étaient conformes à la charia islamique.

« Pourtant, malgré ces assurances, nous assistons à l'exclusion progressive des femmes et des filles de la sphère publique et à leur oppression institutionnalisée et systématique », a regretté la haute fonctionnaire.

« Les femmes impressionnantes que j'ai rencontrées au cours de ma visite, issues de nombreux secteurs de la société, ont été claires : elles veulent un dialogue direct, en personne, avec les autorités de facto ».

Des travaux sont en cours pour faciliter cette demande des femmes afghanes, sous la direction de la MANUA, la Mission d’assistance de l’ONU en Afghanistan.

Possibilité d’ouvertures dans certaines régions du pays

Des efforts plus concertés de la part de la communauté internationale sont nécessaires pour insister auprès des autorités de facto afin qu'elles rétablissent, protègent et promeuvent de toute urgence les droits des femmes et des filles afghanes, a appuyé Mme Bachelet.

« Il existe certaines possibilités à cet égard. Dans certaines régions du pays, les gouverneurs appliquent des politiques qui offrent des options aux femmes et aux filles. Nous devrions nous appuyer sur ces ouvertures pour développer la participation, l'éducation et les opportunités économiques des femmes », a appuyé Mme Bachelet en exhortant la communauté internationale à soutenir des initiatives en cours de dirigeantes et de penseuses afghanes.

Le tableau actuel dressé par Mme Bachelet demeure cependant très sombre :

  • La faim et l'insécurité alimentaire touchent plus de 90% des ménages dirigés par des femmes.
  • L'augmentation des violences domestiques et du harcèlement.
  • Les attaques contre les défenseurs des droits humains, les journalistes, les juges, les avocats et les procureurs.
  • Le chômage massif des femmes, dans un contexte économique au bord de l'effondrement total.
  • Les restrictions de la liberté de mouvement, d'habillement, et leur impact sur l'accès aux services de base, ainsi qu'une anxiété et une dépression croissantes.
  • Les fermetures d'entreprises détenues et gérées par des femmes.
  • L’impunité persistante.
  • L’arrêt de la scolarité secondaire pour 1,2 million de filles.

« Ce ne sont là que quelques-unes des expériences quotidiennes des femmes et des filles en Afghanistan », a énuméré la Haute-Commissaire.

 

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