Guterres rencontre des réfugiés à New York et exhorte les pays développés à offrir plus de possibilités de réinstallation

19 juin 2022

Avant la Journée mondiale des réfugiés, célébrée chaque année le 20 juin, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a rendu visite samedi à des réfugiés d'Iraq et d'Afghanistan qui vivent, travaillent et contribuent au dynamisme de la ville de New York, aux Etats-Unis.

« Comme des millions de réfugiés dans le monde, ils contribuent à apporter une nouvelle vie, la prospérité et une riche diversité à leurs communautés d'accueil. Nous devons continuer à les soutenir », a déclaré le chef de l'ONU sur Twitter après la visite.

M. Guterres, qui a été Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés de 2005 à 2015, a souligné le rôle vital des pays développés dans l'accueil des réfugiés et pour leur offrir des opportunités, qui qu'ils soient et d'où qu'ils viennent.

« Je ne vais pas mourir demain »

M. Guterres s’est d’abord rendu à Brooklyn, où il a rendu visite à Suzan Al Shammari, une réfugiée iraquienne qui a fui Bagdad en 2010 avec sa famille pour Le Caire, en Égypte. Ils ont été enregistrés auprès de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR, et ont pu se réinstaller en Californie. De là, ils ont pu se rendre à New York.

Mme Al Shammari a dit au Secrétaire général que parce qu'elle a grandi alors que la guerre faisait rage, elle veut pouvoir aider d'autres réfugiés. Dans cet esprit, elle travaille actuellement comme assistante sociale auprès d'une organisation non gouvernementale (ONG) après avoir récemment obtenu une maîtrise d'une université au Royaume-Uni.

« Chaque jour, vous pensez que ce sera le dernier. Quand je suis allée en Égypte avec ma famille, c'était aussi difficile d'être là-bas en tant que réfugiés. Donc, quand j’ai déménagé aux États-Unis, même si c’était une grande chance, il m'a fallu quelques années pour m'adapter au fait que je ne mourrai pas demain », a déclaré Mme Al Shammari.

Elle a ajouté que la réinstallation offre l'opportunité d'une « seconde chance » pour ceux qui sont forcés de fuir leur pays. « Faire venir des réfugiés sauve des vies et c'est quelque chose auquel chaque dirigeant, chaque pays, devrait contribuer », a déclaré Mme Al Shammari.

Mme Al Shammari a souligné qu'elle était « l'une de ces personnes ayant eu de la chance », car elle a eu la possibilité de trouver un nouveau foyer sûr, mais avait également une éducation et parlait couramment la langue de son pays d'accueil.

« Je peux dire de mon expérience personnelle avec mes parents, qu'il n'est pas facile de venir dans un pays que vous ne connaissez pas, une langue que vous ne parlez pas. Mes deux parents étaient ingénieurs en Iraq et ils ne peuvent pas travailler avec leurs diplômes […] Je crois sincèrement que si les entreprises prennent plus d'initiatives, embauchent des réfugiés et créent plus d'opportunités pour les immigrants, cela aiderait. […] vous voyez, certains entendront leur accent, entendront qu'ils ne parlent pas bien l'anglais et diront: "Je ne pense pas que ça va marcher" ».

Selon les dernières données des Nations Unies, il y a actuellement près de 1,2 million de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays en Iraq parmi les plus de six millions initialement déplacées par la violence liée à Daech de 2014 à 2017.

Dans le même temps, l'Iraq accueille plus de 290.000 réfugiés de Syrie et d'autres pays depuis de nombreuses années, principalement dans la région du Kurdistan iraquien. Fin 2021, la majorité des camps de personnes déplacées dans les gouvernorats du centre et du sud de l'Iraq étaient fermés. Il y a maintenant 26 camps sur 44 camps au début de 2020, dont 25 dans la région du Kurdistan d'Iraq.

Le Secrétaire général de l'ONU (à droite) rencontre des réfugiés à New York.
Photo ONU/Eskinder Debebe
Le Secrétaire général de l'ONU (à droite) rencontre des réfugiés à New York.

Heureux de se réinstaller mais inquiets pour leur famille

Après avoir rencontré Mme Al Shammari, M. Guterres s'est rendu dans le Queens pour rendre visite à un couple afghan, Shafi Alif et Rohina Sofizada. Dans leur appartement, le chef de l'ONU a été accueilli avec du thé vert épicé et des friandises afghanes traditionnelles.

Alors qu'ils discutaient autour de leurs tasses, M. Alif a révélé que sa famille avait fui l'Afghanistan pour le Pakistan alors qu'il avait cinq mois, en 1992. La famille a marché pendant 40 jours pour demander l'asile au Pakistan, où ils sont restés plus de 10 ans. Ils étaient également enregistrés auprès du HCR.

Avec l'aide du HCR, M. Alif et sa famille sont retournés volontairement en Afghanistan en 2002. Il a reçu un soutien financier lors de leur retour à Kaboul, y compris le transport et une allocation en espèces.

Le couple a convenu qu'ils avaient eu des « années paisibles » dans le pays jusqu'en 2018, lorsque Mme Sofizada, qui travaillait avec l'ambassade des États-Unis à Kaboul, a reçu un visa spécial pour se réinstaller aux États-Unis. Un peu plus tard, M. Alif l'a rejointe avec un visa d'immigrant spécial, alors qu'il travaillait avec l'armée polonaise dans la capitale de l'Afghanistan.

Aujourd'hui, ils sont heureux d'avoir pu se rendre aux États-Unis, mais ils sont toujours préoccupés par le fait que les membres de leur famille, qui sont maintenant au Pakistan, ont quitté Kaboul après la prise du pouvoir par les Talibans en 2021.

« Ma famille a été rejetée à la frontière à deux reprises, même avec tous les visas et documents. Ils ont dû se rendre au Pakistan à pied, car ils ne recevront pas beaucoup d'Afghans. Nous sommes soulagés d'être ici, mais nous nous inquiétons toujours pour nos proches », a déclaré Mme Sofizada.

Comme Mme Al Shammari, M. Shafi travaille également pour aider les nouveaux arrivants. Il est un travailleur social d'une ONG qui aide des Afghans. Il déclare qu'aucun réfugié n'est « heureux de quitter son pays », mais parce qu'ils peuvent être confrontés à la violence ou à la persécution, ils partent parce qu'ils n'ont pas d'autre choix.

« Nous avons besoin de plus de places de réinstallation, nous avons besoin de plus d'aide de différentes sortes, comme les besoins de base, le logement, tout ce qui est nécessaire pour un réfugié. Cela peut être utile à la communauté dans laquelle ils vivent », a-t-il expliqué.

Selon le HCR, les Afghans constituent l'une des plus importantes populations de réfugiés au monde. Il y a 2,6 millions de réfugiés afghans enregistrés dans le monde, dont 2,2 millions rien qu’en Iran et au Pakistan. 3,5 millions de personnes supplémentaires sont déplacées à l'intérieur du pays. Plus de la moitié de la population afghane, soit 24 millions de personnes, est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë et on estime que 97% de la population afghane vit bien en dessous du seuil de pauvreté.

Les pays développés doivent faire plus

Après avoir entendu ces témoignages, M. Guterres a appelé les pays développés à faire plus et leur a rappelé leur rôle fondamental dans l'accueil des réfugiés et pour leur donner la chance de recommencer dans un environnement sûr et sécurisé, loin des situations difficiles qu'ils peuvent trouver dans des camps.

Le Secrétaire général de l'ONU a déclaré qu'à l'époque où il dirigeait l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, il y avait deux fois plus de possibilités de réinstallation disponibles pour ceux qui venaient de camps de réfugiés et d'autres situations difficiles dans le monde.

À ce titre, il a exhorté davantage d'États à ouvrir leurs frontières aux demandeurs d'asile et à les aider à trouver de meilleures conditions de vie.

Sur tous les cas de réinstallation soumis par le HCR aux États en 2021, 86% concernaient des survivants de la torture ou de la violence, des personnes ayant besoin de protection juridique et physique et des femmes et des filles vulnérables. Un peu plus de la moitié de toutes les dossiers soumis concernaient des enfants.

Selon l'ONU, le monde a atteint le cap dramatique des 100 millions de réfugiés en mai, 10 semaines après l'invasion russe de l'Ukraine, qui a déplacé non seulement les personnes fuyant la guerre, mais a également déclenché une insécurité alimentaire mondiale, ainsi que des pénuries de céréales et d'engrais.

 

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