Tracer une voie vers la démocratie en Gambie

19 juin 2022

Après deux décennies de dictature, la Gambie est sur la voie de la démocratie et du respect des droits de l'homme. L'ONU travaille en étroite collaboration avec le gouvernement pour y parvenir, un processus qui implique de faire face au passé violent du pays.

Pour Isatou Ceesay et Tombong Njie, le terme « chasse aux sorcières » n'est pas une métaphore. Sous le régime de l'ancien dictateur Yahya Jammeh, elles ont, toutes les deux, été littéralement condamnées comme sorcières.

« Il a placé des gens en prison, les a torturés, et c'était leur fin », dit Mme Ceesay. « Nous étions tellement gênés de sortir. Nous ne sommes pas des sorcières », ajoute Mme Njie.

Au cours de ses 22 années au pouvoir, l'ancien Président Jammeh a gravement affaibli les institutions et l'appareil de sécurité du pays. Le régime était caractérisé par le harcèlement ; la torture ; le meurtre de personnalités politiques, de journalistes, de militants et d'étudiants ; et d'importantes violences sexuelles et sexistes à l'égard des femmes et des enfants.

Mme Ceesay, Mme Njie et de nombreux autres Gambiens portent encore les cicatrices des abus de la campagne de chasse aux sorcières, qui a débuté en 2009 et a duré plusieurs années. Les victimes ont lutté pour échapper à la stigmatisation associée aux sorcières.

Isatou Ceesay, une victime d'une chasse aux sorcières en Gambie.
PNUD Gambie
Isatou Ceesay, une victime d'une chasse aux sorcières en Gambie.

Accompagner une transition difficile

En 2016, les Gambiens se sont débarrassé du Président Jammeh et le nouveau Président, Adama Barrow, a prêté serment en février 2017. Cependant, la nation de deux millions d'habitants a été confrontée à une grave crise politique et sociale en l'absence d'institutions judiciaires indépendantes ou efficaces et avec des violations généralisées des droits de l'homme.

La transition politique a exigé des réformes urgentes pour refondre les institutions du pays, promouvoir la gouvernance démocratique, remédier aux violations passées des droits de l'homme et instaurer le respect de l'État de droit.

L'ONU a notamment aidé à soutenir cette transition par le biais du Fonds pour la consolidation de la paix du Secrétaire général de l'ONU, qui a fourni des fonds destinés à des domaines critiques, tels que la réforme du secteur de la sécurité et de la justice.

L'étroite collaboration de l'ONU avec les autorités, sous le régime du Président Barrow, a jeté les bases de deux grandes institutions en décembre 2017 : la Commission nationale des droits de l'homme et la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), composée de onze personnes, et conçue pour refléter la diversité ethnique, religieuse et de genre du pays.

Tombong Njie, victime du régime répressif de l'ancien dictateur de Gambie, Yahya Jammeh.
PNUD Gambie
Tombong Njie, victime du régime répressif de l'ancien dictateur de Gambie, Yahya Jammeh.

Redonner espoir à la Gambie

En janvier 2019, des audiences publiques de la Commission vérité et réconciliation ont commencé, les victimes et les auteurs donnant leurs témoignages personnels. Les auditions et les activités de sensibilisation ont suscité un grand intérêt public et une large participation populaire, notamment des jeunes et de la société civile.

« La TRRC est très importante. J'ai vu comment elle a aidé les gens à sympathiser avec nous, sachant que nous avons été délibérément et à tort accusées », a déclaré Pa Demba Bojang, une victime de la campagne de chasse aux sorcières.

« Les gens aspirent maintenant à vivre en paix dans ce pays. La vie des victimes s'est améliorée grâce à l'aide qu'elles ont reçue du projet. Le projet a redonné espoir en Gambie », a déclaré une autre victime.

Les audiences ont été diffusées en direct à la télévision, à la radio et sur des plateformes en ligne telles que YouTube et Facebook. Elles n'étaient pas faciles à regarder, car elles couvraient des cas de violations des droits humains, y compris la torture, les disparitions forcées, les arrestations arbitraires, les détentions/homicides illégaux et la violence sexuelle et sexiste.

Ya Jai Bahoum, une victime du régime du dictateur de Gambie, Yahya Jammeh.
PNUD Gambie
Ya Jai Bahoum, une victime du régime du dictateur de Gambie, Yahya Jammeh.

Soutenir les victimes

Le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix a joué un rôle clé en permettant aux audiences d'avoir lieu. Il a permis l'ouverture du bureau de la Commission, fourni des équipements essentiels, un soutien technique aux commissaires et au personnel, et a contribué à garantir l'accès des victimes aux procédures de la TRRC, ce qui impliquait d'atteindre les habitants des régions les plus reculées du pays.

Quelque 2.000 personnes ont bénéficié du Fonds de soutien à la participation des victimes, qui a fourni un soutien psychosocial et des interventions médicales essentielles. En outre, 30 personnes ont bénéficié d'une protection complète destinée aux témoins.

Au-delà des audiences, plus de 34.000 Gambiens ont participé à des missions de sensibilisation sur le processus de justice transitionnelle et ont pris part à des ateliers organisés en partenariat étroit avec des organisations de la société civile, des chefs religieux et traditionnels.

Depuis qu'elle a commencé à tenir des audiences, le processus participatif et accessible de la Commission a contribué à favoriser la réconciliation nationale. « Nous avons été accusés à tort. Certains nous ont pointés du doigt, mais la TRRC nous a aidés à surmonter cette honte », a déclaré une autre victime de la campagne de chasse aux sorcières.

Le Fonds en Gambie

Le Fonds du Secrétaire général pour la consolidation de la paix est l'instrument financier de premier recours des Nations Unies pour maintenir la paix dans les pays à risque ou touchés par des conflits violents.

Depuis 2006, le Fonds a alloué 1,67 milliard de dollars à plus de 60 pays. Depuis sa création, 64 États membres ont contribué au Fonds et 46 ont pris des engagements et des promesses pour le Plan stratégique 2020-2024.

La stratégie 2020-2024 du Fonds a établi des créneaux prioritaires pour promouvoir l'engagement des femmes et des jeunes dans les programmes de paix et de sécurité.

Le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF) a lancé des processus de transition critiques, tels que la réforme du secteur de la sécurité et la justice transitionnelle. Avec 4,7 millions de dollars approuvés par le PBF, un programme de réforme a contribué à établir des processus et des mécanismes de justice transitionnelle crédibles favorisant la réconciliation et une paix durable en Gambie.

La Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) a soumis son rapport final au Président Adama Barrow le 25 novembre 2021, comprenant 17 volumes de rapports thématiques sur les atrocités et autres violations des droits humains. Le rapport traite des homicides illégaux, de la torture, des disparitions forcées, de la violence sexuelle et sexiste, des traitements inhumains et dégradants, de la « chasse aux sorcières », des faux traitements contre le VIH/sida et des abus de la fonction publique.

Le Président Barrow a maintenant la responsabilité de répondre aux recommandations de la TRRC. Un projet PBF en cours de 3,5 millions de dollars soutient actuellement la mise en œuvre et le suivi des recommandations de la TRRC.

 

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