Légère baisse des prix alimentaires mondiaux, le blé toujours en hausse, selon la FAO

3 juin 2022

Les prix des denrées alimentaires dans le monde ont baissé légèrement en mai pour le deuxième mois consécutif, après avoir atteint un niveau record en mars, bien que les prix du blé, du riz et de la chair de volaille aient vu leurs coûts augmenter, a indiqué vendredi l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Alors que les indices des prix des produits laitiers, du sucre et des huiles végétales ont tous chuté le mois dernier, ceux de la viande et des céréales ont en effet augmenté pour atteindre respectivement un niveau historique et une hausse de 2,2%.

L’indice FAO des prix des produits alimentaires, qui suit les produits alimentaires les plus échangés au niveau mondial, s’est ainsi établi à une moyenne de 157,4 points en mai 2022, soit un recul 0,6 pour cent par rapport à avril. Malgré la baisse mensuelle, l’indice de mai était encore supérieur de 22,8% à celui de l’année précédente, poussé à la hausse en partie par les inquiétudes concernant l’impact de l’invasion russe en Ukraine.

Inquiétudes sur les conditions des cultures et annonce d’un embargo sur les exportations par l’Inde

Denrée stratégique, le blé affiche un gain de 5,6% en mai et une hausse annuelle de ses prix de 56,2%. Selon la FAO, cette hausse est notamment liée « à l’annonce d’un embargo sur les exportations par l’Inde, à des inquiétudes sur les conditions des cultures dans plusieurs pays exportateurs majeurs ».

Cette augmentation n’est pas également étrangère à une réduction des prévisions de production de céréales en Ukraine.  Sur un an, la céréale, dont Russie et Ukraine assuraient 30% du commerce mondial, a vu son prix augmenter de 56,2%. « Cette évolution traduit aussi un abaissement des perspectives concernant la production de blé en Ukraine du fait de la guerre dans ce pays », a précisé l’organisation onusienne basée à Rome. 

De plus, les prix internationaux du riz ont connu eux aussi une progression généralisée.
Dans le même temps, les prix des céréales secondaires ont affiché une baisse de 2,1%. Les prix du maïs ont ainsi accusé le recul plus important qui s’explique par la légère amélioration de l’état de cultures aux États-Unis, de meilleures disponibilités saisonnières en Argentine et le début imminent des principales récoltes de maïs au Brésil. 

L’indice FAO des prix de la viande a atteint un nouveau record. Viande rouge vendue sur le marché de Hamarwayne à Mogadiscio, en Somalie.
Photo AMISOM/Omar Abdisala
L’indice FAO des prix de la viande a atteint un nouveau record. Viande rouge vendue sur le marché de Hamarwayne à Mogadiscio, en Somalie.

Des prix de la viande à des niveaux historiquement élevés

En revanche, l’indice FAO des prix de la viande a atteint un nouveau record, en gagnant 0,6% en mai, alors même que les prix de la viande de bovins sont demeurés stables et que ceux de la viande de porc ont reculé. La hausse de cet indice s’explique par une forte remontée des prix internationaux de la chair de volaille, sous l’effet des perturbations incessantes des chaînes d’approvisionnement en Ukraine et des cas de grippe aviaire récemment signalés, avec en toile de fond un essor de la demande en Europe et au Moyen-Orient.

S’agissant des prix des huiles végétales, l’Indice de la FAO a baissé de 3,5% par rapport à avril, tout en restant nettement supérieur à son niveau de l’année précédente. Les prix ont chuté pour les huiles de palme, de tournesol, de soja et de colza, en partie en raison de la levée de l’interdiction d’exportation de courte durée imposée par l’Indonésie sur l’huile de palme et de la faible demande mondiale d’importation d’huiles de soja et de colza compte tenu des coûts élevés ces derniers mois.

Les prix des produits laitiers ont perdu eux aussi du terrain, avec un recul de 3,5%  en glissement mensuel. Les prix du lait en poudre affichent la plus forte baisse, laquelle s’explique par les incertitudes du marché face à la poursuite des confinements liés à la covid-19 en Chine, tandis que les volumes soutenus des ventes au détail et la forte demande des restaurants dans l’hémisphère Nord ont empêché une chute importante des prix des fromages.

Une production céréalière mondiale en baisse

Les prix du beurre ont également baissé sous l’effet d’un affaiblissement de la demande à l’importation, dans un contexte d’accroissement des disponibilités à l’exportation.

L’indice FAO des prix du sucre a perdu 1,1% depuis avril. Cela s’explique par une production exceptionnelle en Inde, venue rehausser les perspectives relatives aux disponibilités mondiales. Dans le même temps, la dépréciation du real brésilien par rapport au dollar des États-Unis et la baisse des prix de l’éthanol ont également accru la pression à la baisse sur les prix mondiaux du sucre.

Par ailleurs, la production céréalière mondiale devrait continuer de baisser au cours de la saison 2022/23 pour la première fois en quatre ans, diminuant de 16 millions de tonnes, pour atteindre 2,784 milliards de tonnes, selon des estimations de la FAO. Mais la baisse la plus importante est prévue pour le maïs, suivi du blé et du riz, tandis que la production d’orge et de sorgho devrait augmenter. « Les projections reposent sur l’état des cultures déjà en terre et les semis prévus », a fait valoir la FAO. 

« Les restrictions à l’exportation créent des incertitudes sur les marchés et peuvent provoquer des flambées des prix et rendre ceux-ci plus volatiles ; la baisse des prix des huiles végétales témoigne des effets importants qu’entraînent leur levée et le retour à la fluidité des exportations », a expliqué l’Économiste en chef de la FAO, M. Máximo Torero Cullen.

Un groupe de femmes est assis sur des sacs de riz et de maïs à Wajir, au Kenya. Photo : FAO/Ami Vitale
FAO/Ami Vitale
Un groupe de femmes est assis sur des sacs de riz et de maïs à Wajir, au Kenya. Photo : FAO/Ami Vitale

Hausse de la consommation alimentaire mondiale de céréales

Il est également prévu un léger tassement, de 0,1 %, de l’utilisation mondiale de céréales, laquelle devrait s’établir en 2022-2023 à 2,788 milliards de tonnes et représenter ainsi la première contraction en 20 ans par rapport à son niveau de 2021-2022. Ce recul s’explique principalement par des baisses prévues de l’utilisation du blé, des céréales secondaires et du riz dans l’alimentation animale, tandis que la consommation alimentaire mondiale de céréales devrait progresser, en suivant le rythme de la croissance démographique mondiale. 

Les projections font état d’une baisse des échanges mondiaux de céréales, qui devrait être de 2,6 % par rapport à leur niveau de 2021-2022. Selon la FAO, ces échanges devraient ainsi s’établir à 463 millions de tonnes, soit leur plus bas niveau depuis trois ans, alors même que les perspectives concernant le commerce international de riz demeurent positives.

La diminution des stocks de maïs devrait être le premier responsable de cette baisse globale des stocks de céréales, cependant que les stocks de blé devraient être en progression, selon la FAO.

 

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