Des civils de Marioupol évacués de l'aciérie Azovstal lors d'une opération de l'ONU et du CICR.

L'évacuation de Marioupol, une lueur d'espoir dans la guerre en Ukraine (ONU)

© UNOCHA/Kateryna Klochko
Des civils de Marioupol évacués de l'aciérie Azovstal lors d'une opération de l'ONU et du CICR.

L'évacuation de Marioupol, une lueur d'espoir dans la guerre en Ukraine (ONU)

Paix et sécurité

Les Nations Unies continuent d'explorer toutes les options pour atteindre les civils affectés par l'assaut brutal de la Russie contre l'Ukraine, a déclaré la cheffe adjointe des affaires humanitaires de l’ONU, Joyce Msuya, dans une mise à jour adressée au Conseil de sécurité jeudi.

« Nos récents efforts pour évacuer les civils dans l'Est nous ont montré qu'il existe une bonne volonté et un terrain d'entente sur lequel nous pouvons nous appuyer entre les parties », a-t-elle déclaré devant les Quinze.

Un exploit monumental

A ce jour, les opérations conjointes de l'ONU et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont permis d'évacuer plus de 600 personnes de l'aciérie Azovstal et d'autres zones de la ville ukrainienne de Marioupol, ainsi que des villes voisines.

Il s'agit d'un « exploit vraiment monumental au milieu des bombardements et des destructions en cours dans l'Est » et d'une « lueur d'espoir », a-t-elle déclaré.

Pendant ce temps, le chef de l'humanitaire des Nations Unies, Martin Griffiths, continue d'explorer les moyens de réunir les parties pour discuter des questions humanitaires, notamment du passage en toute sécurité des civils et des convois d'aide.

M. Griffiths s’est rendu en Turquie cette semaine pour des entretiens axés sur le soutien du pays aux efforts de l'ONU en vue de fournir davantage d'aide humanitaire.

« Nous devons explorer toutes les options pour atteindre davantage de personnes là où les besoins sont les plus grands », a déclaré Mme Msuya.

« Nous restons fermement déterminés à ne négliger aucune piste. À trouver des mesures - des pauses locales aux cessez-le-feu plus larges - pour sauver des vies. Le monde attend cela de nous. Le peuple ukrainien le mérite », a fait valoir la numéro deux des affaires humanitaires de l’ONU.

Des travailleurs humanitaires préparent de l'aide pour un convoi destiné à Sumy, en Ukraine.
© UNOCHA/Laurent Dufour
Des travailleurs humanitaires préparent de l'aide pour un convoi destiné à Sumy, en Ukraine.

Une aide supplémentaire est nécessaire

Malgré l'espoir représenté par les évacuations, les combats intenses continuent de causer d'immenses souffrances en Ukraine. Le conflit a déraciné près de 14 millions de personnes, dont huit millions sont déplacées à l'intérieur du pays, selon les derniers chiffres.

Mme Msuya a également évoqué l'intensification « sans précédent » de l'aide humanitaire dans cette crise. Quelque 227 partenaires, pour la plupart des organisations non gouvernementales (ONG) nationales, ont apporté leur aide à plus de 5,4 millions de personnes, dont beaucoup dans l'Est du pays.

En plus des évacuations, cinq convois inter-agences ont fourni une bouée de sauvetage aux personnes encerclées par les combats, transportant des fournitures médicales essentielles, des rations alimentaires, des systèmes de réparation de conduites d'eau et d'autres articles. Cependant, elle a déclaré que cela était loin d'être suffisant.

Mme Msuya a indiqué que les parties ont été informées de l'arrivée des convois. « Je les exhorte à poursuivre leurs efforts de facilitation afin que nous puissions atteindre beaucoup plus de civils », a-t-elle ajouté.

Des enfants attendent un train pour être évacués vers la Pologne début avril 2022.
© UNICEF/Siegfried Modola
Des enfants attendent un train pour être évacués vers la Pologne début avril 2022.

Un enfer pour les enfants

Le Conseil de sécurité a également entendu Omar Abdi, le Directeur exécutif adjoint du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), qui a rendu compte de l'impact de la guerre sur les jeunes en Ukraine et au-delà.

Il a déclaré qu'au cours du mois dernier, les Nations Unies ont vérifié que près de 100 enfants avaient été tués dans le conflit « et nous pensons que les chiffres réels sont considérablement plus élevés ».

Bien que les évacuations de Marioupol et d'autres zones de la ligne de front aient représenté de « petits moments de soulagement », la situation reste sombre pour les enfants et les familles des zones touchées par le conflit qui n'ont pas accès à l'aide.

« Les enfants et les parents nous parlent de leur « enfer » où ils ont été contraints de souffrir de la faim, de boire dans des flaques d'eau boueuses et de s'abriter des bombardements et des tirs d'artillerie constants, en esquivant les bombes, les balles et les mines terrestres dans leur fuite », a-t-il déclaré.

Une école à Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine, a été détruite après un bombardement intensif.
© UNICEF/Kristina Pashkina
Une école à Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine, a été détruite après un bombardement intensif.

L'éducation dans le collimateur

L'éducation en Ukraine est également dans la ligne de mire, selon le numéro deux de l’UNICEF. L'horrible attaque perpétrée cette semaine contre une école de Louhansk, dans laquelle au moins 60 civils auraient trouvé la mort, en est « un rappel brutal ». Depuis le début de la guerre le 24 février, 15 des 89 écoles soutenues par l'UNICEF dans l'Est de l'Ukraine ont été endommagées ou détruites.

« Des centaines d'écoles à travers le pays auraient été touchées par l'artillerie lourde, les frappes aériennes et d'autres armes explosives dans les zones peuplées, tandis que d'autres écoles sont utilisées comme centres d'information, abris, centres d'approvisionnement ou à des fins militaires - avec un impact à long terme sur le retour des enfants à l'éducation », a-t-il signalé.

M. Abdi a lancé un appel pour que cessent les attaques contre les écoles, qui, selon lui, sont une bouée de sauvetage pour les enfants, en particulier dans les conflits, car elles offrent un espace sûr, des routines et un semblant de normalité.

Les écoles servent également de lien de connection vers les services sanitaires et psychosociaux essentiels. Il a appelé à soutenir les enseignants, les directeurs d'école et les autres personnels de l'éducation.

Les enfants ukrainiens doivent également continuer à avoir accès à l'éducation, a-t-il ajouté, soulignant la nécessité d'assurer des solutions d'apprentissage créatives et flexibles. L'UNICEF et ses partenaires aident les autorités à atteindre les étudiants, notamment par le biais de l'enseignement en ligne.

L'apprentissage chez soi et à l'étranger

Les pays voisins qui ont accueilli des réfugiés ukrainiens aident également les enfants à poursuivre leur apprentissage, que ce soit en classe ou par le biais de filières d'enseignement alternatives.

« On estime que 3,7 millions d'enfants en Ukraine et à l'étranger utilisent des options d'apprentissage en ligne et à distance. Mais d'énormes obstacles subsistent, notamment des contraintes de capacités et de ressources, des barrières linguistiques et des mouvements imprévisibles des enfants et de leurs familles », a informé M. Abdi.

En outre, des mesures plus importantes doivent être prises pour atteindre les enfants les plus à risque ou qui pourraient être laissés pour compte, notamment les jeunes apprenants et les enfants handicapés.

Des répercussions dans le monde entier

La guerre a des répercussions au-delà de l'Ukraine, alors que les prix mondiaux de la nourriture et du carburant atteignent des sommets historiques.  M. Abdi a déclaré que les enfants en ressentent également les effets.

« Les enfants déjà touchés par les conflits et les crises climatiques à travers le monde - de l'Afghanistan au Yémen et à la Corne de l'Afrique - paient aujourd'hui un prix mortel pour une autre guerre loin de leur porte. Les répercussions de la guerre en Ukraine continueront à se propager dans le monde entier », a déploré le Directeur adjoint de l’UNICEF.

Bien que les humanitaires fassent tout ce qu'ils peuvent pour les enfants ukrainiens, a-t-il ajouté, « ce dont ils ont besoin en fin de compte, c'est que la guerre cesse ».

« Les enfants ukrainiens nous disent qu'ils veulent retrouver leur famille, retourner dans leur communauté, aller à l'école et jouer dans leur quartier. Les enfants sont résistants, mais ils ne devraient pas avoir à l'être », a dit M. Abdi.

« Ils ont déjà payé un prix déraisonnable dans cette guerre. Nous devons faire tout notre possible pour nous assurer qu'elle ne leur coûte pas également leur avenir », a conclu le défenseur des enfants.