Guerre en Ukraine : des experts de l’ONU et d’organisations partenaires soulignent l’importance de la liberté d’information

4 mai 2022

Des experts des droits de l’homme de l’ONU et d’organisations partenaires ont insisté mercredi sur l’importance de la liberté d’expression et d’information dans le cadre de la guerre en Ukraine, alors que la Journée mondiale de la liberté de la presse a été célébrée cette semaine.

« Nous rappelons que c'est précisément en temps de guerre et de conflit armé que le droit à la liberté d'expression et au libre accès à l'information doit être vigoureusement défendu, car il est essentiel à la promotion d'une paix durable, à la compréhension de la nature du conflit et à la reddition des comptes », déclarent dans un communiqué commun ces experts des Nations Unies, de la Commission africaine des droits de l'homme, de la Commission interaméricaine des droits de l'homme et le Représentant sur la liberté des médias de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Premièrement, ces experts se disent « profondément préoccupés par la sécurité des journalistes, des professionnels des médias et du personnel associé en Ukraine, qui effectuent leur travail dans des conditions sans précédent et sont désormais exposés à un risque très élevé ».

Selon de nombreuses informations, des journalistes sont pris pour cible, torturés, kidnappés, attaqués et tués, ou se voient refuser un passage sûr depuis les villes et les régions assiégées. « De telles actions sont odieuses et doivent cesser immédiatement. Nous rappelons qu'en vertu du droit international humanitaire, pendant les conflits armés, les journalistes sont considérés comme des civils et doivent être protégés en tant que tels. Une attaque visant à tuer, blesser ou enlever un journaliste constitue un crime de guerre », déclarent les experts.

« Les responsables d'attaques directes ou aveugles contre des civils, y compris des journalistes, doivent être tenus pour responsables et traduits en justice », ajoutent-ils. « Des mesures doivent également être prises pour retrouver les journalistes portés disparus, déterminer leur sort, fournir une assistance appropriée et faciliter leur retour dans leurs familles. Les États ont le devoir et l'obligation de protéger et de garantir les droits humains, de mener des enquêtes efficaces et de garantir des recours et des réparations efficaces ».

Le Secrétaire général de l'ONU António Guterres devant des journalistes au siège de l'ONU à New York.
Photo ONU/Manuel Elias
Le Secrétaire général de l'ONU António Guterres devant des journalistes au siège de l'ONU à New York.

Cyberattaques

Deuxièmement, les experts se disent alarmés par les informations selon lesquelles les médias ukrainiens et l'Internet pourraient être intentionnellement ciblés par les forces russes dans le but de perturber l'accès à l'information, notamment au moyen de cyberattaques.

« Il est essentiel de veiller à ce que les Ukrainiens aient un accès continu à l’Internet, à la radiodiffusion et à d'autres moyens de communication. Nous appelons à l'adoption de toutes les mesures possibles pour protéger les médias, les organisations médiatiques et l'Internet contre les attaques et les prises de contrôle hostiles », déclarent les experts, qui appellent également à un soutien accru de la communauté internationale pour assurer la pérennité des médias en Ukraine.

« Les initiatives permettant aux journalistes et médias ukrainiens en exil de poursuivre leur travail professionnel doivent également être soutenues de manière durable et adaptée aux conditions exceptionnelles auxquelles ils sont confrontés », disent-ils.

Troisièmement, les experts soulignent que la propagande en faveur de la guerre et la haine nationale qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence sont profondément préjudiciables et interdites en vertu de l'article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ils appellent la Fédération de Russie « à s'abstenir immédiatement de ces pratiques illégales ».

Désinformation

Quatrièmement, les experts se disent préoccupés par la propagation de la désinformation concernant le conflit en Ukraine dans les médias publics russes.

Cependant, ils pensent que la désinformation ne peut être combattue en bloquant ou en interdisant les médias. Ils craignent que la décision de l'Union européenne d'interdire deux médias publics russes n'ait été une réponse disproportionnée à la désinformation. Selon eux, elle a servi de prétexte à la fermeture supplémentaire de médias indépendants en Fédération de Russie.

« Promouvoir l'accès à des informations diverses et vérifiables, y compris garantir l'accès à des médias libres, indépendants et pluralistes, est une réponse plus efficace à la désinformation », estiment les experts.

Cinquièmement, ils pensent que l'érosion du droit à la liberté d'expression et d'autres droits humains sur une période prolongée et le silence des voix critiques dans la Fédération de Russie « ont contribué à créer un environnement qui facilite la guerre de la Russie contre l'Ukraine ».

Ils se disent « alarmés par le nouveau durcissement de la censure et de la répression des sources d'information et d'opinion dissidentes et pluralistes en Fédération de Russie ».

Ils déplorent la répression systématique contre les opposants politiques, les journalistes indépendants et les médias, les militants des droits de l'homme, les manifestants et bien d'autres qui s'opposent aux actions du gouvernement russe.

« Toutes ces mesures équivalent à la création d'un monopole d'État sur l'information en violation flagrante des obligations internationales de la Russie. Elles doivent cesser », ajoutent les experts, qui appellent le gouvernement russe à mettre pleinement en œuvre ses obligations internationales en matière de droits humains.

Sixièmement, les experts notent que la guerre en Ukraine a encore mis en lumière les risques de prolifération de la désinformation, de la mésinformation et de l'incitation à la violence et à la haine et les restrictions de la liberté d'expression sur les plateformes de médias numériques et sociaux en raison de leurs modèles, politiques et pratiques commerciales.

Ils reconnaissent les efforts récents fait par les entreprises dominantes du secteur pour résoudre ces problèmes, mais ils les exhortent à renforcer leurs mesures pour faire en sorte que les droits de tous les utilisateurs soient respectés.

Les experts sont :

Irene Khan, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression ; Teresa Ribeiro, Représentante de l'OSCE pour la liberté des médias ; Pedro Pedro Vaca Villarreal, Rapporteur spécial de la Commission interaméricaine des droits de l'homme pour la liberté d'expression ; et Ourveena Geereesha Topsy-Sonoo, Rapporteur spécial de la Commission africaine sur la liberté d'expression et l'accès à l'information.

 

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