Témoignage - Coordonner l’aide humanitaire à Dnipro en Ukraine, un défi quotidien pour Laurent Dufour d’OCHA

26 avril 2022

Plus de 3,4 millions de personnes en Ukraine ont reçu une aide humanitaire depuis le début du conflit, de la part des agences de l’ONU, dont l’Organisation mondiale de la santé, le Haut-Commissariat aux réfugiés ou encore le Programme alimentaire mondial, ainsi que de nombreuses autres organisations non gouvernementales. Distribution de nourriture, services de santé, assistance financière, soins psychosociaux, tous ces efforts sont coordonnés par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Avant l’invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie le 24 février dernier, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires était déjà présent dans le pays.  

Laurent Dufour, est responsable de l’antenne de Dnipro, au centre du pays. Il explique dans un entretien à ONU Genève, son rôle pour structurer l’aide d’urgence. Il fait partie de plus de 1300 employés de l’ONU qui sont en Ukraine aujourd’hui et rattachés aux huit pôles humanitaires destinés à apporter l’aide humanitaire aux victimes du conflit. 

Jusqu’à présent, quelque 7,7 millions de personnes en Ukraine ont été déplacées à cause de la guerre, tandis que plus de 5 millions ont trouvé refuge hors des frontières, ce qui constitue le mouvement forcé de population le plus rapide depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Un bâtiment détruit à Dnipro, en Ukraine.
© WFP/Viktor Pesenti
Un bâtiment détruit à Dnipro, en Ukraine.

Comment la situation de Dnipro a-t-elle basculé le 24 février 2022 ?

Laurent Dufour : A première vue, Dnipro est une ville ukrainienne classique de près d’un million d’habitants, où les commerces sont ouverts et où les embouteillages se poursuivent. Mais cela cache une réalité très différente. Dnipro est en effet l’un des principaux points de passage pour les populations qui fuient les combats à l’est de l’Ukraine. Des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de personnes déplacées internes, y sont regroupées.

On a observé une première vague de déplacés à la suite de l’invasion, avec des gens qui ont pu quitter rapidement les villes ciblées grâce à leur propre véhicule. Ils ont pu atteindre des pays voisins ou se mettre à l’abri à l’ouest du pays. Mais depuis environ trois semaines, les personnes qui arrivent à Dnipro sont beaucoup plus vulnérables, plus modestes, et n’ont pas les moyens de pouvoir continuer leur périple. Elles sont arrivées de villes et de villages où la violence a été extrêmement importante. Le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires a donc choisi de déployer dans cette ville une partie des équipes envoyées en urgence en Ukraine.

Il faut aussi rappeler que l’Ukraine est en situation de conflit depuis 2014. Pour certaines personnes, ce n’est pas un premier, mais bien un deuxième, voire un troisième déplacement. Il est donc nécessaire de leur apporter une aide d’urgence, ainsi qu’un appui social et psychosocial à plus long terme.

Des centaines de personnes reçoivent des produits alimentaires du PAM, d'OCHA et du partenaire local à Dnipro, en Ukraine.
© PAM/Viktor Pesenti
Des centaines de personnes reçoivent des produits alimentaires du PAM, d'OCHA et du partenaire local à Dnipro, en Ukraine.

Comment l’aide humanitaire est-elle coordonnée dans une ville comme Dnipro ?

Laurent Dufour : A l’origine, il n’y avait aucune présence humanitaire. Je suis habituellement posté en République Centrafricaine, dans une situation certes différente, mais où les populations sont aussi les premières victimes des conflits armés. D’autres collègues sont arrivés du reste du monde, pour fournir un appui temporaire indispensable. 

Nous étions peu nombreux au départ, mais d’autres organisations nous ont progressivement rejoints. Nous essayons aujourd’hui de constituer des équipes élargies. Toutefois, la mobilisation de personnel est un défi quotidien pour les humanitaires. A titre d’exemple, nous avons des difficultés à trouver des chauffeurs qui acceptent de se rendre dans des zones à risque élevé, notamment dans l’est du pays où les combats se sont intensifiés. 

A quoi ressemblent vos missions sur place ? 

Laurent Dufour : Dans un premier temps, nous cherchons à appuyer et coordonner la réponse des partenaires qui sont à Dnipro. Cela consiste à favoriser le travail entre les agences de l’ONU, les organisations non gouvernementales locales et nationales, ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge. 

Sœurs ukrainiennes recevant des denrées alimentaires du PAM, d'OCHA et d'un partenaire local, Dnipro, Ukraine.
© WFP/Viktor Pesenti
Sœurs ukrainiennes recevant des denrées alimentaires du PAM, d'OCHA et d'un partenaire local, Dnipro, Ukraine.

Pour identifier les besoins prioritaires, nous organisons des rendez-vous réguliers avec les représentants des oblasts ukrainiens. Les autorités ont des connaissances locales, qui peuvent nous guider afin d’apporter une réponse qui soit à la fois pertinente et appropriée auprès des plus vulnérables. Nous veillons à l’optimisation des ressources reçues : il est crucial que le matériel que nous recevons de Pologne, de Hongrie et de Moldavie soit distribué de manière efficiente.

Nous fournissons aussi un appui au plaidoyer, afin d’accéder aux zones encerclées par les combats. Mais nous avons de grandes difficultés à obtenir des cessez-le-feu temporaires au-delà de la ligne de front, comme à Marioupol ou à Kherson. Quelques associations parviennent à atteindre ces villes sans ces accords, dans des petits véhicules privés, mais avec une grande prise de risque. Cela représente une aide très limitée. 

Comment se passent les relations avec la société civile, restée à Dnipro ?

Laurent Dufour : Nous notons un effort considérable de la part de la population locale. Nous avons rencontré des femmes et des étudiants qui investissent presque la totalité de leur temps au sein d’un réseau de volontaires. C’est impressionnant. Ils travaillent notamment dans les centres de transit, gèrent les centres d’accueil et renforcent les équipes d’accompagnement psychosocial.

Mais ils ne pourront pas rester pendant des mois, car il leur faudra retourner à leurs activités normales. L’aide qui nous parvient de l’extérieur doit donc compléter leur investissement, sans les perturber. Nous devons venir fournir aux réfugiés et aux déplacés ukrainiens un minimum de survie, avec des abris, des articles d’hygiène et de ménage, des couvertures, des matelas, des médicaments, de l’eau potable et de la nourriture.
 

 

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