Les agriculteurs du nord d'Haïti s'efforcent de renforcer leur résilience

3 avril 2022

Les agriculteurs du nord d'Haïti s'efforcent de renforcer leur résilience face aux phénomènes météorologiques extrêmes afin de mieux se protéger contre les pertes de biens et de récoltes qui résultent souvent des catastrophes naturelles.

Une grande majorité de la population principalement rurale du nord du pays est confrontée à une crise de la faim, selon la dernière phase de classification intégrée de la sécurité alimentaire ou rapport IPC, qui donne un aperçu de la gravité et de l'ampleur de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition.

Le gouvernement haïtien, le Programme alimentaire mondial (PAM) et d'autres partenaires ont aidé les agriculteurs de la région à se remettre d'un cycle de sécheresses et d'inondations.

Beaucoup ont reçu des paiements pour avoir travaillé sur des projets qui ont renforcé la résilience de leurs communautés. Comme les agriculteurs du monde entier, ils sont farouchement fiers de leur mode de vie et des cultures qu'ils pratiquent et tiennent à assurer l'avenir de leurs familles.

Voici trois de leurs histoires.

Mariette Samson : « J'ai perdu tous mes haricots »

Mariette Samson a perdu ce qu'elle a cultivé en raison de l'inondation de son village dans le nord d'Haïti en janvier 2022.
© WFP Haiti/Theresa Piorr
Mariette Samson a perdu ce qu'elle a cultivé en raison de l'inondation de son village dans le nord d'Haïti en janvier 2022.

« Lorsque nos terres sont inondées, nous perdons toutes nos récoltes. En janvier, j'ai perdu tous mes haricots ainsi que du maïs, des bananes, des pommes de terre, des ignames et des giraumons. Cette terre nourrit une famille de dix personnes, mais nous n'avons aucun stock de nourriture. J'ai travaillé sur la terre d'un voisin pour pouvoir partager une partie de cette production. Aujourd'hui, seuls mes trois petits-enfants ont mangé ; je leur ai donné du café et du pain et je prépare maintenant des haricots pour toute la famille, ce qui sera notre seul repas de la journée. 

J'ai planté pour la prochaine saison et nous aurons donc de quoi manger plus tard dans l'année, mais d'ici là, nous aurons faim.

J'ai également apporté mon travail à la communauté ici à Dubuisson entre juillet et septembre de l'année dernière pour construire quelques structures qui rendront les futures inondations moins graves et cet argent m'a beaucoup aidé ».

Marc Magloire : « Je mange de la betterave le dimanche »

Marc Magloire montre sa dernière récolte de manioc.
© WFP Haiti/Theresa Piorr
Marc Magloire montre sa dernière récolte de manioc.

« La terre de Limonade est fertile et nous recevons beaucoup de pluie, mais nous avons toujours eu du mal à arroser nos cultures de manière constante.

Nous avons travaillé avec le PAM pour creuser des canaux d'irrigation à travers les terres de notre association de 200 agriculteurs et nous pouvons maintenant pomper l'eau pour faire pousser un large éventail de nouvelles cultures, notamment des aubergines, des choux, des épinards, des poireaux et des betteraves. Je peux à nouveau manger de la salade de betteraves le dimanche, une coutume locale que j'apprécie.

Avant l'irrigation, en cas de sécheresse, nous ne faisions qu'un seul repas par jour, mais maintenant nous pouvons manger trois fois par jour et vendre de la nourriture pour subvenir aux besoins de nos familles.

Je suis fier d'être agriculteur, c'est ma vie, c'est une bonne vie. Mes enfants perpétueront la tradition agricole qui est forte dans cette région ».

Elie Devil : « J'ai sauvé un manguier de l'abattage »

Elie Devil devant un manguier qu'il a sauvé.
© WFP Haiti/Theresa Piorr
Elie Devil devant un manguier qu'il a sauvé.

« Mon voisin voulait abattre un manguier ancien pour faire du charbon de bois, mais je l'en ai empêché car je sais que le déboisement entraîne l'érosion des sols, ce qui nuit à tout le monde et surtout aux agriculteurs de Pilette où je vis.

Dans le cadre du projet du PAM, j'ai appris l'importance du reboisement pour protéger le sol et prévenir les inondations et je souhaite vivement que l'on plante davantage de manguiers, d'avocatiers, de cacaoyers et de caféiers. Ils protégeront notre environnement et nous fourniront des aliments nutritifs.

En tant que communauté, nous avons travaillé ensemble pour construire des mesures de protection contre les inondations dans les ravins qui se jettent dans la rivière. Ces mesures ont empêché les sédiments et la terre de s'écouler des flancs de la colline, mais nous devons faire beaucoup plus, car les fortes pluies récentes ont encore causé des dégâts dans la vallée.

Le temps change dans cette région ; la pluie est de moins en moins fiable, si bien que de nombreuses personnes, comme mon voisin, veulent couper des arbres pour fabriquer du charbon de bois afin de pouvoir survivre. Dans le passé, la pluie était plus régulière et il y avait donc plus à manger et nous perdions rarement nos récoltes à cause des inondations, donc les gens n'avaient pas besoin de faire du charbon de bois. Mon voisin ne me parle plus, mais je m'en fiche parce que j'ai sauvé ce manguier ».

Rose Senoviala Désir, agronome du PAM : « Les agriculteurs savent ce qu'il faut faire »

Il existe une forte tradition agricole dans le nord d'Haïti et les agriculteurs veulent préserver leur mode de vie et assurer un avenir sûr à leurs familles. Le changement climatique, qui a provoqué des irrégularités météorologiques, notamment des sécheresses et des pluies intenses entraînant des inondations, a gravement affecté ces communautés.

Le déboisemnet dans le nord a aggravé ces impacts liés au climat. Le PAM a donc mis au point une série d'interventions pour atténuer ces impacts et aider à renforcer la résilience des agriculteurs.

Il s'agit notamment de mesures d'atténuation qui contribuent à contrôler l'écoulement de l'eau sur les flancs des collines, par exemple la réhabilitation des canaux d'irrigation et des micro-bassins versants et la plantation de semis pour prévenir l'érosion. Ces mesures permettent également d'éviter les inondations et de s'assurer que l'eau disponible est utilisée à bon escient. Environ 17.750 personnes ont été rémunérées pour participer à ces initiatives.

Ces communautés agricoles savent ce qu'il faut faire ; c'est leur terre et leur patrimoine. Elles ne disposent tout simplement pas des ressources nécessaires, c'est pourquoi le soutien du PAM, de ses partenaires et des donateurs est si important.

 

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