Des filles dans un centre d'apprentissage du village de Gulab Khail dans la province de Maidan Wardak, en Afghanistan.

Afghanistan : l’ONU dénonce la décision des Talibans de prolonger l’interdiction de la scolarisation des filles

© UNICEF/Azizzullah Karimi
Des filles dans un centre d'apprentissage du village de Gulab Khail dans la province de Maidan Wardak, en Afghanistan.

Afghanistan : l’ONU dénonce la décision des Talibans de prolonger l’interdiction de la scolarisation des filles

Femmes

Les Nations Unies ont regretté, mercredi, l’espoir brisé des filles à nouveau privées d’école, après la décision des Talibans d’ordonner la fermeture des collèges et lycées pour les filles en Afghanistan, quelques heures seulement après leur réouverture.

Des dizaines de milliers de filles afghanes devaient retourner, ce mercredi, dans les collèges et les lycées. Au dernier moment, elles ont été empêchées d’y entrer.

A la suite de cette volte-face, le Secrétaire général de l’ONU et la Mission des Nations Unies en Afghanistan ont déploré l’annonce faite aujourd’hui par les Talibans de prolonger leur interdiction indéfinie de permettre aux filles au-delà de l'âge de 12 ans de retourner à l’école.

« Le fait que les autorités de facto n'aient pas rouvert les écoles pour les filles au-delà de la sixième année, malgré des engagements répétés, est une profonde déception et un grave préjudice pour l'Afghanistan », a déclaré António Guterres.

« Le début de la nouvelle année scolaire était attendu par tous les élèves, filles et garçons, ainsi que par les parents et les familles » a regretté le chef de l’ONU.

La communauté internationale a fait du droit à l’éducation pour tous, une des conditions des négociations sur l’aide et la reconnaissance des autorités de facto de Kaboul. La Représentante spéciale de l’ONU pour l’Afghanistan, Deborah Lyons, a qualifié d’« inquiétantes » les informations faisant état de la fermeture des écoles.

« Si c’est vrai, quelle pourrait en être la raison ? », s’est-elle interrogée sur Twitter.

ONU Info/Florence Westergard
Afghanistan : les filles doivent retourner à l'école sans délai

« Un revers majeur - pour les filles et leur avenir »

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a fait part de sa profonde inquiétude aux Talibans et a souligné l’urgence d’ouvrir des écoles pour tous les enfants.

« Nous voulons que tous les enfants afghans soient scolarisés et acquièrent les compétences dont ils ont besoin pour leur avenir », a déclaré dans un tweet, le Directeur régional de l’UNICEF pour l’Asie du Sud, George Laryea-Adjei.

« Lorsque je me suis réveillé ce matin, j’avais l’espoir que chaque fille et chaque garçon en #Afghanistan aurait la possibilité d’aller à l’école », a-t-il ajouté relevant sa profonde inquiétude sur le fait que des filles de la 7e à la 12e année ne puissent pas retourner à l’école. Pour l’agence onusienne, cette nouvelle constitue « un revers majeur - pour les filles et leur avenir ».

Le ministère afghan de l’Éducation avait pourtant annoncé la reprise des cours ce mercredi pour les filles dans plusieurs provinces, sauf celles de Kandahar, ville du sud, qui devait rouvrir le mois prochain.

Selon les médias, les nouvelles autorités de Kaboul avaient insisté sur le fait qu’ils voulaient prendre le temps afin de s’assurer que les filles âgées de 12 à 19 ans seraient bien séparées des garçons et que les établissements fonctionneraient selon les « principes islamiques ».

Des filles à l'école à Herat, en Afghanistan.
© UNICEF/Sayed Bidel
Des filles à l'école à Herat, en Afghanistan.

L’enthousiasme douché des filles afghanes

Le déni de l’accès à l’éducation viole les droits fondamentaux des femmes et des filles et les expose davantage à la violence, à la pauvreté et à l’exploitation

A ce sujet, le bureau de l’UNICEF en Asie du Sud indique avoir fait tout son possible pour que l’éducation devienne une réalité pour tous les enfants afghans.

« J’ai pu constater de visu la passion des enfants pour l’apprentissage lors de mes voyages en Afghanistan. Pas plus tard que la semaine dernière, plus de 65.000 jeunes nous ont dit par le biais d’un sondage que les enfants sont enthousiastes à l’idée de la réouverture des écoles », a conclu le Directeur du bureau régional de l’UNICEF.

« Le non-respect des engagements relatifs à la réouverture des écoles pour toutes les filles est profondément décevant et préjudiciable pour l’Afghanistan », a averti pour sa part la cheffe des droits de l’homme de l’ONU.

La Cheffe des droits de l’homme de l’ONU juge injuste une telle mesure

La Haute-Commissaire Michelle Bachelet a dit partager la profonde frustration et la déception des lycéennes et des étudiantes afghanes qui, après six mois d’attente, ont été empêchées de retourner aujourd’hui à l’école.

« L’incapacité des autorités de facto à respecter les engagements de réouverture des écoles pour les filles au-delà de la sixième année - malgré les engagements répétés en faveur de l’éducation des filles, notamment lors de ma visite à Kaboul il y a deux semaines - est profondément dommageable pour l’Afghanistan », a déclaré dans un communiqué l’ancienne Présidente chilienne.

Pour l’ONU, le déni de l’accès à l’éducation viole les droits fondamentaux des femmes et des filles. Au-delà de l’égalité d’accès à l’éducation, il les expose davantage à la violence, à la pauvreté et à l’exploitation.

« Priver ainsi un tel accès à la moitié de la population afghane est contre-productif et injuste », a insisté Mme Bachelet.

Selon l’ONU, une telle discrimination est également très préjudiciable aux perspectives de redressement et de développement futurs du pays.

Dans ces conditions, Mme Bachelet appelle les autorités de facto à respecter le droit à l’éducation de toutes les filles et à ouvrir des écoles pour tous les élèves sans discrimination ni délai supplémentaire.

Un nouveau mandat qui comprend la promotion d’une gouvernance inclusive, représentative

 A noter que le Conseil de sécurité des Nations Unies a prolongé d’un an jeudi dernier la mission de l’ONU en Afghanistan (MANUA), qui est dotée d’un nouveau mandat. La résolution, prolongeant la MANUA pour un an, jusqu’au 17 mars 2023, prévoit un volet sur l’aide humanitaire à apporter à la population afghane sur fond de situation économique et sociale dramatique et d’environnement sécuritaire qui semble se stabiliser.

Dans un volet politique, outre les bons offices, l’ONU devra « mettre l’accent sur la promotion d’une gouvernance inclusive, représentative, qui sera « sans aucune discrimination sur la base du sexe, de la religion ou de l’origine ethnique ».

Le texte insiste également sur une « participation pleine, égale et significative des femmes », mais aussi porte une attention particulière sur les enfants afghans.