Il faut rompre le lien entre les drogues illicites et les médias sociaux, selon l'OICS

10 mars 2022

L'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), un organisme indépendant soutenu par les Nations Unies, appelle les gouvernements à faire davantage pour réglementer les plateformes de médias sociaux qui font la promotion des comportements négatifs liés aux drogues et stimulent les ventes de substances contrôlées.

Dans son rapport annuel, publié jeudi, l'OICS relève des preuves de plus en plus nombreuses d'un lien entre l'exposition aux médias sociaux et la consommation de drogues, qui touche de manière disproportionnée les jeunes, principaux utilisateurs des plateformes de médias sociaux, et un groupe d'âge où les taux de consommation de drogues illicites sont élevés.

« On assiste sur les réseaux sociaux à une valorisation de l'usage des drogues et en particulier du cannabis, une facilitation de l'acquisition en vue de l'usage toxicomaniaque, non médicale. Et on constate qu'il y a un lien entre l'exposition des jeunes aux médias et leur niveau d'usage de drogues », indique Bernard Leroy, membre de l’OICS dans un entretien accordé à ONU Info.

Le rapport appelle également le secteur privé à modérer et à autoréguler ses plateformes et à limiter la publicité et la promotion de l'usage non médical des drogues.

Outre les plateformes de médias sociaux, les criminels exploitent de nombreux autres outils numériques, tels que les monnaies numériques, les paiements mobiles et les services de porte-monnaie électronique, qui facilitent et accélèrent le transfert international de fonds et leur permettent de dissimuler l'origine des fonds illégaux et de maximiser les profits.

La consommation de substances psychoactives chez les adolescents est un problème grave dans le monde entier.
© UNICEF/Giacomo Pirozzi
La consommation de substances psychoactives chez les adolescents est un problème grave dans le monde entier.

Des sociétés minées par le commerce de la drogue

Les réseaux de criminalité organisée continuent d'engranger des millions de dollars grâce au trafic de drogue, prévient le rapport de l'OICS, avec des conséquences négatives pour les sociétés et le développement économique, allant de la corruption et des pots-de-vin à l'augmentation de la criminalité organisée, de la violence, de la pauvreté et des inégalités.

« L'OICS a estimé que les flux financiers illicites méritaient une attention et un examen particuliers car le trafic de drogues est une industrie très lucrative pour les groupes criminels organisés », a déclaré le Président de l'OICS, Jagjit Pavadia. « Ces groupes comptent sur les flux financiers illicites pour étendre et maintenir leurs activités criminelles ».

« Il faut savoir que l'argent du crime représente globalement 1.600 à 2.200 milliards de dollars, et la drogue représente entre 426 et 652 milliards de dollars, donc des sommes considérables », a indiqué Bernard Leroy. « Les flux financiers, ça représente l'argent qui est gagné, qui est transféré et utilisé illégalement par le crime organisé transnational. Donc ils l'utilisent pour maximiser leurs profits globalement dans leurs activités ».

En effet, le crime organisé en général est multicarte, explique M. Leroy. « C'est à dire, ils font de la drogue mais ils font aussi de l'exploitation, de la prostitution, ils font de la délinquance dans les domaines écologiques. Et donc cet argent, le grand souci, c'est qu'il est utilisé pour renforcer leur pouvoir et notamment pour corrompre ».

Pour contrer les effets négatifs et le coût humain de ce commerce, l'OICS recommande aux gouvernements de s'attaquer à toutes les étapes du trafic de drogue - de la production et de la culture à la vente et à la dissimulation des profits illégaux - et de partager les renseignements sur le crime organisé au niveau international.

Au Cambodge, le cannabis est souvent additionné d'héroïne et fumé par les toxicomanes. ( archive 2014 )
© UNICEF/John Vink
Au Cambodge, le cannabis est souvent additionné d'héroïne et fumé par les toxicomanes. ( archive 2014 )

Les pays en développement sont les plus durement touchés

Ces flux détournent les ressources des initiatives visant à réduire la pauvreté et à promouvoir le développement social et économique, ce qui a un effet disproportionné sur les pays en développement, où les besoins de fonds pour promouvoir la croissance économique et réduire les inégalités sont les plus importants.

Dans les pays africains, par exemple, le coût du crime organisé est particulièrement élevé : on estime que 88,6 milliards de dollars, soit environ 3,7% du produit intérieur brut du continent - et presque le même montant que les flux annuels combinés de l'aide publique au développement et des investissements directs étrangers - sont perdus chaque année à cause des flux financiers illicites.

Pour Bernard Leroy, le crime organisé, ce n’est pas uniquement un problème d'ordre public c'est aussi un problème d'État de droit. Il en a été lui-même témoin en Afrique. « Ils sont capables d'acheter l'élection présidentielle. Et donc il faut savoir qu'il y a là une puissance du crime organisé qui est redoutable parce que les flux financiers illicites, notamment dans les pays en développement, c'est une menace pour la stabilité et la sécurité de ces pays ».

« Cela se traduit par une sortie de capitaux, une alimentation des banques des pays développés, des mécanismes offshores qui sont très préjudiciables et globalement un affaiblissement du système financier international. Et cela présente une incidence sur le développement durable », dit-il. « Il y a une ponction sur les finances publiques dans ces États qui ont de ce fait, des ressources moindres et la bonne gouvernance est affaiblie par la corruption », détaille-t-il.

Une jeune fille de 18 ans dort à côté de son nouveau-né dans un refuge pour femmes ayant un problème de dépendance à Bichkek, au Kirghizistan.
© UNICEF/Shehzad Noorani
Une jeune fille de 18 ans dort à côté de son nouveau-né dans un refuge pour femmes ayant un problème de dépendance à Bichkek, au Kirghizistan.

La décriminalisation et la dépénalisation du cannabis dans de nombreux pays sont considérées par l'OICS comme une source de préoccupation, Mme Pavadia insistant sur le fait que « la légalisation de l'usage non médical du cannabis contrevient aux conventions relatives au contrôle des drogues ».

Dans son rapport, l'OICS souligne la nécessité d'une compréhension collective des concepts de légalisation, de décriminalisation et de dépénalisation conformément aux conventions relatives au contrôle des drogues, et insiste sur l'importance d'une réponse équilibrée et proportionnée aux infractions liées aux drogues comme principe directeur en matière de justice pénale, dans le respect des droits de l'homme et du bien-être public.

Les criminels continuent d'avoir facilement accès, sur le marché légal, aux précurseurs, les produits chimiques nécessaires à la fabrication de drogues illicites.

L'OICS demande instamment l'amélioration des contrôles et des réglementations régissant la vente des précurseurs, citant une enquête menée par l'organisation en 2021, qui a révélé des lacunes importantes dans les contrôles de la fabrication, du commerce et de la distribution de ces produits chimiques au niveau national.

L'OICS

- L'OICS est l'organe indépendant et quasi-judiciaire chargé de promouvoir et de surveiller le respect par les gouvernements des trois conventions internationales relatives au contrôle des drogues : la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, la Convention sur les substances psychotropes de 1971 et la Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988.

- Etablis par la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, les treize membres de l'Organe sont élus à titre personnel par le Conseil économique et social pour un mandat de cinq ans.

 

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