Soudan : un expert de l’ONU demande l’arrêt de la répression des manifestants anti-putsch

Des femmes à Khartoum brandissent les photos d'êtres chers qui sont morts lors de manifestations au Soudan.
Salah Nasser
Des femmes à Khartoum brandissent les photos d'êtres chers qui sont morts lors de manifestations au Soudan.

Soudan : un expert de l’ONU demande l’arrêt de la répression des manifestants anti-putsch

Droits de l'homme

Un Expert indépendant des Nations Unies a appelé, jeudi, l’armée soudanaise à « arrêter la répression » contre les milliers de manifestants anti-coup d’Etat dans ce pays.

Au terme d’une visite de quatre jours, Adama Dieng a exhorté les forces soudanaises à cesser de tirer à balles réelles et de lancer des gaz lacrymogènes sur les manifestants.

« Je suis préoccupé par l’usage excessif de la force et des violations répétées (commises) par les forces de sécurité sur l’utilisation de balles réelles contre les manifestants depuis le coup d’État du 25 octobre 2021 », a-t-il déploré, chiffrant le bilan à 82 morts et 2.000 blessés.

Au cours de sa visite de quatre jours au Soudan, l’Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme dans ce pays a rencontré les autorités de la junte, des diplomates et des membres de la société civile dans le but de faire la lumière sur la répression. Il a appelé Khartoum à mettre fin à l’usage excessif de la force contre les manifestants et à lever l’état d’urgence.

M. Dieng s’est également dit préoccupé par les violences sexuelles subies principalement par les femmes. D’une manière générale, il s’est inquiété de « l’extension des pouvoirs de maintien de l’ordre aux forces de sécurité générales pendant l’état d’urgence et à l’immunité temporaire de poursuites accordée à ces forces ».

Une centaine de manifestants libérés

Selon Adama Dieng, les « effets négatifs de l’état d’urgence sur les droits de l’homme » se traduisent par des attaques contre les installations médicales et le personnel médical. Il s’agit aussi de harcèlement à l’encontre des médias et des journalistes, ainsi que des arrestations et détentions arbitraires de manifestants ou de militants des droits de l’homme, mais aussi des recours à la torture.

S’il a salué la mise en place de mécanismes judiciaires par le procureur général pour enquêter sur les violations présumées de meurtres et les cas de violence sexuelle depuis le coup d’État, Adama Dieng a demandé une enquête impartiale et indépendante sur les violences commises contre les manifestants. « Les enquêtes doivent aboutir à la justice et à la réparation pour les victimes. J’attends avec impatience les rapports de ces enquêtes », a-t-il dit, notant que de tels actes « contribueraient à désamorcer les tensions ».

Par ailleurs, Adama Dieng a appelé Khartoum à libérer tous les manifestants et militants encore en détention. A ce sujet, il a salué la libération cette semaine d’au moins 115 manifestants sur 135 protestataires anti-coup d’État qui étaient détenus depuis des semaines.

Dès son retour à Genève, l’Expert indépendant onusien fera, la semaine prochaine, le point de ses conclusions avec la Cheffe des droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet. Adama Dieng présentera les observations de sa visite lors d’un dialogue interactif sur le Soudan prévu le 4 mars prochain au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.