Ukraine : les humanitaires de l’ONU appellent à la protection des civils dans le Donbass

Des gens passent devant un bâtiment détruit par des bombardements dans la région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine (photo d'archives).
© UNICEF/Ashley Gilbertson
Des gens passent devant un bâtiment détruit par des bombardements dans la région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine (photo d'archives).

Ukraine : les humanitaires de l’ONU appellent à la protection des civils dans le Donbass

Paix et sécurité

La situation dans l’est de l’Ukraine reste « très volatile » et les hostilités s’intensifient, a alerté mardi un porte-parole humanitaire de l’ONU, qui a appelé les parties belligérantes à s’abstenir de cibler les civils.

« Nous avons constaté une recrudescence des hostilités, c’est certain, et cela nous rappelle brutalement la réalité à laquelle sont confrontés les enfants, les femmes et les hommes dans l’est de l’Ukraine », a déclaré Jens Laerke, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève.

« Depuis huit ans, nous appelons toutes les parties à protéger les civils et les infrastructures civiles dans cette situation très volatile », a ajouté M. Laerke, relevant que la population de l’est de l’Ukraine a déjà énormément « souffert au cours des huit dernières années et depuis le début des hostilités à Lougansk et Donetsk ».

Pour l’ONU, la priorité absolue est désormais d’alléger les souffrances de la population.

A ce sujet, le porte-parole d’OCHA a indiqué que vendredi dernier, un convoi d’aide humanitaire des Nations Unies est arrivé dans les zones non administrées par Kiev dans l’est de l’Ukraine. Les humanitaires onusiens ont ainsi livré des fournitures dans ces zones administrées par les autorités de facto de cette région ukrainienne.

Des fonds qui peuvent être réorientés en fonction des circonstances

D’une manière générale, les agences humanitaires de l’ONU entendent suivre un plan de réponse humanitaire mis en place avant la dernière escalade des tensions. Et avant l’aggravation de la récente crise, l’ONU a alloué déjà des fonds de soutien à l’Ukraine, et ceux-ci peuvent être « réorientés en fonction des circonstances ».

Le Président russe Vladimir Poutine a décidé, lundi, de reconnaître « l’indépendance » des zones sécessionnistes des régions ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk. Dans la foulée, le Kremlin a ordonné le déploiement de troupes russes dans ces territoires au motif du «maintien de la paix».

Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a qualifié la décision de Moscou « de violation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine ». Elle est « incompatible avec les principes de la Charte des Nations unies», a-t-il dit dans un communiqué.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni lundi soir. Durant cette séance d’urgence du Conseil de sécurité, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU pour les affaires politiques, Rosemary DiCarlo, a vivement « regretté » la décision de la Russie « Les prochaines heures et jours seront critiques. Le risque de conflit majeur est réel et doit être évité à tout prix », a-t-elle affirmé.

Le HCR n’a pas constaté plus de mouvements de réfugiés en provenance d’Ukraine

Sur le terrain, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique n’avoir pas constaté un nouvel afflux de mouvements de populations, notamment des mouvements de réfugiés en provenance d’Ukraine. « Nous ne sommes pas au courant d’une augmentation des mouvements en dehors de la région orientale », a affirmé Shabia Mantoo, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Mais avec « une situation qui reste imprévisible et très volatile », l’agence onusienne basée à Genève se tient prête à apporter son aide et à faire face à tout afflux, en cas d’escalade du conflit ukrainien. « Nous nous tenons prêts à protéger les réfugiés », a-t-elle ajouté.

« Nous sommes effectivement prêts à soutenir les efforts des gouvernements et des autres parties prenantes pour protéger les réfugiés et trouver des solutions pour les personnes déplacées au cas où il y aurait des mouvements », a détaillé Mme Mantoo, relevant que le HCR a « une forte présence dans le pays ». « Nous y sommes depuis de nombreuses années, et aussi dans la région, même si la situation reste imprévisible », a-t-elle fait valoir.

Un plan de réponse humanitaire de 190 millions de dollars

Dans toute l’Ukraine, près de 3 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire et de protection après huit ans de conflit dans les régions ukrainiennes de Donetsk et Louhansk.  L’ONU a récemment lancé un plan de réponse humanitaire pour 2022, visant à fournir des services d’assistance et de protection à 1,8 million d’hommes, de femmes et d’enfants parmi les plus vulnérables des deux côtés de la « ligne de contact ».

La capacité de l’ONU à atteindre ces personnes dépend en grande partie de deux facteurs. « Premièrement, l’ONU a besoin d’un accès sûr et sans entraves dans toutes les zones où il y a des besoins humanitaires.  En deuxièmement lieu, l’ONU a besoin de toute urgence que les donateurs renforcent leur soutien et financent le plan de réponse humanitaire qui vise à lever 190 millions de dollars », avait déclaré le 15 février dernier, Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général de l’ONU.

Empêcher une nouvelle escalade et prévenir les pertes civiles – Michelle Bachelet

Du côté du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), la priorité, à ce stade critique, doit être avant tout « d’empêcher une nouvelle escalade et de prévenir les pertes civiles, les déplacements et la destruction des infrastructures civiles ».

« À la suite de la décision annoncée dans la soirée d’hier lundi par le Président de la Russie concernant l’Ukraine, je suis profondément préoccupée par le fait que toute escalade significative de l’action militaire crée un risque accru de graves violations des droits de l’homme ainsi que de violations du droit humanitaire international », a déclaré dans un communiqué la cheffe des droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet.

L’ancienne Présidente chilienne appelle toutes les parties à cesser les hostilités et à ouvrir la voie du dialogue au lieu de préparer le terrain à de nouvelles violences. « Nous continuons à suivre de près la situation depuis nos bureaux situés de part et d’autre de la ligne de contact dans l’est de l’Ukraine », a souligné Mme Bachelet.

L’ONU relocalise son personnel non essentiel en Ukraine

Sur un autre plan, l’ONU a indiqué avoir commencé à relocaliser son personnel international non essentiel en Ukraine, face aux craintes d’une escalade militaire plus importante dans le pays. « Nous sommes déterminés à rester et à poursuivre nos activités en Ukraine, en particulier dans l’est du pays », a déclaré, Alessandra Vellucci, cheffe du Service de l’information du Bureau de l’ONU à Genève.

Une façon pour les Nations Unies de rappeler que ces agences humanitaires continuent à être « pleinement opérationnelles ». Mais « en raison de l’évolution de la situation sur le terrain, l’ONU avait autorisé la relocalisation temporaire de certains membres du personnel non essentiels et des personnes de leur famille qui sont à leur charge ».

Dans le même temps, l’ONU a « un peu plus de personnel qui arrive pour soutenir ses opérations » en Ukraine. Sur place, elle compte 1510 membres du personnel en Ukraine, dont 149 internationaux. « En tout, une centaine de membres du personnel sont basés dans les régions de Donetsk et de Louhansk », a conclu Alessandra Vellucci.