Madagascar : le Comité des droits de l’enfant préoccupé par la persistance du tourisme sexuel impliquant les mineurs

17 février 2022

Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU s’est dit vivement inquiet, jeudi, de la réalité du tourisme sexuel sur les mineurs à Madagascar ainsi que par des informations d'abus sexuels d'enfants en ligne.

« Le Comité est gravement préoccupé par les informations selon lesquelles l’exploitation sexuelle des enfants est répandue et tolérée à Madagascar, en particulier dans les destinations touristiques », ont affirmé les experts indépendants onusiens, en rendant public aujourd’hui les conclusions et recommandations sur le rapport présenté par l'île de l’océan Indien. Le comité est également alarmé par les informations faisant état d’abus sexuels d’enfants en ligne.

Les experts ont donc exhorté Antananarivo de mettre en place des mécanismes, des procédures et des directives pour garantir la déclaration obligatoire, l’intervention de plusieurs organismes, les enquêtes et les poursuites dans tous les cas d’exploitation et d’abus sexuels d’enfants. 

Le Comité a en outre demandé à Madagascar de renforcer la capacité professionnelle à détecter et à enquêter sur ces cas et de fournir une formation à la prévention de l’exploitation aux parents et aux enseignants.

Une politique pénale « très sévère » pour combattre l’exploitation sexuelle des enfants

Il s’agit surtout d’accorder une attention particulière à la situation des enfants en situation de vulnérabilité, notamment les enfants des rues, les enfants sans certificat de naissance, les enfants migrants, les enfants travailleurs domestiques, les orphelins et les enfants abandonnés.

L’autre volet de la prévention doit porter sur une sensibilisation du public et des professionnels travaillant avec et pour les enfants aux abus et à l’exploitation sexuels des enfants, en particulier dans le domaine des voyages et du tourisme. Il s’agit aussi de mener des activités de sensibilisation pour lutter contre la stigmatisation des victimes d’exploitation et d’abus sexuels, et garantir des voies de signalement accessibles, dans le but de prévenir la « revictimisation de ces enfants ».

Lors de la présentation, le 3 février dernier, du rapport valant cinquième et sixième rapports périodiques, la délégation malgache avait affiché sa détermination à combattre « l’exploitation sexuelle des enfants par une politique pénale très sévère ». Pour Antananarivo, cela se traduit par « des condamnations fermes, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent être assorties d’un sursis, et le délai de prescription (des faits) court à partir de la majorité de la victime ».

Suivi de l’élaboration de codes de conduite dans le secteur du tourisme

Par ailleurs, le Comité s’est penché sur l’élaboration de codes de conduite dans le secteur du tourisme et de l’impact du secteur des entreprises sur les droits de l’enfant. A ce sujet, le Comité recommande à l’État partie d’établir et d’appliquer des réglementations visant à garantir que le secteur des entreprises respecte les normes internationales et nationales relatives aux droits de l’homme, au travail, à l’environnement et autres, en particulier en ce qui concerne les droits de l’enfant.

Le pays est invité à mettre en place des mécanismes de surveillance pour enquêter sur les violations des droits de l’enfant et y remédier, en vue d’améliorer la responsabilité et la transparence. L’île est encouragée à mettre en œuvre des codes de conduite adoptés par l’industrie du tourisme.

Il s’agit ainsi de mener des campagnes de sensibilisation auprès de l’industrie du tourisme sur la prévention de l’exploitation sexuelle des enfants dans le cadre des voyages et du tourisme, et diffuser largement les codes de conduite locaux et le code mondial d’éthique du tourisme de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) auprès des agents de voyage et de l’industrie du tourisme. Pour les experts onusiens, cela passe par un renforcement de la coopération internationale contre l’exploitation sexuelle des enfants, dans le cadre des voyages et du tourisme par le biais d’accords multilatéraux, régionaux et bilatéraux pour la prévention et l’élimination de ce phénomène.

De fortes pluies sont tombées sur Antanarivo, Madagascar
© UNICEF/Rindra Ramasomanana
De fortes pluies sont tombées sur Antanarivo, Madagascar

Les répercussions des catastrophes naturelles causées par le changement climatique sur les enfants

Plus largement, le comité veut la mise en place d’un cadre réglementaire clair pour l’industrie touristique, mais aussi les secteurs de l’exploitation minière, de la pêche ou de l’agriculture secteur de la vanille. « L’objectif est de s’assurer que leurs activités n’ont pas d’effets négatifs sur les droits de l’homme ou ne mettent pas en danger l’environnement, la santé, le travail et d’autres normes, notamment celles relatives aux droits de l’enfant ».

Sur un autre plan, le Comité s’est dit préoccupé par les graves répercussions sur les droits de l’enfant des cyclones, ouragans, sécheresses, inondations et autres catastrophes naturelles causées par le changement climatique. Les experts ont exhorté Madagascar à prendre en compte les vulnérabilités et les besoins des enfants, et à adopter des politiques et programmes spécifiques pour assurer une meilleure préparation aux effets néfastes du changement climatique et des catastrophes naturelles.

Madagascar a été durement touché par une sécheresse extrême, en particulier dans le sud du pays, provoquant des pénuries généralisées d’eau potable, mais aussi « un grand nombre d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ». Le Comité a recommandé à Madagascar de prendre des mesures urgentes pour donner la priorité aux enfants qui souffrent de malnutrition aiguë sévère et leur fournir le traitement et la nutrition nécessaires.

 

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