Une émission de Radio Miraya à l'extérieur, au Soudan du Sud.

Radio Miraya renforce la confiance au Soudan du Sud, au milieu de la haine et de la désinformation

MINUSS
Une émission de Radio Miraya à l'extérieur, au Soudan du Sud.

Radio Miraya renforce la confiance au Soudan du Sud, au milieu de la haine et de la désinformation

Culture et éducation

Malgré la guerre civile qui a éclaté au Soudan du Sud après l'indépendance en 2011, Radio Miraya, le service d'information lancé par la Mission de maintien de la paix des Nations Unies s'en est tenu à son mandat initial d'essayer de rassembler la population, devenant la source d'information la plus populaire et fiable dans le pays à ce jour.

Pour marquer la Journée mondiale de la radio cette année, ONU Info s'est entretenue avec Gabriel Joseph Shadar, un producteur radio sud-soudanais à Radio Miraya, sur le rôle important que la station joue dans cette jeune nation alors qu'elle se réadapte après l’accord de paix de 2018, qui a formellement mis fin à cinq ans de guerre civile, mais qui reste fragile.

« Tous les Sud-Soudanais vous diront qu'ils aiment la radio, surtout ceux qui sont nés dans les années 1960 et 1970, avant les réseaux sociaux. Lorsque la mission de maintien de la paix de l'ONU est arrivée dans le pays, j'ai rejoint Miraya, et la radio est devenue ma vie au cours des 15 dernières années.

Au Soudan du Sud, une grande partie de la population vit dans les zones rurales, où il n'y a pas de service Internet fiable, les journaux circulent rarement et il n'y a pas de couverture télévisée.

Alors, le moyen le plus simple pour s'informer, c'est la radio : il suffit d'avoir des piles et c'est là. Vous pouvez écouter dans votre ferme, pendant que vous suivez votre bétail quelque part, et votre vie continue. Beaucoup de gens au Soudan du Sud ne savent ni lire ni écrire, alors ils comptent sur ce que nous diffusons.

Des Sud-Soudanais écoutent un programme éducatif de Radio Miraya.
© UNICEF/Helene Sandbu Ryeng
Des Sud-Soudanais écoutent un programme éducatif de Radio Miraya.

Informer, éduquer, divertir

Radio Miraya, de loin le plus grand réseau du Soudan du Sud, informe, éduque et divertit. C'est surtout en anglais, mais nous avons aussi des émissions en arabe, la lingua franca de la rue.

Nous veillons à inclure la voix des gens ordinaires, mais nous créons également un lien et un pont entre les fonctionnaires et les citoyens, pour permettre à ces derniers de recevoir des informations, et aux premiers d'avoir un retour de ceux qu'ils représentent.

Nous couvrons un large éventail de sujets, y compris de nombreux sujets que d'autres stations de radio ne peuvent pas aborder ; de la politique au style de vie, aux sujets liés à la jeunesse et aux questions liées au genre. Nous avons aussi des débats sérieux tous les samedis.

70% de la musique que nous diffusons est sud-soudanaise, et nous faisons la promotion de beaucoup de musiciens locaux, ainsi que des musiciens des régions voisines, d'autres régions d'Afrique et du reste du monde.

D'autres programmes présentent le travail des différentes unités de la mission. Par exemple, nous avons un programme dédié à la Police des Nations Unies et au travail qu'elle accomplit pour réduire la criminalité, et un autre sur la promotion de la paix et la résolution des conflits.

Il y a des émissions sur la santé, un programme pour enfants, un forum des jeunes trois fois par semaine et des émissions consacrées aux femmes.

Radio Miraya est la radio de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud.
MINUSS/Isaac Billy
Radio Miraya est la radio de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud.

Promouvoir la paix, lutter contre les fausses informations

La couverture de l'accord de paix reste une partie importante de notre production. Nous couvrons en direct les événements importants qui se déroulent au parlement, au palais présidentiel ou au Conseil des ministres, et nous emmenons les émissions-débats dans différentes régions, pour aborder des thèmes locaux.

Grâce à la station, de nombreux Sud-Soudanais ont pu comprendre le conflit, la mise en œuvre de l'accord de paix, la situation humanitaire, et ce qui se passe avec les droits de l'homme et la protection des civils.

Le discours de haine a été un problème majeur pendant le conflit. Il y en a tellement à travers le bouche-à-oreille et aussi sur les réseaux sociaux, en particulier venant de la diaspora à l'extérieur du pays.

Nous devons l'aborder au jour le jour, et au cas par cas. Nous avons littéralement dû diffuser des informations contrecarrant ce qui prévaut sur les réseaux sociaux ou ce qui se dit dans la rue.

Le discours de haine a atteint le stade où certaines personnes créent de fausses pages Facebook de notre propre station, et nous avons dû contacter Facebook à plusieurs reprises pour les fermer.

Les créateurs de ces pages tiennent beaucoup de propos haineux, de propagande qui ne reflètent ni l'image ni la ligne éditoriale de la station. Les gens ont même pris des captures d'écran de fausses histoires sur les réseaux sociaux et les ont publiées sur notre page.

De nombreux membres d'organisations et d'organismes de la société civile se sont consacrés à la lutte contre le discours de haine, et nous rendons compte de leurs activités, les faisant parler de la question à l'antenne.

Je pense que nous avons réussi, car nous restons, jusqu'à présent, l'une des stations de radio les plus fiables du pays ».