Soudan du Sud : des enquêteurs de l’ONU mettent en garde contre une recrudescence de la violence politique

Le Soudan du Sud a subi des années de sous-développement, de corruption et de conflit.
MINUSS/Amanda Voisard
Le Soudan du Sud a subi des années de sous-développement, de corruption et de conflit.

Soudan du Sud : des enquêteurs de l’ONU mettent en garde contre une recrudescence de la violence politique

Droits de l'homme

Des experts indépendants des droits de l’homme de l’ONU ont mis en garde, vendredi, contre une recrudescence de la violence politique et de la polarisation au Soudan du Sud.

« Le Soudan du Sud est à un point de basculement », a alerté dans un communiqué Barney Afako, l’un des trois experts de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies sur le Soudan du Sud à l’issue de leur visite de cinq jours dans le pays.

Selon la Commission, la tenue des élections risque sérieusement d’alimenter la violence et la polarisation « si les institutions requises, notamment les lois constitutionnelles et électorales ainsi que les dispositions logistiques ne sont pas d’abord mises en place ».

Selon le calendrier convenu dans l’accord de septembre 2018, le Soudan du Sud est censé se rendre aux urnes en 2023 après la mise en œuvre de dispositions clés. Mais selon les médias, beaucoup doutent de la possibilité pour Juba d’organiser des élections l’année prochaine. Mais pour la Commission de l’ONU, il est d’ailleurs « important de regarder au-delà du moment électoral ».

L’urgence d’une cartographie des circonscriptions électorales

Il s’agit ainsi de s’interroger pour savoir, « quel système politique les gens voteraient, compte tenu notamment des retards pris dans l’élaboration d’une constitution sur laquelle les élections seraient fondées ». Dans ces conditions, l’une des tâches essentielles serait la cartographie des circonscriptions électorales.

« Une question plus importante se pose quant au système pour lequel les gens voteront, étant donné l’absence d’une constitution permanente et le manque actuel de clarté sur la façon dont l’enchaînement des élections et l’élaboration de la Constitution doivent se croiser », a fait valoir la Commission.

Selon l’ONU, le chapitre 6 de l’accord revitalisé sur la résolution du conflit au Soudan du Sud prévoit l’élaboration d’une Constitution permanente, sur laquelle reposera le futur système politique. S’il est bien mené, le processus d’élaboration de la Constitution offre ainsi un outil permettant de s’attaquer aux causes profondes du conflit et de l’insécurité persistants au Soudan du Sud.

Une équipe de la MINUSS parle avec des habitants d'un village sud-soudanais sur un marché
capture d'écran
Une équipe de la MINUSS parle avec des habitants d'un village sud-soudanais sur un marché

Selon l’Accord de 2018, la période de transition doit se terminer en février 2023

Si le processus est mal géré, la Commission de l’ONU estime que cela risque « d’ancrer les griefs existants et de semer les graines de futurs conflits ». Bien qu’un projet de loi prévoyant un processus consultatif ait été rédigé, il n’a pas encore été adopté, et l’élaboration de la constitution n’a donc pas encore commencé.

Dans le même temps, les calendriers restent flous, bien que la période de transition doive se terminer en février 2023. « Il sera essentiel que les partenaires régionaux du Soudan du Sud et les garants du processus de paix accordent une attention accrue à la situation dans le pays et s’efforcent de contribuer à la réalisation des aspirations de paix de la population », a fait remarquer, la Présidente de la Commission, Yasmin Sooka.

Les membres de la Commission ont achevé ce vendredi leur neuvième visite au Soudan du Sud, qui s’est déroulée du 7 au 12 février. 

À Juba et à Yei, les experts ont rencontré des ministres et des hauts fonctionnaires du gouvernement, des membres de la société civile, des survivants d’abus de violences sexuelles, des chefs religieux, des entités chargées du suivi de l’accord de paix revitalisé de 2018, des membres de la communauté diplomatique, notamment de la troïka et de l’Union africaine, et des représentants des agences des Nations Unies et de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS).

Poursuite des déplacements et des violations flagrantes des droits humains

Plus globalement, l’absence de progrès dans la mise en œuvre des dispositions clés de l’Accord revitalisé, notamment l’unification, la gradation et le déploiement des forces armées, ainsi qu’un accord sur les structures de commandement, contribue à la persistance de l’insécurité et de l’impunité dans lesquelles se produisent les violations des droits humains. Dans ces conditions, la violence reste « omniprésente ».

L’insécurité se caractérise par « des déplacements et des violations flagrantes des droits de l’homme, notamment des violences sexuelles ». Le cas de Yei en est un bon exemple, où des soldats attendant de faire partie d’une force nationale unifiée manquent de moyens et s’en prennent ensuite à la population.

« La plupart des Sud-Soudanais avec lesquels la Commission s’est entretenue ont exprimé leur désir d’un leadership politique pour garantir la paix et la justice, pour lesquelles l’Accord fournit une feuille de route », a conclu Mme Sooka.

A noter que la Commission présentera son rapport, le 29 mars prochain à Genève, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

NOTE :

Le mandat de l'Expert indépendant sur la protection contre la violence et la discrimination fondées sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre compte parmi les quarante-cinq « procédures spéciales » nommées par le Conseil des droits de l’homme pour l’aider à accomplir ses tâches dans des domaines aussi divers que la défense des droits des personnes d’ascendance africaine, la lutte contre la discrimination envers les femmes et les filles, ou encore les droits des migrants et la lutte contre l’extrême pauvreté. Les titulaires des mandats – Rapporteurs spéciaux, Experts indépendants et membres de groupes de travail, considérés comme « les yeux et les oreilles » du Conseil – rendent compte de la situation des droits de l’homme et donnent des conseils en la matière du point de vue d’un thème ou d’un pays particulier. Ils ne font pas partie du personnel des Nations Unies et ne reçoivent pas de salaire.