Éthiopie : nouvelles vagues de déplacés dans une région limitrophe du Tigré

Des gens attendent une distribution de nourriture dans la région d'Afar dans le nord de l'Ethiopie.
© WFP/Claire Nevill
Des gens attendent une distribution de nourriture dans la région d'Afar dans le nord de l'Ethiopie.

Éthiopie : nouvelles vagues de déplacés dans une région limitrophe du Tigré

Migrants et réfugiés

Les récents combats dans la région d’Afar, limitrophe du Tigré dans le nord-est de l’Éthiopie, ont provoqué le déplacement de milliers de personnes et l’accès reste difficile, a alerté vendredi le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

« Selon les autorités régionales d’Afar, plus de 200.000 personnes ont été déplacées en raison des récents combats dans la région. Elles sont dispersées dans des zones reculées avec peu ou pas d’accès aux biens essentiels tels que la nourriture et l’eau », a indiqué l’OCHA dans son dernier bulletin humanitaire. « Les partenaires humanitaires n’ont pas pu vérifier les chiffres des déplacements ni évaluer les besoins des populations déplacées en raison des contraintes d’accès ».

Selon certaines informations, plusieurs déplacés internes sont arrivées dans la ville d’Afdera. Mais pour l’ONU, le sort des personnes nouvellement déplacées s’annonce « désastreuse ». En effet, cette vague vient s’ajouter à une précédente série de personnes précédemment déplacées, qui sont retournées dans leurs lieux d’origine, augmentant ainsi le nombre de personnes vulnérables qui ont besoin d’une aide humanitaire urgente.

Plus de 63.000 civils éthiopiens réfugiés au Soudan voisin depuis novembre

Outre ces mouvements de populations à l’intérieur de l’Ethiopie, plus de 63.000 civils éthiopiens se sont réfugiés au Soudan voisin depuis novembre dernier. Selon l’ONU, plus de 9 millions de personnes sont ciblées par les humanitaires dans les régions d’Amhara, d’Afar et de Tigré.

D’autres civils prennent le sens inverse et l’OCHA fait état de la poursuite des retours de certaines personnes déplacées internes cette semaine. Dans la région d’Amhara, l’ONU estime que plus d’un demi-million de personnes sont retournées à South Wello, North Wello et North Shewa depuis la mi-décembre.

Dans la région éthiopienne du Tigré, près de 10.000 personnes sont retournées de Mekele à leur lieu d’origine dans cinq zones.

Plus largement, l’ONU estime que la situation dans le nord de l’Éthiopie reste « tendue et volatile ». Alors que la situation dans les régions du Tigré et de l’Amhara était « relativement calme, des affrontements violents ont été signalés dans la région d’Afar, le long de la frontière avec le Tigré, notamment dans les localités d’Abala, Berhale, Dalol, Erebti, Koneba et Megale.

Les défis de l’accès pour les humanitaires

« Ces récentes hostilités mettent encore plus en danger la vie des civils », précise l’OCHA, soulignant une hausse des besoins humanitaires, notamment en raison de l’augmentation des déplacés, mais aussi des restrictions d’accès qui entravent l’acheminement de l’aide humanitaire vers les zones touchées de l’Afar.

Selon l’agence onusienne, les combats à Afar ont continué d’entraver la livraison de fournitures humanitaires dans le Tigré par la route, via Semera-Abala-Mekele, ce qui n’est plus possible depuis le 15 décembre. En outre, le niveau des fournitures humanitaires autorisées par la route Semera-Abala-Mekele est bien inférieur aux besoins depuis des mois.

Au total, 1.338 camions sont entrés dans la région depuis le 12 juillet, ce qui représente 9% des fournitures nécessaires pour répondre à l’ampleur des besoins humanitaires de plus de 5 millions de personnes, soit 90% de la population du Tigré.

Au total, plus de 800.000 personnes ont reçu de la nourriture dans le cadre du récent cycle de distribution et plus de 420.000 personnes dans le cadre du cycle de distribution précédent entre le 24 et le 30 janvier à Amhara.

Des réfugiés contraints de fuir leurs camps après des violences dans la région de Benishangul-Gumuz

Outre le conflit dans le Tigré, l’Éthiopie connaît également des violences dans l’État régional de Benishangul-Gumuz depuis juillet 2020. Cette province éthiopienne est située dans l’ouest de l’Éthiopie et borde le Soudan.

L’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé vendredi que cette région était une nouvelle fois le théâtre de violences, forçant des réfugiés soudanais et sud-soudanais à fuir leurs camps après des combats.

Selon le HCR, des combats ont éclaté le 18 janvier dans la ville de Tongo. Il s’agit « apparemment entre des groupes armés non identifiés et les forces fédérales », a déclaré a déclaré lors d’un point de presse à Genève, Boris Cheshirkov, porte-parole du HCR.

Le camp voisin accueillant plus de 10.000 réfugiés a été pillé et brûlé. Ces événements ont suivi le pillage d’un autre camp dans la région fin décembre. Au total, 22.000 personnes vivant dans les deux camps ont ensuite été privées d’accès et d’assistance.

Sur place, « tout le personnel humanitaire a dû être évacué, et l’accès à la zone, y compris aux deux camps - Tongo et Gure-Shembola - reste impossible ». « Depuis décembre dernier, la situation est très tendue dans la région de Benishangul Gumuz, qui accueille plus de 70.000 réfugiés soudanais et sud-soudanais et plus de 500.000 déplacés internes éthiopiens », a détaillé M. Cheshirkov.

Des réfugiés soudanais sont mêmes rentrés dans l’Etat du Nil Bleu au Soudan

Après l’éclatement des violences, plus de 20.000 réfugiés ont parcouru de longues distances pour rejoindre trois sites différents plus proches d’Assosa, la capitale régionale, arrivant épuisés et ayant besoin d’aide.  Trois autres camps de réfugiés dans la région de Benishangul Gumuz - Bambasi, Sherkole et Tsore - restent entièrement accessibles et tous les services y sont opérationnels.

Le HCR a également enregistré l’arrivée de 70 réfugiés soudanais, principalement des femmes et des enfants, qui ont fui les camps et sont rentrés dans l’Etat du Nil Bleu au Soudan. Les équipes du HCR, en collaboration avec les autorités soudanaises et leurs partenaires, fournissent une assistance à ces rapatriés, et des mesures d’urgence sont mises en place en cas d’arrivées supplémentaires.

C’est dans ce contexte que le HCR et ses partenaires se précipitent pour aider des milliers de réfugiés dans cette région.

L’objectif est d’apporter une aide vitale à plus de 20 000 réfugiés après qu’ils aient fui les affrontements dans cette province à la frontière du Soudan et du Soudan du Sud. L’urgence, c’est de fournir l’aide la plus urgente aux réfugiés déplacés, y compris des repas chauds, de l’eau potable et des soins médicaux.

Un nouveau site temporaire pouvant accueillir 20.000 personnes

Outre le soutien aux réfugiés, le gouvernement, le HCR et ses partenaires ont fourni une assistance aux personnes déplacées à l’intérieur de la région, touchant plus de 100.000 personnes tout au long de l’année dernière - en particulier des femmes et des enfants - avec des vêtements, des abris, un soutien psychosocial et des articles d’urgence.

Par ailleurs, les autorités régionales de Benishangul Gumuz ont identifié un nouveau site temporaire pouvant accueillir 20.000 personnes. Le HCR s’efforce désormais d’installer des services de base, notamment des abris, des points d’eau et des latrines, et de commencer à reloger les réfugiés sur le site dès que possible.

Alors que les combats se poursuivant, le HCR estime qu’une cessation du conflit est essentielle pour éviter de nouvelles menaces sur la vie des civils dans la région. « Il est tragique de constater que des réfugiés qui avaient cherché et bénéficié de la sécurité et qui reconstruisaient leur vie ont tout perdu à nouveau », a conclu M. Cheshirkov, réitérant l’appel du HCR pour une meilleure protection des réfugiés et des déplacés internes.