Lèpre : une experte de l’ONU plaide pour éliminer les lois discriminatoires

Une commerçante affectée par la lèpre attend des clients à Addis-Abeba, en Ethiopie.
OIT/Florente A.
Une commerçante affectée par la lèpre attend des clients à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Lèpre : une experte de l’ONU plaide pour éliminer les lois discriminatoires

Droits de l'homme

Plus de 100 lois encore en vigueur dans le monde qui discriminent les personnes atteintes de la lèpre devraient être abolies, a déclaré vendredi une experte indépendante des droits de l'homme de l'ONU, qui juge « honteux » que les gouvernements continuent de légiférer contre les personnes affectées par cette maladie.

« Il est temps que tous les États concernés fassent un choix : maintenir ces lois discriminatoires à l'encontre des personnes touchées par la lèpre en violation des normes internationales relatives aux droits de l'homme, ou éliminer sans délai ces discriminations juridiques », a déclaré la Rapporteure spéciale sur l'élimination de discrimination contre les personnes atteintes de la lèpre et les membres de leur famille, Alice Cruz.

Selon les derniers chiffres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), fournis par 139 pays pour 2020, 127.558 nouveaux cas de lèpre ont été détectés dans le monde, soit une baisse de 37% des nouveaux cas d'une année sur l'autre. Et certains pays ont même signalé une diminution de plus de 50%.

Cependant, comme le diagnostic et la notification ont été impactés par la pandémie de Covid-19, les chiffres réels peuvent être beaucoup plus élevés.
Bien que guérissable, sans détection et traitement précoces, la maladie peut potentiellement entraîner des déficiences physiques et des incapacités irréversibles.

Les lois discriminatoires prévalent

La commission nationale des droits de l'homme de l'Inde a déclaré qu'il existe actuellement 97 dispositions légales discriminatoires à l'encontre des personnes touchées par la lèpre.

Et bien qu'elle ait le plus grand nombre de cas, l'Inde n'est pas la seule à maintenir des lois discriminatoires liées à la lèpre, avec au moins 30 autres pays qui les perpétuent également.

Mme Cruz a déclaré que les lois injustes - qu'elles soient activement appliquées ou non - motivent, autorisent et normalisent des violations substantielles, en particulier contre les femmes.

« La simple existence de lois autorisant le divorce pour cause de lèpre a un impact dévastateur sur les femmes, entravant leur accès aux soins de santé et à la justice », a déclaré l'experte de l'ONU avant la Journée mondiale de la lèpre, célébrée dimanche. « En officialisant les stéréotypes nuisibles comme des étiquettes légales et en normalisant l'humiliation et la violence comme des pratiques autorisées, ces lois compromettent considérablement les moyens de subsistance, excluent les personnes touchées par la lèpre de la participation politique et civique et augmentent la négligence de l'État envers ce groupe marginalisé ».

Une maladie qui se soigne

Selon le Rapporteur spécial, les causes profondes de ce cadre juridique discriminatoire sont étroitement liées au diagnostic erroné de la lèpre par la médecine moderne comme une maladie hautement contagieuse.

Aujourd'hui, grâce à la polychimiothérapie, la maladie est guérissable et au cours des 20 dernières années, plus de 16 millions de malades de la lèpre ont été traités.

« Il est frappant de constater que bon nombre des lois discriminatoires existantes ont été promulguées longtemps après la découverte d'un remède contre la lèpre dans les années 1950 », a déclaré Mme Cruz. « Certaines de ces lois ont été promulguées même au cours des premières décennies du 21e siècle… [et] couvrent le Nord et le Sud ».

L'experte de l'ONU a exhorté en priorité les États à modifier ou à abolir la législation, les politiques et les coutumes discriminatoires et à adopter des lois anti-discrimination complètes.

NOTE :

Les Rapporteurs spéciaux et Experts indépendants font partie de ce qui est désigné sous le nom des 'procédures spéciales' du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, l’organe le plus important d’experts indépendants du Système des droits de l’homme de l’ONU, est le terme général appliqué aux mécanismes d’enquête et de suivi indépendants du Conseil qui s’adressent aux situations spécifiques des pays ou aux questions thématiques partout dans le monde. Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole ; ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ils ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants des gouvernements et des organisations et ils exercent leurs fonctions à titre indépendant.