Afghanistan : l’ONU demande 5 milliards de dollars pour empêcher l’effondrement du pays

11 janvier 2022

Les Nations Unies ont demandé, mardi, un montant record de 5 milliards de dollars pour financer l’aide à l’Afghanistan cette année et assurer un avenir à un pays menacé par une catastrophe humanitaire.

Ces fonds visent à fournir une aide humanitaire vitale à 22 millions de personnes en Afghanistan et à soutenir 5,7 millions d’Afghans déplacés et les communautés locales dans cinq pays voisins.

« Il s’agit de l’appel le plus important jamais lancé pour un seul pays en matière d’aide humanitaire et il représente trois fois le montant nécessaire, qui a été effectivement collecté en 2021 », a déclaré Martin Griffiths, le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, au cours d’un point de presse à Genève lundi.

La population afghane est confrontée à l’une des crises humanitaires qui se développent le plus rapidement dans le monde.

« Les événements survenus en Afghanistan au cours de l’année écoulée se sont déroulés à une vitesse vertigineuse et ont eu de profondes conséquences pour le peuple afghan. Le monde est perplexe et cherche la bonne façon de réagir. Pendant ce temps, une véritable catastrophe humanitaire se profile », a-t-il ajouté.

 

Un million d’enfants risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), la moitié de la population est aujourd’hui confrontée à la faim, plus de neuf millions de personnes ont été déplacées et des millions d’enfants ne sont pas scolarisés. Les agriculteurs et les éleveurs luttent contre la pire sécheresse depuis des décennies et l’économie est en chute libre. Sans soutien, des dizaines de milliers d’enfants risquent de mourir de malnutrition, les services de santé de base s’étant effondrés.

Interrogé sur ce qui pourrait se passer dans ce pays en l’absence d’un soutien suffisant, le Chef de l’aide d’urgence des Nations Unies a répondu qu’il était particulièrement préoccupé par le sort du « million d’enfants souffrant potentiellement de malnutrition aiguë sévère ». « Un million d’enfants, les chiffres sont si difficiles à saisir quand ils sont de cette taille, mais c’est un million d’enfants risquant de souffrir de ce type de malnutrition si ces choses ne se produisent pas est choquant ».

Dans le détail, l’ONU a besoin de 4,4 milliards de dollars pour financer les besoins humanitaires à l’intérieur de l’Afghanistan.  Ce montant serait consacré à étendre la livraison de vivres et le soutien à l’agriculture, à financer des services de santé, des traitements contre la malnutrition, des abris d’urgence, l’accès à l’eau et l’assainissement mais aussi l’éducation.

Des familles déplacées collectent de l'eau pendant un hiver difficile à Kaboul, en Afghanistan.
© UNHCR/Andrew McConnell
Des familles déplacées collectent de l'eau pendant un hiver difficile à Kaboul, en Afghanistan.

Eviter une crise des réfugiés plus importante

Quelque 22 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population du pays, ont un besoin urgent d’aide. Mais, il faut aussi 623 millions de dollars de plus à l’ONU pour venir en aide aux 5,7 millions d’Afghans réfugiés, parfois depuis de longues années, dans cinq pays limitrophes, principalement l’Iran et le Pakistan. « Mon message est urgent : ne fermez pas la porte au peuple afghan », a insisté M. Griffiths.

« Si le pays s’effondre, implose (…) alors on verra un exode beaucoup plus important de gens », a affirmé de son côté Filippo Grandi, le Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés, prévenant que « ce mouvement de population sera difficile à gérer dans la région mais aussi au-delà, parce que cela ne va pas s’arrêter dans la région ».

Soulignant la nécessité d’éviter une crise régionale plus large émanant de l’Afghanistan, les deux hauts responsables de l’ONU ont insisté sur le fait que le plus important est de « stabiliser la situation à l’intérieur de l’Afghanistan, y compris celle des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays ». Il s’agit également d’éviter une crise des réfugiés plus importante, une crise plus importante de déplacement externe ».

Une mesure palliative absolument essentielle

Une façon d’inviter la communauté internationale de tout faire « pour éviter une catastrophe en Afghanistan, qui non seulement aggraverait les souffrances mais entraînerait de nouveaux déplacements à l’intérieur du pays et dans toute la région ». Pour l’ONU, les besoins des réfugiés ne peuvent être ignorés, et la générosité des pays d’accueil ne peut être considérée comme acquise. « Ils ont besoin de soutien et ils en ont besoin aujourd’hui ».

Pour rassurer les donateurs, Martin Griffiths a insisté que les fonds ne passeraient pas par les Talibans mais seraient utilisés directement par quelque 160 ONG et agences onusiennes sur le terrain. Ces fonds visent à aider par exemple « des infirmières et des responsables de la santé sur le terrain » afin que ces services de base puissent continuer à fonctionner, et non pour soutenir les structures étatiques.

« C’est un palliatif, une mesure palliative absolument essentielle que nous présentons aujourd’hui à la communauté internationale. Sans ce financement, il n’y aura pas d’avenir, il faut que cela soit fait, sinon il y aura des sorties, il y aura des souffrances », a conclu le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires.

 

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