Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres (au centre), dépose une gerbe en hommage aux victimes de l'explosion du port de Beyrouth, au Liban, qui a coûté la vie à plus de 200 personnes.

Les Libanais « méritent la vérité » sur l'explosion meurtrière du port : Guterres

Photo : ONU/Eskinder Debebe
Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres (au centre), dépose une gerbe en hommage aux victimes de l'explosion du port de Beyrouth, au Liban, qui a coûté la vie à plus de 200 personnes.

Les Libanais « méritent la vérité » sur l'explosion meurtrière du port : Guterres

Développement économique

L'une des étapes les plus marquantes de la deuxième journée de la visite du Secrétaire général des Nations Unies au Liban, pays en crise, a été le port de Beyrouth, où il a déposé une gerbe au mémorial des victimes de l'explosion qui a coûté la vie à plus de 200 personnes. 

L'ampleur de la dévastation a suscité des comparaisons au Liban avec les horreurs endurées par les habitants d'Hiroshima en 1945, après que l'une des deux bombes atomiques larguées sur le Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale a soulevé la ville japonaise, tuant des dizaines de milliers de personnes. Les habitants de la région appellent ce jour infâme du 4 août 2020 « Beirut-shima ».

ONU Info voyage avec le chef de l'ONU, António Guterres, et dans un tweet lors d'une journée chargée en réunions et événements, il a rendu hommage aux victimes de l'explosion du port de Beyrouth de l'année dernière, soulignant qu’« une enquête impartiale et transparente sur cet événement tragique est cruciale pour assurer la justice ». Pour lui, « le peuple libanais mérite la vérité ».

Selon les sismologues, la pression de l'explosion était équivalente à un tremblement de terre de 3,3 sur l'échelle de Richter. La première explosion s'est produite à 18h08 heure locale, après qu'un incendie s’est déclaré dans une zone de stockage contenant une grande quantité d'ammonium, suivie d'une autre explosion massive qui a causé d'importants dégâts au port et à de vastes zones de la ville.

Les explosions ont fait quelque 217 morts, plus de 6 000 blessés et environ 300 000 familles déplacées, les pertes étant estimées à plusieurs milliards de dollars.

Dans ses remarques dans la capitale libanaise aux journalistes, le Secrétaire général a parlé de sa visite au port, disant que c'était un moment très émouvant. « La souffrance des gens, tout d'abord, ceux qui ont péri, leurs familles, les blessés, l'impact dramatique dans la vie de tant de personnes est quelque chose qui génère bien sûr une très profonde solidarité ».

D'autre part, il a noté qu'il avait reçu des messages de nombreuses victimes demandant « la nécessité d'établir la vérité, la nécessité d'une enquête indépendante, qui soit capable de produire cette vérité ». Il a déclaré qu'il comprenait parfaitement leurs préoccupations et qu'il espérait que les institutions du pays seraient en mesure de garantir que la vérité éclate au grand jour.

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, visite le site de l'explosion du port de Beyrouth, au Liban, l'année dernière.
Photo : ONU/Eskinder Debebe
Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, visite le site de l'explosion du port de Beyrouth, au Liban, l'année dernière.

La peur d'être oublié

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Malgré un temps très pluvieux, le Secrétaire général s'est également rendu dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, où il a visité l'école mixte de Lydda, gérée par l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA).

ONU Info avait interviewé M. Fadi Al-Tayyar, chargé d'information de l'UNRWA, à la veille de la visite du Secrétaire général à l'école, et l'avait interrogé sur l'importance de sa rencontre avec les étudiants et les autres réfugiés. Il a déclaré que cette visite intervient à un moment crucial et difficile pour le Liban et pour les réfugiés palestiniens : « Le réfugié palestinien a peur d'être oublié, et d'être marginalisé », a-t-il ajouté.

Pour lui, cette visite du chef des Nations Unies est « une reconnaissance explicite que ce réfugié existe toujours, et que les Nations Unies le considèrent, que son problème existe toujours ».

« Par conséquent, nous devons agir. Nous devons tous trouver une solution à ce problème, et sa venue dans cette école, sa présence et sa rencontre avec ces élèves est également un message dans le même contexte, et il ne fait aucun doute que ce sera une occasion pour eux d'exprimer ce qu'ils ressentent, leurs problèmes et leurs préoccupations ».

Dormir le ventre vide

A l'école de Lydda gérée par l'UNRWA, M. Guterres a rencontré, entre autres, des parents et des enfants inscrits au programme parlementaire des jeunes qui ont partagé leurs préoccupations et leurs problèmes quotidiens en tant que réfugiés palestiniens au Liban.

Le jeune Wissam a déclaré que certains parents étaient obligés de retirer leurs enfants de l'école parce qu'ils ne pouvaient pas payer le ticket de bus pour se rendre en classe, en raison de la crise actuelle.

Quant à Jamal, un jeune réfugié palestinien qui a été déplacé de Syrie en raison de la guerre en cours, il a déclaré que « souvent, nous dormons le ventre vide parce que ses parents ne pouvaient pas subvenir aux besoins de la famille ».

Zeina a souligné l'importance du droit à l'éducation pour les réfugiés palestiniens, affirmant que l'éducation « est leur seul espoir de changer leur vie ». Elle espère que le Secrétaire général continuera à protéger ce droit.   

Zeina a dit qu'elle voulait devenir astronaute, mais que sa famille ne pouvait pas se le permettre.

Ne perdez pas espoir

Exprimant ses excuses et sa préoccupation personnelle aux enfants et aux parents palestiniens pour la situation à laquelle ils sont confrontés, le Secrétaire général a reconnu l'importance du droit des enfants à l'éducation et à la nourriture, disant que l'ONU se battait « pour obtenir plus de soutien pour l'UNRWA et pour voir si nous pouvons faire le meilleur pour vous tous - à l'école et en soutenant les familles où ce soutien est nécessaire ».

D'autre part, le Secrétaire général a affirmé que l'ONU s'efforce de faire de son mieux pour restaurer le processus de paix, et qu'elle croit en l'existence de deux États, Israël et la Palestine, vivant en paix côte à côte, ce qui pourrait finalement mettre fin à la situation difficile à laquelle sont confrontés les réfugiés palestiniens au Liban et ailleurs.

Mais il a admis que ce n'est pas une tâche facile, soulignant dans le même temps « l'importance de ne pas perdre l'espoir » d'un avenir meilleur.

Mme Iman El Rafei, secrétaire générale du gouvernorat du Liban Nord et chargée d'affaires à la municipalité d'El Mina, interviewée par May Yaacoub.
UNIFIL Photo/Mohamad Hamza
Mme Iman El Rafei, secrétaire générale du gouvernorat du Liban Nord et chargée d'affaires à la municipalité d'El Mina, interviewée par May Yaacoub.

Réhabilitation de la Corniche de Mina

Également à l'ordre du jour du Secrétaire général à Tripoli figurait la visite du projet de réhabilitation de la Corniche El-Mina et du front de mer, qui a été réalisé en coopération entre le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation internationale du travail (OIT), financé par l'Allemagne.
Ce projet a été mis en œuvre par le biais des programmes « Cash-For-Work » et « Employment-Intensive ».

Dans une interview avec ONU Info, Mme Iman Al-Rafi'i, Chargée d'Affaires à la Municipalité d'El Mina, a parlé de l'impact de la réhabilitation de la Corniche sur les résidents de la ville, et des résultats positifs qu'ils peuvent attendre.

Elle a souligné trois résultats positifs, dont le premier est « l'emploi de nombreux Libanais et aussi de nombreux Syriens déplacés, en plus de l'emploi des femmes ».

Quant au deuxième, elle a déclaré que la réhabilitation a contribué à la promotion du tourisme dans la région, ce qui conduit à la création d'opportunités d'emploi encore une fois en renforçant le secteur du tourisme et les services, tels que les restaurants et les cafés.

Troisièmement, ce projet incite à visiter les réserves situées sur les îles adjacentes à la ville d'El Mina, a déclaré Mme Al-Rafei, notant que cela était très important pour le développement local, d'autant plus que la ville d'El Mina, comme la plupart des villes du Liban, souffre actuellement d'un dénuement social et économique généralisé, et qu'elle est l'une des zones urbaines les plus pauvres de la côte méditerranéenne.

Grâce aux projets de relance économique du PNUD et de l'OIT, le trottoir de la corniche et le front de mer ont été réhabilités, ce qui a permis d'offrir environ 48 000 jours de travail à la population locale et environ 1 200 emplois à court terme aux Libanais les plus vulnérables et aux Syriens déplacés.

Le développement de l'infrastructure de la corniche comprenait l'excavation, l'installation d'un réseau pluvial, d'un réseau d'égouts et de regards, des travaux électriques et mécaniques, l'aménagement paysager, le labourage, l'installation de balustrades et des travaux d'asphalte et de béton.

Vers des élections crédibles

Le Secrétaire général a également rencontré lundi des responsables politiques libanais de premier plan, dont le Président du Parlement, Nabih Berri, et le Premier ministre, Najib Mikati.

Lors d'une conférence de presse tenue à l'issue de ces rencontres, le Secrétaire général a exprimé son optimisme, déclarant qu'« il y a une garantie claire que des élections auront lieu début mai, avant que la date constitutionnelle ne soit définie, ce qui signifie que le Liban créera les conditions pour renouveler son Parlement et, avec cela, espérons-le, pour établir une nouvelle stabilité politique pour l'avenir ».

Je suis heureux que l'équipe des Nations Unies soutienne pleinement le gouvernement et j'espère que les conditions politiques nécessaires seront créées le plus rapidement possible pour permettre la tenue de négociations officielles - António Guterres.

D'autre part, il a exprimé sa grande admiration pour le travail que le gouvernement fait en termes de préparation des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), en disant que « beaucoup de travail technique a été fait ».

« Je suis heureux que l'équipe des Nations Unies soutienne pleinement le gouvernement et j'espère que les conditions politiques nécessaires seront créées le plus rapidement possible pour permettre la tenue de négociations officielles. Mais il est encourageant de voir tout le travail sérieux qui est fait ».

Tout en exprimant sa profonde solidarité avec toutes les victimes du port, il a également exprimé son espoir dans la capacité du pays, non seulement à reconstruire le port, mais aussi à reconstruire son économie et à créer les conditions pour atteindre la prospérité et le développement que le peuple libanais mérite.

Dialogue religieux, inclusion des femmes

Le Secrétaire général a également rencontré des chefs religieux, qui ont affirmé leur attachement aux valeurs d'ouverture, de tolérance et de coexistence, qui sont au cœur de l'identité et de la stabilité du Liban.

Les participants ont souligné dans un communiqué commun l'importance de sauvegarder ces valeurs, qui sont au cœur de toutes les croyances, en particulier en cette période difficile de grave crise financière et socio-économique qui affecte lourdement tout le monde au Liban.

Les participants ont exprimé leur détermination à se concentrer sur ce qui unit le pays et rassemble ses habitants, et ils ont encouragé leurs communautés à faire de même et à adopter le dialogue comme moyen de résoudre les différences dans un esprit de consensus et d'unité.

Lors de sa rencontre avec un groupe de femmes libanaises représentant diverses orientations et affiliations, le Secrétaire général a souligné l'importance d'élargir le champ de la participation, de l'inclusion et de la représentation des jeunes hommes et femmes dans les processus politiques nationaux, notant que lors de ses rencontres avec les dirigeants politiques, il avait insisté sur l'importance de cette question.

Il a souligné que des élections complètes, opportunes, libres, justes et transparentes sont la clé du maintien des pratiques démocratiques au Liban et de la garantie que les voix des Libanais, en particulier les jeunes générations et les femmes, soient entendues.