Les inégalités freinent la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, selon l’OMS et le Fonds mondial

11 décembre 2021

L’iniquité fait obstacle à l’atteinte des cibles et des objectifs mondiaux et nationaux des programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, affirment l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dans un rapport publié cette semaine.

Toutefois, l’ampleur et l’étendue des inégalités en matière de santé demeurent mal documentées et mal comprises. Tant que ces inégalités ne seront pas caractérisées et que leurs conséquences ne seront pas élucidées, les programmes ne pourront répondre adéquatement aux besoins réels en matière de santé des populations, estiment les deux organisations. 

Le rapport, intitulé State of inequality: HIV, tuberculosis and malaria, aborde systématiquement, pour la première fois, les inégalités dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à l’échelle mondiale.

Fondé sur les plus récentes données mondiales couvrant 32 indicateurs de santé dans 186 pays, le rapport montre que les indicateurs nationaux du VIH, de la tuberculose et du paludisme se sont améliorés de manière générale au cours de la dernière décennie, mais que les sous-populations les plus pauvres et les moins instruites et les communautés rurales tendent à demeurer sous la moyenne de la plupart des indicateurs du VIH, de la tuberculose et du paludisme.

Il faut redoubler d'efforts

Selon le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, « de grands progrès ont été accomplis pour élargir les services de santé et les initiatives de prévention, mais nous devons redoubler d’efforts pour atteindre les personnes vivant dans la pauvreté, les communautés rurales et les personnes peu scolarisées, qui sont frappées de manière disproportionnée par ces maladies ».

Le rapport révèle, par exemple, un écart d’au moins 20% dans le dépistage du VIH chez les hommes entre les ménages les plus pauvres et les ménages les plus riches dans 27 pays sur 48. Cet écart se creuse au fil du temps. Un grand nombre de familles touchées par la tuberculose consacrent une portion substantielle de leur revenu aux dépenses liées à la maladie. La pauvreté exacerbe ce problème. Les données de 21 pays montrent qu’entre 20 % et 92% des ménages consacrent au moins un cinquième de leur revenu aux dépenses liées à la tuberculose. En ce qui concerne le paludisme, les populations les plus pauvres et les moins scolarisées et les communautés rurales enregistrent les taux les plus faibles de prise en charge rapide des enfants de moins de 5 ans souffrant de fièvre.

Inégalités liées au genre

Le rapport quantifie également les inégalités criantes liées au genre. Dans plus de la moitié des pays, l’utilisation du préservatif est plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Le taux de dépistage du VIH est beaucoup plus élevé chez les femmes que chez les hommes dans un cinquième des pays.

« Les inégalités alimentent les pandémies, et les pandémies exacerbent l’iniquité : nous avons constaté ce cercle vicieux dans notre lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, et nous l’observons encore avec la Covid-19 », déclare Peter Sands, Directeur exécutif du Fonds mondial.

« Pour s’attaquer à l’iniquité, il faut dépasser les simples notions d’égalité d’accès et de modèle unique pour tous. Il faut délibérément compenser les inégalités dans la prestation de services, en focalisant les ressources sur les plus vulnérables. Notre nouvelle stratégie catalyse cette approche en plaçant les personnes et les communautés au centre de la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme et en mettant davantage l’accent sur l’élimination des obstacles liés aux droits humains qui entravent l’accès aux services de santé », ajoute-t-il.

Le rapport fait état de cas où, en dépit des difficultés, les inégalités sont faibles ou les écarts rétrécissent grâce à des améliorations rapides de la couverture d’intervention parmi les sous-populations défavorisées. Fait encourageant, certains pays signalent une augmentation de la possession de moustiquaires imprégnées d’insecticide parmi les ménages les plus pauvres, ce qui démontre que les efforts de prévention du paludisme ciblant les populations défavorisées portent leurs fruits.

Le rapport montre également que l’élimination des inégalités améliore les moyennes nationales des indicateurs du VIH, de la tuberculose et du paludisme. Par exemple, un pays qui ramènerait le taux de dépistage du VIH de toutes les femmes enceintes à celui de la sous-population la plus riche ferait augmenter son taux global de dépistage de 40 % à 64 %

Le pourcentage de familles faisant face à des conséquences économiques catastrophiques dues à la tuberculose diminuerait d’au moins 50 % dans la moitié des pays (de 61 % actuellement, la moyenne pondérée passerait à 38 %). Dans le cas du paludisme, l’élimination des inégalités économiques se traduirait par une amélioration de 26 % de la moyenne pondérée dans 28 pays au chapitre des soins aux enfants de moins de 5 ans atteints de fièvre.

Recommandations

Les auteurs du rapport recommandent la collecte de données additionnelles et de meilleure qualité sur les inégalités. Une évaluation mondiale des données nationales et des systèmes d’information sur la santé réalisée par l’OMS en 2020 a révélé que seulement la moitié des 133 pays étudiés ventilaient les données dans leurs rapports statistiques nationaux sur la santé.

Les auteurs du rapport recommandent également la mise sur pied d’un dispositif permanent de surveillance consacré exclusivement aux inégalités dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, qui serait alimenté par d’autres études quantitatives et qualitatives. L’OMS a mis au point un  ensemble d’outils et de ressources sur la surveillance des inégalités et continue de contribuer au renforcement des capacités des pays dans ce domaine.

Depuis 2002, le Fonds mondial a décaissé plus de 50 milliards de dollars pour venir en aide aux communautés les plus démunies dans plus de 155 pays. Par son initiative « Lever les obstacles », le Fonds mondial a, ces dernières années, intensifié ses programmes visant à éliminer les obstacles liés aux droits humains qui entravent l’accès aux services : discrimination, inégalité entre les genres, violence fondée sur le genre, criminalisation et marginalisation socioéconomique. Ce travail, de concert avec des investissements accrus dans les services de santé pour les populations les moins bien servies, conduira à une hausse des moyennes nationales qui aidera les pays à atteindre leurs cibles et leurs objectifs.

 

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