Cameroun : une vingtaine de morts et plus 30.000 réfugiés au Tchad suite à des affrontements dans l’Extrême-Nord

Des affrontements intercommunautaires au Cameroun ont forcé des milliers de personnes à fuir vers le Tchad.
© UNHCR/Aristophane Ngargoune
Des affrontements intercommunautaires au Cameroun ont forcé des milliers de personnes à fuir vers le Tchad.

Cameroun : une vingtaine de morts et plus 30.000 réfugiés au Tchad suite à des affrontements dans l’Extrême-Nord

Paix et sécurité

Au moins 22 personnes ont été tuées et 30 autre blessées dans des affrontements intercommunautaires meurtriers, depuis le début du mois, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, a annoncé vendredi l’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR), ajoutant que ces violences « pour des ressources rares au Cameroun ont forcé 30.000 personnes à fuir au Tchad ».

« Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) est profondément préoccupé par les nouveaux affrontements intercommunautaires qui ont éclaté cette semaine dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, déplaçant des milliers de personnes à l’intérieur du pays et forçant plus de 30.000 personnes à fuir vers le Tchad voisin », a déclaré lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève, Boris Cheshirkov, porte-parole du HCR.

Près de 80% des réfugiés camerounais au Tchad sont des femmes - dont beaucoup sont enceintes - et des enfants. Ils ont trouvé refuge à N’Djamena et dans les villages situés le long de la rive tchadienne du fleuve Logone.

Depuis le dimanche 5 décembre, au moins 22 personnes ont été tuées et 30 autres gravement blessées à la suite de la poursuite des combats depuis plusieurs jours. Des affrontements ont éclaté dans le village frontalier d’Ouloumsa à la suite d’un différend entre éleveurs, pêcheurs et agriculteurs au sujet de la raréfaction des ressources en eau.

« La violence s’est ensuite étendue aux villages voisins », a ajouté M. Cheshirkov. Au total, dix villages ont été réduits en cendres.

Le HCR contraint de suspendre ses opérations dans les zones affectées

Le 8 décembre dernier également, des combats ont éclaté dans la ville camerounaise de Kousseri, une localité commerciale de quelque 200.000 habitants. Selon le HCR, le marché aux bestiaux de Kousseri a été détruit au cours des combats.

Au moins 10.000 personnes avaient fui Kousseri pour se rendre à Ndjamena, la capitale du Tchad, située à quelques kilomètres de l’autre côté des fleuves Chari et Logone, qui marquent la frontière avec le Cameroun. Une première flambée de violence intercommunautaire a eu lieu en août. A l’époque, 45 personnes avaient été tuées et 23.000 déplacées de force, dont 8.500 sont restées au Tchad depuis lors.

Le Tchad abrite près d’un million de réfugiés et de personnes déplacées internes et le Cameroun plus de 1,5 million de réfugiés et de déplacés internes. Le Tchad a réaffirmé son hospitalité envers les nouveaux arrivants et les autorités locales, ainsi que le HCR, d’autres agences des Nations Unies et des partenaires humanitaires, s’empressent de soutenir les réfugiés camerounais en leur fournissant un abri et une assistance d’urgence. Des personnes blessées ont été admises dans deux hôpitaux de N’Djamena.

Face à ce regain de tensions, des forces de sécurité camerounaises ont été dépêchées dans l’Extrême-Nord du Cameroun, mais la situation reste « volatile ». Le HCR a été contraint de suspendre ses opérations dans les zones affectées.

Des efforts de réconciliation menés à Kousseri depuis la semaine dernière par le HCR et les autorités

Selon l’agence onusienne, la crise climatique exacerbe les tensions dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Au cours des dernières décennies, la surface du lac Tchad - dont le fleuve Logone est le principal affluent - a diminué de 95%. Les pêcheurs et les agriculteurs ont creusé de vastes tranchées pour retenir l’eau restante du fleuve afin de pouvoir pêcher et cultiver. Mais les tranchées boueuses piègent et parfois tuent le bétail appartenant aux éleveurs, ce qui provoque des tensions et des combats.

Le HCR et les autorités ont mené des efforts de réconciliation à Kousseri depuis la semaine dernière, au cours desquels des représentants des communautés se sont engagés à mettre fin à la violence. « Mais sans action urgente pour traiter les causes profondes de la crise, la situation pourrait s’aggraver davantage », a fait valoir M. Cheshirkov, réitérant l’appel du HCR pour « un arrêt immédiat de la violence et au soutien de la communauté internationale pour aider les victimes et les réfugiés ».

Les ressources financières nécessaires pour répondre à la situation au Cameroun et au Tchad restent extrêmement faibles. Les besoins du HCR pour 2021 au Cameroun (près de 100 millions de dollars) et au Tchad (141 millions de dollars) ne sont financés qu’à hauteur de 52% et 54% respectivement.