Plus de 600 parlementaires menacés et intimidés dans une quarantaine de pays, selon l'UIP

9 décembre 2021

Depuis le début de l’année, le nombre de menaces et d’actes d’intimidation à l’encontre de parlementaires a atteint des sommets préoccupants, a alerté jeudi l’Union interparlementaire (UIP), relevant que l’instabilité politique est responsable du nombre record de parlementaires persécutés dans le monde.

Selon cette organisation mondiale des parlements nationaux basée à Genève, au moins 673 parlementaires originaires de 44 pays sont menacés, la majeure partie d’entre eux dans des pays en proie à une instabilité politique. Les violations les plus couramment dénoncées concernent la révocation ou la suspension abusive du mandat parlementaire, les atteintes à la liberté d’expression.

L’UIP fait état également de menaces, d’actes d’intimidation et de l’absence de garanties d’un procès équitable. Les chiffres annuels publiés par l’UIP à la veille de la Journée des droits de l’homme révèlent que le nombre de parlementaires subissant des violations présumées de leurs droits de l’homme a atteint un nouveau record. Et les données de cette année confirment « la hausse constante, depuis 2014, du nombre de cas examinés par le Comité des droits de l’homme des parlementaires de l’UIP ».  

En 2021, les chiffres révèlent une hausse de 22% par rapport à 2020 quand 552 parlementaires ont été menacés dans 42 pays. « Dans la majeure partie des cas, il s’agit de parlementaires de l’opposition », a souligné l’UIP, qui a constaté une nette hausse des plaintes émanant de Tunisie suite à la suspension du Parlement tunisien par le Président Saïed, en juillet 2021. 

En Tunisie, des députés risquent désormais d’être traduits devant un tribunal militaire

L’UIP a ainsi reçu des rapports concernant 24 parlementaires tunisiens, qui se plaignent d’avoir été privés de leur immunité parlementaire et de leur liberté de mouvement. Il semblerait également qu’ils soient victimes d’une « campagne de diabolisation » soigneusement orchestrée mettant leur vie en danger. D’autres députés, accusés d’activités ayant eu lieu avant la suspension du Parlement, risquent désormais d’être traduits devant un tribunal militaire. 

En Asie, l’UIP a constaté que depuis le coup d’État militaire au Myanmar et la suspension du Parlement en février 2021, une série « d’allégations spécifiques de violations des droits de l’homme commises à l’encontre de 55 parlementaires élus lors du scrutin de novembre 2020 ». « Ces violations concernent des menaces, des actes d’intimidation, des arrestations arbitraires, des actes de torture, des mauvais traitements et des poursuites pénales sans justification apparente », a fait valoir l’Union interparlementaire. 

Sur le terrain, l’inquiétude de l’UIP concernant le sort réservé aux parlementaires s’est aggravée à la suite de l’annonce, en début de semaine, de la condamnation des dirigeants détenus, Aung San Suu Kyi et Win Myint, à une peine de deux ans d’emprisonnement pour incitation aux troubles publics et violation des règles sanitaires relatives à la Covid-19. L’UIP redoute même « une nouvelle vague d’arrestations et de condamnations à des peines d’emprisonnement à l’encontre des parlementaires élus », s’inquiète l’UIP.

L’UIP salue la libération de Freddy Guevara et Gilberto Sojo au Venezuela

Dans les Amériques, le Venezuela continue d’être une source de préoccupations avec des parlementaires de l’opposition persécutés. En août 2021, à la suite de demandes insistantes, une mission de l’UIP a finalement pu se rendre au Venezuela. La délégation parlementaire a rencontré plus de 60 parlementaires d’opposition élus en 2015 pour évaluer la situation sur le terrain et trouver des solutions pour résoudre la crise politique. 

L’UIP a été enchantée d’apprendre la libération de deux parlementaires de l’opposition avant et après la mission. Il s’agit de Freddy Guevara, qui a été libéré en août, et Gilberto Sojo, autre parlementaire de l’opposition, élu en 2015 qui était en prison lors de la visite de la mission, et qui a été libéré une semaine après le départ de la délégation de Caracas. 

Plus globalement, l’UIP espère envoyer l’année prochaine davantage de missions menées par des délégations parlementaires chargées de recueillir des informations de première main concernant les parlementaires persécutés au Cambodge, en Colombie, au Gabon, en Iraq, en Tunisie et au Zimbabwe.

 

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